Des « revendications légitimes » : la mobilisation lycéenne s’étend en Isère

Par Manuel Pavard

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Des centaines de lycéens et lycéennes de Mounier se sont massés sur l'avenue Marcelin-Berthelot, entonnant chants et slogans face aux gendarmes mobiles durant toute la matinée, avant d'être dispersés
Le mouvement de contestation des lycéens a encore pris de l'ampleur ce jeudi 1er octobre, avec de nombreux lycées bloqués dans l'agglomération grenobloise ainsi que dans le reste de l'Isère. Mobilisés depuis plusieurs jours pour de meilleures conditions d'études (moins d'élèves par classe, davantage de profs et d'agents, des bâtiments mieux adaptés aux fortes chaleurs, etc.), les élèves font l'objet d'une importante répression policière. Laquelle constitue la seule réponse du gouvernement à des revendications pourtant "légitimes", déplorent des élu·es de gauche et syndicats.

Emma­nuel-Mou­nier, Vau­can­son, Eaux-Claires, André-Argouges, Louise-Michel, Sten­dhal, Cham­pol­lion à Gre­noble, Marie-Curie et Tho­mas-Edi­son à Échi­rolles, Pablo-Neru­da à Saint-Mar­tin-d’Hères, Aris­tide-Ber­gès à Seys­si­net-Pari­set, mais aus­si Edouard-Her­riot, La Nat et Fer­di­nand-Buis­son à Voi­ron, l’Oi­se­let, Gam­bet­ta et Jean-Claude-Aubry à Bour­goin-Jal­lieu, Elie-Car­tan à La Tour-du-Pin, Léo­nard-de-Vin­ci à Vil­le­fon­taine, Ella-Fitz­ge­rald à Saint-Romain-en-Gal, Delorme à l’Isle-d’A­beau, Gali­lée à Vienne… La liste des lycées isé­rois blo­qués et mobi­li­sés a encore gros­si ce jeu­di 1er octobre, comme par­tout en France.

Blo­cage au lycée Mou­nier jeu­di 1er octobre.

Débu­tée loca­le­ment au lycée Mou­nier lun­di 28 sep­tembre, la contes­ta­tion lycéenne a rapi­de­ment fait tâche d’huile les deux jours sui­vants, gagnant de nou­veaux éta­blis­se­ments dans l’ag­glo­mé­ra­tion gre­no­bloise, avant de s’é­tendre à la qua­si-tota­li­té du dépar­te­ment ce jeu­di. Dès le début de mati­née, les élèves gré­vistes ont blo­qué les entrées de leurs lycées res­pec­tifs, avant de faire face, dans une atmo­sphère sou­vent ten­due, à des forces de l’ordre peu dis­po­sées à dis­cu­ter.

Colère et inquiétude

Les images des lycéens gra­ve­ment bles­sés à Saint-Ouen-l’Au­mône (Val-d’Oise) et à Tours (Indre-et-Loire) ont tour­né sur tous les réseaux sociaux, ali­men­tant de nom­breuses conver­sa­tions. « Il y a clai­re­ment des consignes don­nées à la police pour qu’elle nous fasse peur et nous décou­rage », estime Came­lia, croi­sée sur l’a­ve­nue Mar­ce­lin-Ber­the­lot, près de Mou­nier. « Mais on ne lâche­ra pas », assène la lycéenne.

Blo­cage éga­le­ment au lycée Pablo-Neru­da de Saint-Mar­tin-d’Hères où des pou­belles bar­raient l’en­trée de l’é­ta­blis­se­ment.

La jeune fille insiste, comme ses amis : leurs demandes sont « juste nor­males ». À savoir de meilleures condi­tions d’é­tudes, moins d’é­lèves par classe, des ensei­gnants en nombre suf­fi­sant et rem­pla­cés en cas d’ab­sence, des jour­nées plus équi­li­brées, des bâti­ments mieux iso­lés face au réchauf­fe­ment cli­ma­tique… Des reven­di­ca­tions pou­vant varier d’un éta­blis­se­ment à l’autre mais qui des­sinent toutes une même colère tein­tée d’in­quié­tude face à un ave­nir ter­ri­ble­ment incer­tain.

