Des « revendications légitimes » : la mobilisation lycéenne s’étend en Isère
Par Manuel Pavard
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Emmanuel-Mounier, Vaucanson, Eaux-Claires, André-Argouges, Louise-Michel, Stendhal, Champollion à Grenoble, Marie-Curie et Thomas-Edison à Échirolles, Pablo-Neruda à Saint-Martin-d’Hères, Aristide-Bergès à Seyssinet-Pariset, mais aussi Edouard-Herriot, La Nat et Ferdinand-Buisson à Voiron, l’Oiselet, Gambetta et Jean-Claude-Aubry à Bourgoin-Jallieu, Elie-Cartan à La Tour-du-Pin, Léonard-de-Vinci à Villefontaine, Ella-Fitzgerald à Saint-Romain-en-Gal, Delorme à l’Isle-d’Abeau, Galilée à Vienne… La liste des lycées isérois bloqués et mobilisés a encore grossi ce jeudi 1er octobre, comme partout en France.

Débutée localement au lycée Mounier lundi 28 septembre, la contestation lycéenne a rapidement fait tâche d’huile les deux jours suivants, gagnant de nouveaux établissements dans l’agglomération grenobloise, avant de s’étendre à la quasi-totalité du département ce jeudi. Dès le début de matinée, les élèves grévistes ont bloqué les entrées de leurs lycées respectifs, avant de faire face, dans une atmosphère souvent tendue, à des forces de l’ordre peu disposées à discuter.
Colère et inquiétude
Les images des lycéens gravement blessés à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise) et à Tours (Indre-et-Loire) ont tourné sur tous les réseaux sociaux, alimentant de nombreuses conversations. « Il y a clairement des consignes données à la police pour qu’elle nous fasse peur et nous décourage », estime Camelia, croisée sur l’avenue Marcelin-Berthelot, près de Mounier. « Mais on ne lâchera pas », assène la lycéenne.

La jeune fille insiste, comme ses amis : leurs demandes sont « juste normales ». À savoir de meilleures conditions d’études, moins d’élèves par classe, des enseignants en nombre suffisant et remplacés en cas d’absence, des journées plus équilibrées, des bâtiments mieux isolés face au réchauffement climatique… Des revendications pouvant varier d’un établissement à l’autre mais qui dessinent toutes une même colère teintée d’inquiétude face à un avenir terriblement incertain.
« Sans investissements réels, aucune amélioration durable n’est possible »
C’est d’ailleurs ce qu’exprime un lycéen de Mounier au mégaphone lors d’un discours marquant, ce jeudi matin, devant ses camarades rassemblés dans la rue. « Jamais nous n’avons vu un 8h-18h rendre plus intelligent. Jamais nous n’avons vu un ministre améliorer la vie d’un lycéen ou étudiant en France. Jamais nous n’avons vu jusqu’ici un présumé ministre de l’Éducation délaisser à ce point ce dont il a la charge », lance l’adolescent. Avant d’avertir : « Mépriser nos blocages ne diminuera en rien notre détermination. »

« Aujourd’hui, nous voulons des conditions d’apprentissage dignes, des classes moins chargées, des emplois du temps plus cohérents et moins contre-productifs, des établissements climatisés et correctement chauffés », détaille le porte-parole improvisé des manifestants. Et d’ajouter : « Apprendre suppose d’abord de pouvoir travailler dans de bonnes conditions. Nous souhaitons aussi une revalorisation du budget de l’Éducation nationale et davantage de moyens humains et matériels mis en place suite à des études sur le terrain. »

