Municipales. Laurence Ruffin, première maire de Grenoble, qui reste à gauche

Par Manuel Pavard

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Laurence Ruffin a pris la parole devant ses partisans réunis devant le local de campagne de la liste "Oui Grenoble", après la proclamation officielle de sa victoire.
Laurence Ruffin a été élue maire de Grenoble, ce dimanche 22 mars, avec 56,59 % des voix, contre 43,41 % pour Alain Carignon. Devancée d'une courte tête par son adversaire de droite au premier tour, la candidate de la liste "Oui Grenoble" a su rassembler la majeure partie de la gauche au second tour. Les défis s'annoncent toutefois nombreux pour celle qui devient la première femme maire de la capitale des Alpes. Et qui a promis de se mettre au travail dès le lendemain pour mettre en place son projet.

Si la ten­dance s’est vite des­si­née dans la soi­rée, l’at­tente aura été, une nou­velle fois, par­ti­cu­liè­re­ment longue, avant l’of­fi­cia­li­sa­tion des résul­tats. Il était ain­si 23h30, ce dimanche 22 mars, lorsque l’in­for­ma­tion a été annon­cée, le condi­tion­nel cédant alors enfin la place à l’in­di­ca­tif : Lau­rence Ruf­fin est élue maire de Gre­noble, avec 56,59 % des suf­frages. Un suc­cès fina­le­ment assez confor­table, avec un peu plus de treize points d’a­vance sur Alain Cari­gnon, cré­di­té, lui, de 43,41 %.

L’ex­plo­sion de joie de Lau­rence Ruf­fin, entou­rée de ses colis­tiers et colis­tières, devant le local de cam­pagne.

Mais pour les mili­tants et colis­tiers de « Oui Gre­noble », ras­sem­blés au local de cam­pagne de la liste d’u­nion de la gauche éco­lo­giste et citoyenne, entre les halles Sainte-Claire et la place Notre-Dame, l’ex­plo­sion de joie ayant sui­vi la pro­cla­ma­tion offi­cielle était à la hau­teur de l’an­goisse res­sen­tie durant l’entre-deux-tours, dans une bonne par­tie de la gauche gre­no­bloise. « Heu­reux » et « ras­su­rés ». C’est d’ailleurs ce mélange de sou­la­ge­ment et d’al­lé­gresse qu’ex­pri­maient nombre de par­ti­sans de Lau­rence Ruf­fin au moment où la nou­velle édile a fait son appa­ri­tion, quelques minutes plus tard, sur la scène dres­sée dans la rue du Pré­sident-Car­not.

« Un long chemin pour arriver là »

« Pour la pre­mière fois, Gre­noble a choi­si une maire femme », s’est excla­mé Éric Piolle, avant de trans­mettre le flam­beau et la parole, « avec une immense fier­té », à celle qui lui suc­cède pour les six pro­chaines années. Une maire qui avait « pré­pa­ré deux dis­cours » oppo­sés, au cas où. Et qui ne s’est pas fait prier pour déchi­rer, sous les accla­ma­tions du public, le texte deve­nu inutile, ne gar­dant que les mots de la vic­toire.

Après deux man­dats (de 2014 à 2026), Éric Piolle passe le flam­beau à Lau­rence Ruf­fin.

« Je suis très heu­reuse car c’est un long che­min pour arri­ver là », a lan­cé Lau­rence Ruf­fin, très émue, remer­ciant les mili­tants pour leur inves­tis­se­ment durant cette cam­pagne. Avec un chiffre édi­fiant : les « 42 000 portes » aux­quelles ont frap­pé les membres de son équipe, aux quatre coins de Gre­noble. Et ce, mal­gré une semaine « cha­hu­tée », réfé­rence au cli­mat délé­tère de ces der­niers jours, lar­ge­ment entre­te­nu par ses adver­saires. « C’é­tait com­pli­qué mais l’in­té­rêt géné­ral est tou­jours pas­sé au-des­sus. Nous sommes res­tés sou­dés », s’est-elle féli­ci­tée.

« On va encore devoir résister »

Pour Lau­rence Ruf­fin, son élec­tion et son pro­jet s’ins­crivent dans la riche his­toire de la capi­tale des Alpes et de ses valeurs. « Gre­noble, c’est une ville de résis­tance, […] une ville qui a résis­té au pou­voir royal, qui a ani­mé la Révo­lu­tion fran­çaise, qui est Com­pa­gnon de la Libé­ra­tion. On a résis­té à la cor­rup­tion, à l’entre-soi… Et on va encore devoir résis­ter », a annon­cé l’é­lue, évo­quant ensuite la « ville qui invente ». Celle de « la muni­ci­pa­li­sa­tion de l’eau, du pre­mier Plan­ning fami­lial, de la démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive », a‑t-elle égre­né. « C’est ici qu’on a eu la pre­mière ville éco­lo. Et la pre­mière maire femme. »

Lau­rence Ruf­fin a lon­gue­ment remer­cié les mili­tants de Oui Gre­noble pour leur inves­tis­se­ment.

