Grenoble. 7000 manifestants pour défendre les services publics et refuser l’austérité
Par Manuel Pavard
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En tête de cortège, les représentants de l’intersyndicale iséroise de la fonction publique (CGT, FSU, UNSA, Solidaires, CFDT, FO) défilant derrière la banderole « Pour les services publics, pour le progrès social ». Quelques mètres derrière, un imposant cortège lycéen entonnant les slogans phares des manifestations lycéennes et étudiantes : « Et on est jeunes, déter’ et révolutionnaires » ou le plus caustique « Plus de place au lycée pour pas finir policier, plus de place au Capes pour pas finir CRS, plus de place à la fac pour pas finir à la Bac ». Deux générations, deux ambiances, et pourtant une réelle unité et une même volonté de défendre les services publics.

Ils étaient ainsi plus de 7000, selon les organisateurs, à battre le pavé ce mardi 29 septembre, dans les rues de Grenoble, à l’occasion de cette journée nationale de grève et de mobilisation de la fonction publique. Une foule dense, joyeuse et déterminée, qui s’est élancée de la place Victor-Hugo pour rejoindre la place de Verdun, via les boulevards Gambetta et Jean-Pain, sous un soleil estival.

Parmi eux, des agents des différents corps de la fonction publique : enseignants, territoriaux, soignants, retraités… En grève pour le dégel du point d’indice, pour l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, pour de nouveaux moyens dans leurs services respectifs, pour des recrutements à la hauteur des besoins. Des manifestants refusant l’austérité promise par le gouvernement dans son budget 2027.
« Les avantages qu’on avait n’existent quasiment plus »
« Le gouvernement se moque vraiment de nous », s’insurge David, salarié au CEA de Grenoble. « Tout augmente : la nourriture, le logement, l’électricité, le carburant… sauf nos salaires qui sont bloqués et qui ne bougent quasiment pas depuis quinze ans. Si on compare l’évolution de nos rémunérations avec celle de l’inflation, on pleure. Et je ne parle même pas de comparer avec les salaires de ceux qui travaillent dans le privé — à poste égal — sinon on pleure encore plus ! »

Même constat pour la plupart des catégories professionnelles représentées dans le cortège. « Les avantages qu’on avait avant en tant que fonctionnaires, comme la sécurité de l’emploi, n’existent quasiment plus », déplore Karine, enseignante. Elle l’assure, « la proportion de collègues contractuels, en salle des profs, est de plus en plus importante. On voit de moins en moins de profs titulaires, comme nous, qui restent plusieurs années de suite dans un même établissement, qui conduisent des projets sur le long terme, etc. » La faute, entre autres, au « manque d’attractivité » de la profession, selon elle.

Karine désigne les nombreux lycéens venus des différents lycées bloqués depuis le matin — voire la veille — dans l’agglomération (Mounier, Argouges, Stendhal, Eaux-Claires à Grenoble, Marie-Curie à Échirolles…). « Quand on voit leurs conditions d’études et l’avenir qu’on leur réserve, comment s’étonner qu’ils manifestent ? Je trouve même qu’ils sont plutôt sages vu le contexte », lance la mère de deux adolescents, « évidemment présents ce matin ».
« Lutte exemplaire » et « répression inacceptable »
Les manifestants lycéens ont également été rejoints par des étudiants de l’Université Grenoble Alpes (UGA) — certes en nombre plus réduit — mobilisés notamment pour l’inscription des sans-facs et contre le plan Bienvenue en France — qui généralise les frais d’inscription différenciés pour les étudiants extra-communautaires. Pour l’UNEF Grenoble, « la date du 29 était importante », confirme son président Léonce Subtil, « mais elle a pris une tournure autre avec les blocages de lycées ».

Le syndicaliste étudiant vante même la « lutte exemplaire » des lycéens. Une lutte assez spontanée et échappant assez largement à l’emprise des organisations politiques et syndicales, reconnaît-il. « Mais leur colère est légitime et la répression policière en face est inacceptable », dénonce Léonce Subtil, persuadé que « le gouvernement veut faire taire ceux qui se mobilisent ».

Une répression policière qui se double d’une répression patronale et institutionnelle tout aussi forte à l’encontre de certains salariés et agents, souligne un agent de l’inspection du travail, rappelant le cas emblématique de ses deux collègues, représentants syndicaux Sud Travail, Pierre et Benoît : « L’idée, c’est vraiment de faire taire toutes les voix discordantes et contestataires. Ça fait peur d’un côté, mais ça montre aussi que le gouvernement et la bourgeoisie ne sont pas si sereins que ça… »



