Grenoble. 7000 manifestants pour défendre les services publics et refuser l’austérité

Par Manuel Pavard

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Les représentants de l'intersyndicale tenant la banderole de tête, sur le boulevard Jean-Pain.
Plus de 7000 personnes ont défilé ce mardi 29 septembre à Grenoble, à l'occasion de la journée nationale de grève de la fonction publique, à l'appel de l'intersyndicale. Des agents manifestant notamment pour d'autres choix budgétaires et de meilleurs salaires, et rejoints par des lycéens présents en nombre, après les blocages de plusieurs établissements de l'agglomération. Une convergence des luttes, mais aussi des générations.

En tête de cor­tège, les repré­sen­tants de l’in­ter­syn­di­cale isé­roise de la fonc­tion publique (CGT, FSU, UNSA, Soli­daires, CFDT, FO) défi­lant der­rière la ban­de­role « Pour les ser­vices publics, pour le pro­grès social ». Quelques mètres der­rière, un impo­sant cor­tège lycéen enton­nant les slo­gans phares des mani­fes­ta­tions lycéennes et étu­diantes : « Et on est jeunes, déter’ et révo­lu­tion­naires » ou le plus caus­tique « Plus de place au lycée pour pas finir poli­cier, plus de place au Capes pour pas finir CRS, plus de place à la fac pour pas finir à la Bac ». Deux géné­ra­tions, deux ambiances, et pour­tant une réelle uni­té et une même volon­té de défendre les ser­vices publics.

Des dra­peaux CGT en nombre.

Ils étaient ain­si plus de 7000, selon les orga­ni­sa­teurs, à battre le pavé ce mar­di 29 sep­tembre, dans les rues de Gre­noble, à l’oc­ca­sion de cette jour­née natio­nale de grève et de mobi­li­sa­tion de la fonc­tion publique. Une foule dense, joyeuse et déter­mi­née, qui s’est élan­cée de la place Vic­tor-Hugo pour rejoindre la place de Ver­dun, via les bou­le­vards Gam­bet­ta et Jean-Pain, sous un soleil esti­val.

Les salaires, thème omni­pré­sent.

Par­mi eux, des agents des dif­fé­rents corps de la fonc­tion publique : ensei­gnants, ter­ri­to­riaux, soi­gnants, retrai­tés… En grève pour le dégel du point d’in­dice, pour l’é­ga­li­té sala­riale entre les femmes et les hommes, pour de nou­veaux moyens dans leurs ser­vices res­pec­tifs, pour des recru­te­ments à la hau­teur des besoins. Des mani­fes­tants refu­sant l’aus­té­ri­té pro­mise par le gou­ver­ne­ment dans son bud­get 2027.

« Les avantages qu’on avait n’existent quasiment plus »

« Le gou­ver­ne­ment se moque vrai­ment de nous », s’in­surge David, sala­rié au CEA de Gre­noble. « Tout aug­mente : la nour­ri­ture, le loge­ment, l’élec­tri­ci­té, le car­bu­rant… sauf nos salaires qui sont blo­qués et qui ne bougent qua­si­ment pas depuis quinze ans. Si on com­pare l’é­vo­lu­tion de nos rému­né­ra­tions avec celle de l’in­fla­tion, on pleure. Et je ne parle même pas de com­pa­rer avec les salaires de ceux qui tra­vaillent dans le pri­vé — à poste égal — sinon on pleure encore plus ! »

Les sala­riés du CEA, mobi­li­sés pour la reva­lo­ri­sa­tion du point d’in­dice.

Même constat pour la plu­part des caté­go­ries pro­fes­sion­nelles repré­sen­tées dans le cor­tège. « Les avan­tages qu’on avait avant en tant que fonc­tion­naires, comme la sécu­ri­té de l’emploi, n’existent qua­si­ment plus », déplore Karine, ensei­gnante. Elle l’as­sure, « la pro­por­tion de col­lègues contrac­tuels, en salle des profs, est de plus en plus impor­tante. On voit de moins en moins de profs titu­laires, comme nous, qui res­tent plu­sieurs années de suite dans un même éta­blis­se­ment, qui conduisent des pro­jets sur le long terme, etc. » La faute, entre autres, au « manque d’at­trac­ti­vi­té » de la pro­fes­sion, selon elle.

Les lycéens de Mou­nier, comme tou­jours à la pointe de la mobi­li­sa­tion lycéenne.

Karine désigne les nom­breux lycéens venus des dif­fé­rents lycées blo­qués depuis le matin — voire la veille — dans l’ag­glo­mé­ra­tion (Mou­nier, Argouges, Sten­dhal, Eaux-Claires à Gre­noble, Marie-Curie à Échi­rolles…). « Quand on voit leurs condi­tions d’é­tudes et l’a­ve­nir qu’on leur réserve, com­ment s’é­ton­ner qu’ils mani­festent ? Je trouve même qu’ils sont plu­tôt sages vu le contexte », lance la mère de deux ado­les­cents, « évi­dem­ment pré­sents ce matin ».

« Lutte exemplaire » et « répression inacceptable »

Les mani­fes­tants lycéens ont éga­le­ment été rejoints par des étu­diants de l’U­ni­ver­si­té Gre­noble Alpes (UGA) — certes en nombre plus réduit — mobi­li­sés notam­ment pour l’ins­crip­tion des sans-facs et contre le plan Bien­ve­nue en France — qui géné­ra­lise les frais d’ins­crip­tion dif­fé­ren­ciés pour les étu­diants extra-com­mu­nau­taires. Pour l’U­NEF Gre­noble, « la date du 29 était impor­tante », confirme son pré­sident Léonce Sub­til, « mais elle a pris une tour­nure autre avec les blo­cages de lycées ».

Les étu­diants lut­tant pour l’ins­crip­tion des sans-facs ;

Le syn­di­ca­liste étu­diant vante même la « lutte exem­plaire » des lycéens. Une lutte assez spon­ta­née et échap­pant assez lar­ge­ment à l’emprise des orga­ni­sa­tions poli­tiques et syn­di­cales, recon­naît-il. « Mais leur colère est légi­time et la répres­sion poli­cière en face est inac­cep­table », dénonce Léonce Sub­til, per­sua­dé que « le gou­ver­ne­ment veut faire taire ceux qui se mobi­lisent ».

Les mili­tants com­mu­nistes étaient pré­sents.

Une répres­sion poli­cière qui se double d’une répres­sion patro­nale et ins­ti­tu­tion­nelle tout aus­si forte à l’en­contre de cer­tains sala­riés et agents, sou­ligne un agent de l’ins­pec­tion du tra­vail, rap­pe­lant le cas emblé­ma­tique de ses deux col­lègues, repré­sen­tants syn­di­caux Sud Tra­vail, Pierre et Benoît : « L’i­dée, c’est vrai­ment de faire taire toutes les voix dis­cor­dantes et contes­ta­taires. Ça fait peur d’un côté, mais ça montre aus­si que le gou­ver­ne­ment et la bour­geoi­sie ne sont pas si sereins que ça… »

Bet­ty Demange, repré­sen­tante des ter­ri­to­riaux de la CGT, au micro à l’ar­ri­vée, place de Ver­dun.

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