« Sans investissements réels, aucune amélioration durable n’est possible », affirme enfin le lycéen, réclamant également « la fin de Parcoursup et une vraie méritocratie ». Un vœu largement partagé par les jeunes manifestants, vent debout contre le dispositif. « Chaque élève doit pouvoir construire son avenir sans être trié par un algorithme », souligne celui qui prévient que « [leur] conscience politique est plus forte que jamais ».
« Écouter les raisons de cette colère » et « appeler au calme »
Sera-t-il entendu ? Du côté du gouvernement, de la presse réactionnaire et des élus de droite et d’extrême droite, on répond sans surprise par la force, le mépris et les mensonges. D’où le nécessaire contrepoids à apporter de la part des personnalités politiques de gauche et syndicales. Plusieurs d’entre elles ont ainsi réagi en Isère, diffusant des communiqués ce jeudi. Avec un point commun : que ce soit Laurence Ruffin, Amandine Demore ou la CGT Isère, toutes ont évoqué des « revendications légitimes ».
« Nous devons savoir écouter les raisons de cette colère, les aspirations de notre jeunesse, et leur apporter une véritable réponse politique », indique ainsi la maire PCF d’Échirolles. « Les inquiétudes exprimées sur les conditions d’apprentissage, les moyens accordés aux établissements et l’accompagnement des élèves doivent être entendues et discutées. »

Amandine Demore souhaite toutefois « appeler au calme » et « condamne avec la plus grande fermeté les actes malveillants qui ont pu émailler ces mobilisations et qui nuisent à la portée du message véhiculé par les lycéens ». Elle demande donc que « le dialogue puisse s’engager rapidement avec les lycéens et lycéennes, les équipes éducatives, les directions des établissements et les services de l’Éducation nationale ».
« La répression ne peut pas être la seule réponse à leur mobilisation »
Un discours assez similaire à celui de Laurence Ruffin. La maire de Grenoble explique que « la réponse des pouvoirs publics doit être à la hauteur : de l’écoute, des moyens et le respect des droits des jeunes. La répression ne peut pas être la seule réponse à leur mobilisation », déplore-t-elle. « Des élu-es de la majorité grenobloise étaient à leurs côtés ces derniers jours, parce que nous considérons que leur mobilisation doit pouvoir être entendue et que leurs préoccupations méritent une réponse politique », ajoute l’édile.
Comme sa consœur d’Échirolles, Laurence Ruffin tient cependant à être « claire sur un autre point : les dégradations, les casses et les violences n’ont pas leur place dans l’expression d’une revendication. Elles doivent être condamnées. Elles pénalisent les habitant-es, les agent-es et elles ne doivent pas faire oublier qu’une très grande majorité des jeunes mobilisé-es le font pacifiquement, pour défendre leur avenir et celui de l’école publique », souligne l’élue, qui salue l’ensemble des enseignants et des agents de l’Éducation nationale.
« La CGT Isère insiste pour que les lycéen·ne·s puissent tenir des assemblées générales dans les lycées. »
De son côté, l’UD CGT Isère dénonce, dans un communiqué offensif, « le mépris du ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray, comme de ses prédécesseurs » face aux revendications des lycéens. Énumérant les problématiques auxquelles ces derniers sont confrontés, le syndicat juge que « toutes les conditions étaient réunies pour que cette colère explose », d’où la montée en puissance de la mobilisation.

Par ailleurs, « la CGT Isère condamne fermement la répression policière et les violences faites sur les enfants mineurs mobilisés autour de leurs lycées pour exiger l’amélioration de leurs conditions d’études, et dénonce l’instrumentalisation politique qui l’accompagne ». Appelant les responsables de l’Éducation nationale à tous les niveaux (direction locale, rectorat…) à recevoir les organisations de jeunesse, elle « insiste pour que les lycéen·ne·s puissent tenir des assemblées générales dans les lycées pour leur permettre de clarifier, établissement par établissement, leurs revendications ».
Dans ce cadre, les quatorze unions locales du territoire mettent « leurs locaux à la disposition de la jeunesse qui souhaiterait s’organiser et tenir des réunions ». En conclusion, « la CGT Isère appelle les travailleur·se·s, les retraité·e·s, demandeurs d’emploi, à se mobiliser aux côtés de la jeunesse et des personnels de l’éducation nationale lors des manifestations prévues ce mardi 6 octobre ».