« Sans investissements réels, aucune amélioration durable n’est possible »

C’est d’ailleurs ce qu’ex­prime un lycéen de Mou­nier au méga­phone lors d’un dis­cours mar­quant, ce jeu­di matin, devant ses cama­rades ras­sem­blés dans la rue. « Jamais nous n’a­vons vu un 8h-18h rendre plus intel­li­gent. Jamais nous n’a­vons vu un ministre amé­lio­rer la vie d’un lycéen ou étu­diant en France. Jamais nous n’a­vons vu jus­qu’i­ci un pré­su­mé ministre de l’É­du­ca­tion délais­ser à ce point ce dont il a la charge », lance l’a­do­les­cent. Avant d’a­ver­tir : « Mépri­ser nos blo­cages ne dimi­nue­ra en rien notre déter­mi­na­tion. »

Des lycéens déter­mi­nés à Mou­nier.

« Aujourd’­hui, nous vou­lons des condi­tions d’ap­pren­tis­sage dignes, des classes moins char­gées, des emplois du temps plus cohé­rents et moins contre-pro­duc­tifs, des éta­blis­se­ments cli­ma­ti­sés et cor­rec­te­ment chauf­fés », détaille le porte-parole impro­vi­sé des mani­fes­tants. Et d’a­jou­ter : « Apprendre sup­pose d’abord de pou­voir tra­vailler dans de bonnes condi­tions. Nous sou­hai­tons aus­si une reva­lo­ri­sa­tion du bud­get de l’É­du­ca­tion natio­nale et davan­tage de moyens humains et maté­riels mis en place suite à des études sur le ter­rain. »

Le face-à-face entre lycéens et gen­darmes mobiles s’est pro­lon­gé le long des rams de tram­way.

« Sans inves­tis­se­ments réels, aucune amé­lio­ra­tion durable n’est pos­sible », affirme enfin le lycéen, récla­mant éga­le­ment « la fin de Par­cour­sup et une vraie méri­to­cra­tie ». Un vœu lar­ge­ment par­ta­gé par les jeunes mani­fes­tants, vent debout contre le dis­po­si­tif. « Chaque élève doit pou­voir construire son ave­nir sans être trié par un algo­rithme », sou­ligne celui qui pré­vient que « [leur] conscience poli­tique est plus forte que jamais ».

« Écouter les raisons de cette colère » et « appeler au calme »

Sera-t-il enten­du ? Du côté du gou­ver­ne­ment, de la presse réac­tion­naire et des élus de droite et d’ex­trême droite, on répond sans sur­prise par la force, le mépris et les men­songes. D’où le néces­saire contre­poids à appor­ter de la part des per­son­na­li­tés poli­tiques de gauche et syn­di­cales. Plu­sieurs d’entre elles ont ain­si réagi en Isère, dif­fu­sant des com­mu­ni­qués ce jeu­di. Avec un point com­mun : que ce soit Lau­rence Ruf­fin, Aman­dine Demore ou la CGT Isère, toutes ont évo­qué des « reven­di­ca­tions légi­times ».

« Nous devons savoir écou­ter les rai­sons de cette colère, les aspi­ra­tions de notre jeu­nesse, et leur appor­ter une véri­table réponse poli­tique », indique ain­si la maire PCF d’É­chi­rolles. « Les inquié­tudes expri­mées sur les condi­tions d’apprentissage, les moyens accor­dés aux éta­blis­se­ments et l’accompagnement des élèves doivent être enten­dues et dis­cu­tées. »

Aman­dine Demore et Lau­rence Ruf­fin (ici avec Phi­lippe Rio au mee­ting du second tour de la liste Oui Gre­noble) ont toutes deux réagi par com­mu­ni­qué au mou­ve­ment lycéen dans leur ville.

