Industrie du numérique, nuisible ou indispensable ? Débat contradictoire entre StopMicro et le PCF
Par Travailleur Alpin
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« Ecolo-traitres » : les militants de STopMicro n’auront pas mâchés leurs mots à l’occasion du conseil métropolitain de ce vendredi 6 novembre. Le collectif qui se mobilise contre les projets relatif à l’industrie microélectronique sur l’Isère protestait contre la vente d’un terrain destiné à l’implantation du « Bâtiment de haute technologie — fabrication », projet de 15000 m² visant à favoriser l’industrialisation des nouvelles technologies conçues par les startups du secteur. En réponse, le conseiller délégué et ancien vice-président (groupe NMC – petites communes de centre-droit) Guy Julien a déclaré auprès de nos confrères du Dauphiné libéré « Moi je soutiens ce projet car, comme vous le savez, je n’appartiens pas à l’ultragauche ». Mais porter une alternative au capitalisme revient-il nécessairement à s’opposer aux industries de la tech ? Un débat qui fera date se tiendra le samedi 28 novembre à Grenoble.
Le débat est vieux comme le capitalisme : les technologies développées dans le cadre d’une société régie par l’exploitation sont-elles intrinsèquement mauvaises, ou doivent-elles au contraire être placées sous le contrôle des travailleurs et au service des besoins sociaux ?

Dès le début du XIXe siècle, le mouvement luddiste des « briseurs de machines » dénonçait dans l’Angleterre victorienne la mécanisation du travail générant intensification de l’exploitation et dégradation de la nature. Pierre-Joseph Proudhon (1809–1865), figure fondatrice de l’anarchisme, prolongea la critique du machinisme industriel, prônant en contre-point une société décentralisée de petites communautés autogérées. Karl Marx et Friedrich Engels répondront en fondant les bases de la philosophie politique « matérialiste dialectique » prônant un socialisme scientifique, défendant la pleine prise en main des moyens de productions par le monde du travail organisé, moyens de production placés ainsi au service de l’ensemble de l’espèce humaine.
Du XIXe siècle à nos jours…
Si l’hégémonie du marxisme sur le mouvement ouvrier durant le XXe siècle a pu laisser à penser que ce débat était dépassé, l’émergence de la question écologique l’a finalement fait revenir sur le devant de la scène. Face aux conséquences de l’industrialisation, pollutions comme réchauffement climatique, la réponse première des mouvements écologistes a été de prôner une « décroissance ». S’il est bon de rappeler que l’idée d’origine vient d’un club de réflexion patronal, le « club de Rome », mis en place par la fondation Rockefeller et copiloté au départ par un dirigeant du groupe Fiat –, elle a fécondé rapidement les milieux anticapitalistes et alternatifs, largement reprise en fin de siècle par le mouvement altermondialiste, qui cherche à tracer la voie d’une autre société après le double-choc de la chute du bloc de l’Est et de l’échec des expériences sociales-démocrates.
A tel point qu’aujourd’hui, l’univers de la « gauche radicale » est désormais dominé par cette matrice décroissante, entre revendication assumée de la sortie de l’énergie nucléaire et soutien sans faille aux luttes contre les « grands projets [présentés comme] inutiles ».
Le numérique, véritable enjeu de civilisation
L’industrie du numérique prend une place singulière dans ce paysage. D’un côté, en quelques décennies à peine, ses produits sont devenus omniprésents ; de l’autre, le grand public peine à saisir les implications industrielles derrière ce qui est perçu à tort comme « immatériel ». D’autant que la « révolution numérique » prend d’autres dimensions plus anthropologiques, redéfinissant les rapports entre les êtres humains, ce qui n’est pas sans ouvrir de vastes débats.

En Isère, l’opposition aux technologies avancées n’est pas nouvelle, elle se structure – et travaille – depuis longtemps au sein de collectifs comme « Pièces et main d’œuvre », connu notamment pour son rôle dans les grandes mobilisations des années 2000 contre Minatech (inaugurée en 2006) et le projet Giant, qui ont installé Grenoble comme « pôle d’excellence » dans le domaine des nanotechnologies.
Cet écosystème militant accouche aussi du collectif STopMicro, en pointe de la lutte contre les projets industriels dans le domaine des puces électroniques.
Alors, faut-il stopper ou nationaliser STMicroelectronics ?
En parallèle, les communistes occupent une place singulière, de part leurs liens avec le milieu syndical. La publication en 2023 du Plan climat empreinte 2050 illustre la démarche de leur parti : prôner une nouvelle planification démocratique pour relever les défis du XXIe siècle, et au premier chef celui du réchauffement climatique. Le PCF s’illustre également par une défense de la souveraineté industrielle, thème qui prend davantage de place suite à la crise de la COVID-19.
Alors c’est tout naturellement qu’il s’intéresse à la filière, réagissant de façon critique au plan présenté par Emmanuel Macron en 2022, et en faisant même un axe central de sa campagne lors des européennes de 2024, autour de la revendication d’un « AirBus de la microélectronique ».
Un retour en lice – rappelons aussi que l’implantation d’origine de STMicroelectronics à Crolles en 1992 est due au travail du maire communiste de l’époque, Jean-Claude Paturel (maire de 1986 jusqu’à sa mort en 2005) – qui attire l’attention des militants de STopMicro, peu habitués à se voir opposer d’autres visions que celle des tenants du néolibéralisme dominant.
De là, germe l’idée partagé d’un débat contradictoire entre ces deux courants, dans un contexte où la quête d’alternatives se fait de plus en plus forte pour une part importante de la population. Un débat se voulant respectueux, destiné à éclairer le sujet en permettant à chacun de présenter sa vision en toute transparence, et les objections qu’il peut avoir quant aux analyses de l’autre.
Une initiative qui verra finalement le jour le samedi 28 novembre 2026, à 16h30, à la salle rouge de Grenoble (15 rue des Arts & Métiers), et qui devrait faire date dans le Landerneau local !


