Industrie du numérique, nuisible ou indispensable ? Débat contradictoire entre StopMicro et le PCF

Par Travailleur Alpin

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STMicroelectronics à Crolles.
Le débat aura lieu le samedi 28 novembre à la salle Rouge de Grenoble. L’occasion de confronter deux visions de ce que pourrait être le dépassement du capitalisme. Rencontre sur le fond d'un débat d'idées qui s'annonce particulièrement intéressante.

« Eco­lo-traitres » : les mili­tants de STop­Mi­cro n’auront pas mâchés leurs mots à l’occasion du conseil métro­po­li­tain de ce ven­dre­di 6 novembre. Le col­lec­tif qui se mobi­lise contre les pro­jets rela­tif à l’industrie micro­élec­tro­nique sur l’Isère pro­tes­tait contre la vente d’un ter­rain des­ti­né à l’implantation du « Bâti­ment de haute tech­no­lo­gie — fabri­ca­tion », pro­jet de 15000 m² visant à favo­ri­ser l’industrialisation des nou­velles tech­no­lo­gies conçues par les star­tups du sec­teur. En réponse, le conseiller délé­gué et ancien vice-pré­sident (groupe NMC – petites com­munes de centre-droit) Guy Julien a décla­ré auprès de nos confrères du Dau­phi­né libé­ré « Moi je sou­tiens ce pro­jet car, comme vous le savez, je n’appartiens pas à l’ultragauche ». Mais por­ter une alter­na­tive au capi­ta­lisme revient-il néces­sai­re­ment à s’opposer aux indus­tries de la tech ? Un débat qui fera date se tien­dra le same­di 28 novembre à Gre­noble.

Le débat est vieux comme le capi­ta­lisme : les tech­no­lo­gies déve­lop­pées dans le cadre d’une socié­té régie par l’exploitation sont-elles intrin­sè­que­ment mau­vaises, ou doivent-elles au contraire être pla­cées sous le contrôle des tra­vailleurs et au ser­vice des besoins sociaux ?

Le 10 sep­tembre der­nier, le col­lec­tif STop­Mi­cro orga­ni­sait un ras­sem­ble­ment, place de Ver­dun, pour dénon­cer « l’ac­ca­pa­re­ment » de l’eau potable par STMi­croe­lec­tro­nics.

Dès le début du XIXe siècle, le mou­ve­ment lud­diste des « bri­seurs de machines » dénon­çait dans l’Angleterre vic­to­rienne la méca­ni­sa­tion du tra­vail géné­rant inten­si­fi­ca­tion de l’exploitation et dégra­da­tion de la nature. Pierre-Joseph Prou­dhon (1809–1865), figure fon­da­trice de l’anarchisme, pro­lon­gea la cri­tique du machi­nisme indus­triel, prô­nant en contre-point une socié­té décen­tra­li­sée de petites com­mu­nau­tés auto­gé­rées. Karl Marx et Frie­drich Engels répon­dront en fon­dant les bases de la phi­lo­so­phie poli­tique « maté­ria­liste dia­lec­tique » prô­nant un socia­lisme scien­ti­fique, défen­dant la pleine prise en main des moyens de pro­duc­tions par le monde du tra­vail orga­ni­sé, moyens de pro­duc­tion pla­cés ain­si au ser­vice de l’ensemble de l’espèce humaine.

Du XIXe siècle à nos jours…

Si l’hégémonie du mar­xisme sur le mou­ve­ment ouvrier durant le XXe siècle a pu lais­ser à pen­ser que ce débat était dépas­sé, l’émergence de la ques­tion éco­lo­gique l’a fina­le­ment fait reve­nir sur le devant de la scène. Face aux consé­quences de l’industrialisation, pol­lu­tions comme réchauf­fe­ment cli­ma­tique, la réponse pre­mière des mou­ve­ments éco­lo­gistes a été de prô­ner une « décrois­sance ». S’il est bon de rap­pe­ler que l’idée d’origine vient d’un club de réflexion patro­nal, le « club de Rome », mis en place par la fon­da­tion Rocke­fel­ler et copi­lo­té au départ par un diri­geant du groupe Fiat –, elle a fécon­dé rapi­de­ment les milieux anti­ca­pi­ta­listes et alter­na­tifs, lar­ge­ment reprise en fin de siècle par le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste, qui cherche à tra­cer la voie d’une autre socié­té après le double-choc de la chute du bloc de l’Est et de l’échec des expé­riences sociales-démo­crates.

