Grenoble. « On prépare le bac, on nous envoie la BAC » : le ras-le-bol des lycéens

Par Manuel Pavard

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Une partie des lycéens de Mounier ont rejoint la manifestation de la fonction publique à 10 heures, place Victor-Hugo, après avoir bloqué leur établissement en début de matinée.
Une dizaine de lycées isérois, essentiellement dans l'agglomération grenobloise, ont fait l'objet de blocages ou tentatives de blocage ce mardi 29 septembre, suivant l'exemple lancé la veille par le lycée Mounier, de nouveau à la pointe de la contestation. Des lycéens qui réclament à la fois de meilleures conditions d'études et davantage de moyens humains, matériels ou financiers, tout en refusant les injonctions sur leur tenue vestimentaire. Et qui dénoncent la violente répression policière dont ils ont fait l'objet.

Assis sur un muret, der­rière l’ar­rêt de tram Mou­nier, le petit groupe de lycéens n’est pas peu fier de sa « pun­chline ». Ous­mane et Rayan [les pré­noms ont été modi­fiés] la res­sortent en chœur : « On pré­pare le bac et on nous envoie la BAC ! » Der­rière la for­mule et la rime se cache tou­te­fois une triste réa­li­té. Car depuis la veille, une bonne par­tie des élèves du lycée Mou­nier ont expé­ri­men­té la répres­sion poli­cière et les jets de gre­nades lacry­mo­gènes. Le prix à payer pour un éta­blis­se­ment qui se trouve une nou­velle fois à l’é­pi­centre de la contes­ta­tion dans le dépar­te­ment.

Pou­belles brû­lées et ren­ver­sées devant l’en­trée du lycée Mou­nier, mar­di 29 sep­tembre.

Dès le lun­di 28 sep­tembre, le lycée Mou­nier a ain­si été blo­qué, à l’aide notam­ment de pou­belles brû­lées ou ren­ver­sées, dis­sé­mi­nées devant le por­tail d’en­trée et sur les rams du tram­way. Un blo­cage recon­duit dès le début de mati­née, ce mar­di 29 sep­tembre, à Mou­nier donc mais aus­si aux lycées André-Argouges, Sten­dhal, Les Eaux-Claires, Vau­can­son, Les­di­guières, Le Clos d’Or, Marie-Curie (à Échi­rolles)… Soit « une dizaine d’é­ta­blis­se­ments sco­laires, majo­ri­tai­re­ment dans l’ag­glo­mé­ra­tion gre­no­bloise », selon la pré­fec­ture de l’I­sère.

Blo­cage au lycée Sten­dhal, mar­di en début de mati­née.

De retour de la mani­fes­ta­tion des agents de la fonc­tion publique, qu’ils ont rejoints le matin au sein d’un impor­tant cor­tège lycéen, les lycéens pré­ci­tés tentent de syn­thé­ti­ser leurs prin­ci­pales reven­di­ca­tions. Celles-ci mêlent, pêle-mêle, des demandes liées à leurs condi­tions d’é­tudes — des classes trop char­gées aux salles trop chauf­fées -, au manque de pro­fes­seurs, à la sélec­tion jugée « injuste » sur Par­cour­sup, aux nou­velles res­tric­tions ves­ti­men­taires…

Les moyens et la liberté

« Même nous, aujourd’­hui, on était en grève en tant que prof pour dire ‘le gou­ver­ne­ment nous prend pour des cons depuis très long­temps’. Et ça, les élèves le res­sentent aus­si, même s’il ne l’ex­priment pas de cette façon », explique une ensei­gnante au lycée pro­fes­sion­nel Mou­nier [NDLR : lycée poly­va­lent, Mou­nier pro­pose des voies géné­rale, tech­no­lo­gique et pro­fes­sion­nelle], syn­di­quée au SNUEP-FSU et venue en sou­tien sur le blo­cage, ce mar­di midi.

Les ensei­gnants du lycée Argouges, dans le cor­tège des agents de la fonc­tion publique, à Gre­noble.

Selon elle, les reven­di­ca­tions lycéennes se répar­tissent en deux caté­go­ries prin­ci­pales. Tout d’a­bord la ques­tion des moyens et des condi­tions d’é­tudes, prio­ri­taire dans tous les éta­blis­se­ments mobi­li­sés. « Le lycée Mou­nier est quand même plu­tôt bien doté mais ce n’est pas le cas par­tout : il y a plein de lycées où le bâti est en mau­vais état, où il n’y a pas assez d’or­di­na­teurs, pas assez de vidéo-pro­jec­teurs, etc. Tout ça, les élèves le voient et ça les saoule ! »

La deuxième grande ques­tion est, elle, liée à la « liber­té » ou plu­tôt l’ab­sence de liber­té. « C’est la tenue pro­fes­sion­nelle qu’on leur impose, c’est l’ob­ses­sion autour du voile et des signes reli­gieux », détaille l’en­sei­gnante. « Ils res­sentent aus­si une forme de dis­cri­mi­na­tion sur le mode ‘t’es en jog­ging, t’es en crocs, bah tu dégages’. Donc plus glo­ba­le­ment, ils en ont ras-le-bol ! »

« Nos élèves se sont habi­tués à cette répres­sion. (…) Pour eux, man­ger des lacry­mos, c’est deve­nu nor­mal. »

Et puis, impos­sible de ne pas évo­quer les inter­ven­tions des forces de l’ordre, après une mati­née pas­sée à jouer au chat et à la sou­ris pour de nom­breux lycéens. Dans son bilan com­mu­ni­qué en fin de jour­née, la pré­fec­ture annonce dix-sept inter­pel­la­tions, « prin­ci­pa­le­ment pour des faits de vio­lences à l’encontre de repré­sen­tants de l’autorité publique et dégra­da­tions ». Mais pour la pro­fes­seur de Mou­nier syn­di­quée au SNUEP, « la répres­sion poli­cière n’a fait qu’ac­cen­tuer la colère » des lycéens.

Les élèves du lycée Mou­nier sur l’a­ve­nue Albert 1er de Bel­gique, alors que des voi­tures de police arrivent à l’ho­ri­zon.

Son constat est même ter­rible et par­ti­cu­liè­re­ment symp­to­ma­tique d’une époque : « On se disait avec les col­lègues que nos élèves se sont habi­tués à cette répres­sion. Là, ils voient les flics arri­ver, il y a une vague, ils courent tous et ils reviennent direct. Pour eux, man­ger des lacry­mos, c’est deve­nu habi­tuel, nor­mal. Ils se disent que la police fait ça… Et clai­re­ment, ça les calme pas du tout, ils attendent la deuxième manche, pour refaire le match. »

Un élève de pre­mière pas­sant à proxi­mi­té ne dit pas autre chose : « Vous savez, quand on vient d’un quar­tier, on a gran­di avec les contrôles et la vio­lence poli­cière… Ce n’est pas parce qu’on est au lycée que ça va s’ar­rê­ter. » Ce trai­te­ment répres­sif de la jeu­nesse déso­lé pro­fon­dé­ment l’en­sei­gnante : « À aucun moment, l’ins­ti­tu­tion ne vient les voir en leur deman­dant quelles sont leurs demandes. On leur envoie une seule chose : la police ! »

Devant l’en­trée du lycée Sten­dhal.

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