Aman­dine Demore sou­haite tou­te­fois « appe­ler au calme » et « condamne avec la plus grande fer­me­té les actes mal­veillants qui ont pu émailler ces mobi­li­sa­tions et qui nuisent à la por­tée du mes­sage véhi­cu­lé par les lycéens ». Elle demande donc que « le dia­logue puisse s’engager rapi­de­ment avec les lycéens et lycéennes, les équipes édu­ca­tives, les direc­tions des éta­blis­se­ments et les ser­vices de l’Éducation natio­nale ».

« La répression ne peut pas être la seule réponse à leur mobilisation »

Un dis­cours assez simi­laire à celui de Lau­rence Ruf­fin. La maire de Gre­noble explique que « la réponse des pou­voirs publics doit être à la hau­teur : de l’écoute, des moyens et le res­pect des droits des jeunes. La répres­sion ne peut pas être la seule réponse à leur mobi­li­sa­tion », déplore-t-elle. « Des élu-es de la majo­ri­té gre­no­bloise étaient à leurs côtés ces der­niers jours, parce que nous consi­dé­rons que leur mobi­li­sa­tion doit pou­voir être enten­due et que leurs pré­oc­cu­pa­tions méritent une réponse poli­tique », ajoute l’é­dile.

Comme sa consœur d’É­chi­rolles, Lau­rence Ruf­fin tient cepen­dant à être « claire sur un autre point : les dégra­da­tions, les casses et les vio­lences n’ont pas leur place dans l’expression d’une reven­di­ca­tion. Elles doivent être condam­nées. Elles péna­lisent les habi­tant-es, les agent-es et elles ne doivent pas faire oublier qu’une très grande majo­ri­té des jeunes mobi­li­sé-es le font paci­fi­que­ment, pour défendre leur ave­nir et celui de l’école publique », sou­ligne l’é­lue, qui salue l’en­semble des ensei­gnants et des agents de l’É­du­ca­tion natio­nale.

« La CGT Isère insiste pour que les lycéen·ne·s puissent tenir des assem­blées géné­rales dans les lycées. »

De son côté, l’UD CGT Isère dénonce, dans un com­mu­ni­qué offen­sif, « le mépris du ministre de l’Éducation natio­nale Édouard Gef­fray, comme de ses pré­dé­ces­seurs » face aux reven­di­ca­tions des lycéens. Énu­mé­rant les pro­blé­ma­tiques aux­quelles ces der­niers sont confron­tés, le syn­di­cat juge que « toutes les condi­tions étaient réunies pour que cette colère explose », d’où la mon­tée en puis­sance de la mobi­li­sa­tion.

Le cor­tège des lycéens de Mou­nier à la mani­fes­ta­tion inter­syn­di­cale de la fonc­tion publique, mar­di 29 sep­tembre, à Gre­noble.

Par ailleurs, « la CGT Isère condamne fer­me­ment la répres­sion poli­cière et les vio­lences faites sur les enfants mineurs mobi­li­sés autour de leurs lycées pour exi­ger l’amélioration de leurs condi­tions d’études, et dénonce l’instrumentalisation poli­tique qui l’accompagne ». Appe­lant les res­pon­sables de l’Éducation natio­nale à tous les niveaux (direc­tion locale, rec­to­rat…) à rece­voir les orga­ni­sa­tions de jeu­nesse, elle « insiste pour que les lycéen·ne·s puissent tenir des assem­blées géné­rales dans les lycées pour leur per­mettre de cla­ri­fier, éta­blis­se­ment par éta­blis­se­ment, leurs reven­di­ca­tions ».

Dans ce cadre, les qua­torze unions locales du ter­ri­toire mettent « leurs locaux à la dis­po­si­tion de la jeu­nesse qui sou­hai­te­rait s’organiser et tenir des réunions ». En conclu­sion, « la CGT Isère appelle les travailleur·se·s, les retraité·e·s, deman­deurs d’emploi, à se mobi­li­ser aux côtés de la jeu­nesse et des per­son­nels de l’éducation natio­nale lors des mani­fes­ta­tions pré­vues ce mar­di 6 octobre ».

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