A tel point qu’aujourd’hui, l’univers de la « gauche radi­cale » est désor­mais domi­né par cette matrice décrois­sante, entre reven­di­ca­tion assu­mée de la sor­tie de l’énergie nucléaire et sou­tien sans faille aux luttes contre les « grands pro­jets [pré­sen­tés comme] inutiles ».

Le numérique, véritable enjeu de civilisation

L’industrie du numé­rique prend une place sin­gu­lière dans ce pay­sage. D’un côté, en quelques décen­nies à peine, ses pro­duits sont deve­nus omni­pré­sents ; de l’autre, le grand public peine à sai­sir les impli­ca­tions indus­trielles der­rière ce qui est per­çu à tort comme « imma­té­riel ». D’autant que la « révo­lu­tion numé­rique » prend d’autres dimen­sions plus anthro­po­lo­giques, redé­fi­nis­sant les rap­ports entre les êtres humains, ce qui n’est pas sans ouvrir de vastes débats.

Un site qui n’a pas vu se concré­ti­ser les pro­messes d’Em­ma­nuel Macron de 2022.

En Isère, l’opposition aux tech­no­lo­gies avan­cées n’est pas nou­velle, elle se struc­ture – et tra­vaille – depuis long­temps au sein de col­lec­tifs comme « Pièces et main d’œuvre », connu notam­ment pour son rôle dans les grandes mobi­li­sa­tions des années 2000 contre Mina­tech (inau­gu­rée en 2006) et le pro­jet Giant, qui ont ins­tal­lé Gre­noble comme « pôle d’excellence » dans le domaine des nano­tech­no­lo­gies.

Cet éco­sys­tème mili­tant accouche aus­si du col­lec­tif STop­Mi­cro, en pointe de la lutte contre les pro­jets indus­triels dans le domaine des puces élec­tro­niques.

Alors, faut-il stopper ou nationaliser STMicroelectronics ?

En paral­lèle, les com­mu­nistes occupent une place sin­gu­lière, de part leurs liens avec le milieu syn­di­cal. La publi­ca­tion en 2023 du Plan climat empreinte 2050 illustre la démarche de leur par­ti : prô­ner une nou­velle pla­ni­fi­ca­tion démo­cra­tique pour rele­ver les défis du XXIe siècle, et au pre­mier chef celui du réchauf­fe­ment cli­ma­tique. Le PCF s’illustre éga­le­ment par une défense de la sou­ve­rai­ne­té indus­trielle, thème qui prend davan­tage de place suite à la crise de la COVID-19.

Alors c’est tout natu­rel­le­ment qu’il s’intéresse à la filière, réagis­sant de façon cri­tique au plan pré­sen­té par Emma­nuel Macron en 2022, et en fai­sant même un axe cen­tral de sa cam­pagne lors des euro­péennes de 2024, autour de la reven­di­ca­tion d’un « Air­Bus de la micro­élec­tro­nique ».

Un retour en lice – rap­pe­lons aus­si que l’implantation d’origine de STMi­croe­lec­tro­nics à Crolles en 1992 est due au tra­vail du maire com­mu­niste de l’époque, Jean-Claude Patu­rel (maire de 1986 jusqu’à sa mort en 2005) – qui attire l’attention des mili­tants de STop­Mi­cro, peu habi­tués à se voir oppo­ser d’autres visions que celle des tenants du néo­li­bé­ra­lisme domi­nant.

De là, germe l’idée par­ta­gé d’un débat contra­dic­toire entre ces deux cou­rants, dans un contexte où la quête d’alternatives se fait de plus en plus forte pour une part impor­tante de la popu­la­tion. Un débat se vou­lant res­pec­tueux, des­ti­né à éclai­rer le sujet en per­met­tant à cha­cun de pré­sen­ter sa vision en toute trans­pa­rence, et les objec­tions qu’il peut avoir quant aux ana­lyses de l’autre.

Une ini­tia­tive qui ver­ra fina­le­ment le jour le same­di 28 novembre 2026, à 16h30, à la salle rouge de Gre­noble (15 rue des Arts & Métiers), et qui devrait faire date dans le Lan­der­neau local !

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