Salaires, moyens, budget… La fonction publique mobilisée le 29 septembre

Par Manuel Pavard

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Les agents de la fonction publique manifesteront dans les rues de Grenoble, comme en 2025.
L'intersyndicale iséroise de la fonction publique (CGT, FSU, Solidaires, UNSA, CFDT, FO) appelle les agents à la grève et à manifester mardi 29 septembre, dans le cadre de la journée nationale de mobilisation. Alors que le gouvernement prépare le budget 2027, les organisations syndicales redoutent les conséquences sur le pouvoir d'achat et les conditions de travail. Elles réaffirment que "d'autres choix sont possibles" et réclament notamment une revalorisation des salaires, davantage de moyens ainsi qu'une réelle égalité d'accès aux services publics.

On l’a­vait vu lors du Covid, on l’a de nou­veau consta­té cet été avec la cani­cule, les incen­dies et la séche­resse. « Les crises le montrent sys­té­ma­ti­que­ment, les ser­vices publics sont le ciment de la nation ! » Réunis ce jeu­di 24 sep­tembre, à la bourse du tra­vail de Gre­noble, pour annon­cer la jour­née de grève et de mani­fes­ta­tion du 29 sep­tembre, Bet­ty Demange (CSD CGT), Damien Bagnis (USD CGT san­té et action sociale), David Sujo­bert (FSU) et Ste­phan Amo­zigh (UNSA retrai­tés) acquiescent. Ils repré­sentent les dif­fé­rents pans de la fonc­tion publique (ter­ri­to­riale, hos­pi­ta­lière, ensei­gnants, retrai­tés) mais peuvent tous en témoi­gner, les applau­dis­se­ments et les éloges adres­sés aux agents, à chaque crise majeure, ne durent pas : « ça retombe très vite »… Avant l’i­né­vi­table contre­coup.

Nou­velle illus­tra­tion avec le bud­get 2027, le der­nier du quin­quen­nat d’Em­ma­nuel Macron, actuel­le­ment en pré­pa­ra­tion. Le gou­ver­ne­ment pré­voit encore une fois des éco­no­mies et les pre­mières annonces n’au­gurent rien de bon pour les ser­vices publics ni pour les rému­né­ra­tions et condi­tions de tra­vail des agents.

Plus de 700 000 agents payés en-dessous du SMIC

David Sujo­bert, co-secré­taire dépar­te­men­tal de la FSU, évoque ain­si de « graves pro­blé­ma­tiques de pou­voir d’a­chat, avec le main­tien du gel du point d’in­dice annon­cé par le gou­ver­ne­ment, dans un contexte infla­tion­niste ». Cer­tains chiffres sont édi­fiants : depuis 2009, l’in­fla­tion a ain­si atteint 27,8 % alors que l’aug­men­ta­tion du point d’in­dice a été de 14,6 %. « Le coût de la vie aug­mente deux fois plus que ce qu’on gagne », décrypte le syn­di­ca­liste ensei­gnant. « L’i­dée est donc de faire pres­sion sur le gou­ver­ne­ment pour inver­ser la ten­dance qui dégrade la qua­li­té des ser­vices publics, les condi­tions des agents. »

Une ban­de­role qui résume un lien évident.

Des fonc­tion­naires qui, mal­gré cela, répondent tou­jours pré­sents. Tout sim­ple­ment car ils et elles ont cette « culture du ser­vice public » pro­fon­dé­ment ancrée et « sou­haitent rendre le ser­vice à l’u­sa­ger », sou­ligne Bet­ty Demange. « Mais à un moment, il faut aus­si que ces agents puissent man­ger et payer leurs fac­tures », ajoute la coor­di­na­trice de la CSD CGT des ter­ri­to­riaux.

Pour cer­tains d’entre eux en effet, même ces besoins vitaux deviennent dif­fi­ciles à assu­mer. « En mai 2026, il y a plus de 700 000 agents dont la rému­né­ra­tion est pas­sée en-des­sous du SMIC » et qui n’ont plus de prime pour com­pen­ser, s’in­surgent ain­si les repré­sen­tants syn­di­caux. Damien Bagnis fus­tige le « peu de consi­dé­ra­tion des gou­ver­ne­ments », rap­pe­lant quant à lui le cas des soi­gnants contraints, pen­dant le Covid, de « se fabri­quer des pro­tec­tions avec des sacs pou­belle ».

