Exalia. La ville de Pont-de-Claix avance 600 000 € pour l’acquisition de foncier
Par Manuel Pavard
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Le (très) maigre suspense a été vite éteint et la délibération adoptée à l’unanimité, ce jeudi 7 mai, en fin d’après-midi. Réuni en séance extraordinaire, le conseil municipal de la ville de Pont-de-Claix a accordé au projet de reprise Exalia une avance remboursable de 600 000 euros. Cette aide doit permettre « l’acquisition des parcelles foncières nécessaires au développement du projet et à la poursuite de l’activité », explique la municipalité. Laquelle espère qu’un tel soutien constituera un argument de poids, le moment venu, pour enclencher ce projet qui vise à relancer la plateforme chimique en modernisant la transformation du chlore et en développant une activité industrielle de chimie décarbonée.

« Aider Exalia à devenir maître du foncier » est en effet l’un des deux axes indispensables à sa réussite, a souligné le maire de Pont-de-Claix, Christophe Ferrari, depuis la plateforme chimique, peu avant le conseil municipal. Quant à l’autre axe, à savoir les discussions avec le repreneur, celles-ci sont « confidentielles », a‑t-il affirmé, aux côtés d’une partie des porteurs de projet, dont Séverine Dejoux, ex-déléguée CGT de Vencorex, et plusieurs anciens salariés de l’entreprise.
« La ville a immédiatement pris ses responsabilités »
Les multiples rebondissements et coups de théâtre dans le dossier Vencorex, depuis l’automne 2024, les ont de toute façon vaccinés contre tout excès d’optimisme. Mais tous deux ont conscience que le couperet n’est pas passé loin. L’ordonnance rendue le 25 mars par le tribunal des activités économiques (ex-tribunal de commerce) de Lyon « a été pour nous une douche froide », a reconnu Christophe Ferrari. À la surprise générale, Exalia se voyait rejeté, au profit notamment du ferrailleur drômois All Metal, le tribunal privilégiant ainsi le démantèlement du site au développement industriel.
Un coup de massue pour les porteurs de projet, qui avaient cependant repris espoir à l’issue des échanges avec le ministre de l’Industrie Sébastien Martin, d’abord le lendemain lors des assises CGT du « made in France », à Pont-de-Claix, puis la semaine suivante au cours d’une réunion à Bercy, avec l’ensemble des acteurs. Rencontre qui avait acté la mise en œuvre de « solutions techniques et opérationnelles ».

Sur le volet foncier, Christophe Ferrari n’est pas réellement rentré dans les détails, évoquant tout juste « une avance remboursable de 600 000 euros en crédit d’investissement ». Une somme qui n’était évidemment pas programmée dans le budget. Mais « la piste d’une aide à l’acquisition foncière s’est imposée comme l’une des solutions et la ville a immédiatement pris ses responsabilités », s’est félicité l’édile. Et de rappeler l’histoire de la commune, qui s’est « toujours impliquée sur les questions foncières. En 2008 lorsque la plateforme chimique a vendu une grande partie de son patrimoine foncier, c’est la ville de Pont-de-Claix qui l’avait rachetée. »
« Deux enjeux très critiques »
Ce soutien financier peut-il faire pencher la balance ou du moins y contribuer ? Séverine Dejoux veut le croire : « C’est absolument essentiel car c’est une somme qu’on n’avait pas prévu d’avoir avant l’acquisition et dont on va avoir besoin en tout premier lieu. » Si la deadline de deux semaines annoncée par son partenaire Olivier Six, au lendemain de la réunion à Bercy, a finalement été repoussée, la représentante d’Exalia n’a toutefois pas éludé les difficultés qui se présentent.
De fait, le temps presse et le calendrier se resserre, a‑t-elle admis : « Il y a deux enjeux très critiques qui vont très rapidement nous mettre dans le rouge. » Deux sujets suffisamment importants pour pouvoir sonner la fin d’Exalia en cas d’issue négative. « Le premier, c’est la mine de sel de Hauterives [NDLR : dans la Drôme] : le calendrier prévoyait un premier arrêt du saumoduc fin mai, aujourd’hui c’est reporté à fin juin. » Une rallonge d’un mois bienvenue mais « ça reste très court et il faudra qu’on ait des certitudes d’ici là », a‑t-elle ajouté.

« Le deuxième enjeu, il est derrière moi », a confié Séverine Dejoux, en désignant les anciens salariés de Vencorex se tenant à ses côtés sur la plateforme chimique. Tous sont prêts à rejoindre le projet Exalia ; problème, ils arrivent en fin de droits au chômage. « Depuis l’ordonnance du tribunal, on leur a dit de rechercher du travail, a‑t-elle poursuivi. Certains d’entre eux ont trouvé du boulot et vont s’engager très prochainement, donc on ne pourra pas leur demander de revenir si jamais ça se décidait dans trois mois. »
De son côté, Christophe Ferrari a également exprimé son souhait de voir la ville se positionner sur du foncier actuellement en bordure de la plateforme et « présentant un intérêt public ». Un vœu pour lequel le liquidateur a déjà été interpellé. L’ancien président de la métropole l’a par ailleurs répété, la ville de Pont-de-Claix soutiendra Exalia jusqu’au bout, y compris s’il fallait ressortir le portefeuille. Certes, le chiffre de 600 000 euros est une estimation fiable et « n’est pas tombé du chapeau ». Néanmoins, a‑t-il assuré, « si demain il y avait un besoin complémentaire, évidemment on sera là. Il n’y a pas de difficultés là-dessus. »