Lau­rence Ruf­fin a bien sûr rap­pe­lé l’im­por­tance de « l’u­nion de la gauche, des éco­lo­gistes, des citoyens », dans sa vic­toire. Ras­sem­ble­ment qui s’est mani­fes­té dès le début de la cam­pagne, avec une coa­li­tion de treize par­tis et mou­ve­ments, puis lors du second tour, mar­qué par la « fusion tech­nique » avec la liste de la France insou­mise. Sans oublier les consignes de vote et le sou­tien appor­té au len­de­main du pre­mier tour par des can­di­dats — à l’i­mage du Gre­noble Alpes col­lec­tif ou de Romain Gen­til (Place publique) — qu’elle a vive­ment « remer­ciés » pour cela.

Premier conseil municipal le 27 mars

« Je vou­drais m’a­dres­ser à tous les Gre­no­blois et Gre­no­bloises, pour leur dire qu’à par­tir de demain, on s’en­gage à tra­vailler », a pour­sui­vi la nou­velle maire. Dans cette période de tur­bu­lences, entre mon­tée du fas­cisme et dérè­gle­ment cli­ma­tique, elle pro­met de faire vivre les « valeurs d’an­ti­ra­cisme, de fémi­nisme, de jus­tice sociale, de col­lec­tif ». Et d’a­jou­ter : « Très concrè­te­ment, on veut aus­si amé­lio­rer la vie des gens, répondre à toutes les pré­oc­cu­pa­tions et être élus pour tous les Gre­no­blois, qu’ils aient voté pour nous ou non. »

Devant le local de cam­pagne, rue du Pré­sident-Car­not, après la pro­cla­ma­tion offi­cielle des résul­tats.

Lau­rence Ruf­fin en a néan­moins conscience, les obs­tacles à sur­mon­ter ne manquent pas. Ceci, dès ce ven­dre­di 27 mars, date de son pre­mier conseil muni­ci­pal. La maire se retrou­ve­ra ain­si face à une droite revan­charde — et sans doute aigrie après cette nou­velle élec­tion muni­ci­pale per­due. Mais éga­le­ment face à une incon­nue, à savoir l’at­ti­tude des élus LFI et de leur chef de file Allan Bru­non qui, après l’ac­cord « tech­nique » du second tour, enten­daient ral­lier l’op­po­si­tion. De bons nœuds dans le cer­veau en pers­pec­tive certes, mais Oui Gre­noble reste majo­ri­taire pour conduire sa poli­tique. Et Lau­rence Ruf­fin l’a déjà démon­tré, elle ne recule pas devant les défis.

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  • Espé­rons pour la métro­pole que le che­min de l’a­pai­se­ment soit retrou­vé.

    Oui il faut par­tir grou­pés.

    J’ai peur d’une chose : Ne dési­gnons pas un pré­sident éco­lo, qui se recen­tre­ra sur des villes « denses », ne voyant pas les pro­blé­ma­tiques plus loin­taines des ter­ri­toires ruraux. Se pose la ques­tion d’un pré­sident PS comme Lis­sy, qui me semble néan­moins un pur pro­duit poli­tique, comme il n’en existe qua­si plus dans le monde actuel. Sup­pléant par ailleurs de Bat­tis­tel, il sera « aux ordres » des orien­ta­tions natio­nales, dont on sait qu’elles naviguent au grès du vent.

    Au final Fer­ra­ri reste pro­ba­ble­ment un « bon » can­di­dat, capable de tra­vailler serei­ne­ment avec les com­mu­nistes, il a fait alliance très vite dans sa propre com­mune pour ces éléc­tions, comme avec les modé­rés, les petites com­munes, il a su tra­vailler avec Gre­noble sereinement…jusqu’à cette élec­tion avec Mon­ga­bu­ru en face de lui en 2020, il sait aus­si com­po­ser avec la droite. Il faut négo­cier avec lui des délé­ga­tions consé­quentes pour jouer le contre-pou­voir, dont les finances, les trans­ports, l’é­co­no­mie…

    Et sur­tout si c’est fina­le­ment Fer­ra­ri, on ne per­dra pas de temps à « tout » chan­ger, alors qu’on a déjà assez per­du du temps dans le man­dat pré­cé­dent.

    Le point prin­ci­pal reste le posi­tion­ne­ment LFI : Une majo­ri­té avec LFI est com­plexe, ils s’af­fichent dans l’op­po­si­tion après leur « alliance tech­nique » à Gre­noble, dès lors il faut consi­dé­rer qu’ils ne doivent pas être dans la majo­ri­té de la métro­pole.

    L’o­ri­gine des que­relles Fer­ra­ri-Piolle est avant tout inter­per­son­nel, et non sur le fond des idées, il lié au choix de pré­sen­ter un can­di­dat en face de Fer­ra­ri, à savoir Mon­ga­bu­ru, en 2020 et à la posi­tion de Fer­ra­ri d’al­ler au 3ème tour avec de fac­to le report des voix de droite.

    Piolle et Fer­ra­ri avaient pour­tant bien tra­vaillé ensemble jus­qu’a­lors. La divi­sion est alors appa­rue au grand jour : pour­quoi, côté Piolle, avoir cher­ché à impo­ser un can­di­dat de la ville centre, dans un équi­libre où la métro­pole est com­po­sée de ter­ri­toires ruraux de mon­tagnes, et de l’ur­bain dense de l’autre.

    La divi­sion des gauches n’a pas pro­fi­té, Gre­noble a per­du de son attrac­ti­vi­té sur la scène natio­nale, et on connait aujourd’­hui les consé­quences, y com­pris pour les éco­lo­gistes à Gre­noble au pre­mier tour qui n’ont clai­re­ment pas fait le score atten­du.