« On ne veut pas plus de primes mais un dégel du point d’indice »

Effec­ti­ve­ment, ceux-ci ont été « applau­dis tous les soirs », pour­suit le secré­taire dépar­te­men­tal de l’USD CGT 38. « Et pour essayer de faire pas­ser la pilule, l’an­cien ministre de la San­té Oli­vier Véran a inven­té la prime Ségur. Sur le moment, les agents étaient contents sauf que tout le monde ne l’a pas tou­chée. Depuis 2020, tous les agents logis­tique et caté­go­rie C de la fonc­tion publique hos­pi­ta­lière n’y ont pas droit alors qu’ils y ont droit dans le pri­vé », déplore-t-il.

C’est là qu’est toute la dif­fé­rence entre les primes et le salaire. « On ne veut pas plus de primes mais un dégel du point d’in­dice », mar­tèle David Sujo­bert. « C’est ça qui garan­tit un salaire sui­vant l’in­fla­tion. » Sans oublier la retraite, com­plète Ste­phan Amo­zigh, délé­gué dépar­te­men­tal de l’UN­SA retrai­tés et ex-délé­gué du Syn­di­cat natio­nal des per­son­nels de direc­tion de l’É­du­ca­tion natio­nale (SNPDEN), « puisque c’est le salaire qui fait l’in­dice de base pour les retraites ».

Cette reven­di­ca­tion essen­tielle du main­tien du pou­voir d’a­chat s’a­joute en outre à la dégra­da­tion des condi­tions de tra­vail et plus lar­ge­ment du ser­vice public. « De plus en plus, on fait appel soit à de l’ex­ter­na­li­sa­tion, soit à des contrats pré­caires, même dans l’É­du­ca­tion natio­nale », regrette le mili­tant UNSA. Son cama­rade David Sujo­bert dégaine alors un autre chiffre élo­quent : « En 2023, 70% des nou­veaux agents recru­tés étaient des contrac­tuels. » Un « choix déli­bé­ré » d’a­ban­don­ner le sta­tut et toutes les garan­ties allant avec — en matière d’in­dé­pen­dance, de for­ma­tion, d’en­ga­ge­ment — pour pri­vi­lé­gié un per­son­nel pré­caire.

Les femmes victimes de la contractualisation croissante

Le syn­di­cats sou­lèvent éga­le­ment la ques­tion de l’é­ga­li­té sala­riale, rap­pe­lant qu’à mis­sion égale, l’é­cart moyen entre les femmes et les hommes est de 400 euros par mois, dans la fonc­tion publique. Or, « sta­tis­ti­que­ment, ce sont les hommes qui prennent des tâches sup­plé­men­taires liées à des primes ». D’où la néces­si­té « d’aug­men­ter le point d’in­dice qui est le même chez les femmes et les hommes » — contrai­re­ment aux primes donc.

La remarque est loin d’être négli­geable quand on sait que 63 % des fonc­tion­naires aujourd’­hui sont des femmes. Un pour­cen­tage qui monte à « 80 % dans la fonc­tion publique hos­pi­ta­lière et presque 88 % dans les filières médi­co-sociales », pré­cise Damien Bagnis. Et même jus­qu’à 97 % chez les AESH dans les écoles, « toutes payées à temps par­tiel et en-des­sous du SMIC ». Des femmes qui, quelle que soit la filière, « sont sou­vent les moins bien rému­né­rées et les plus péna­li­sées, avec le temps par­tiel », pointe Bet­ty Demange.

Aupa­ra­vant, « le sta­tut de la fonc­tion publique per­met­tait de garan­tir une équi­té », sou­ligne Damien Bagnis. Mais aujourd’­hui, on se retrouve avec « des contrac­tuels per­ma­nents qui ne suivent pas les grilles de la fonc­tion publique et qui peuvent aller négo­cier tous les deux ou trois ans leur salaire ». Ou plus exac­te­ment des primes, négo­ciées sur le bud­get propre de chaque éta­blis­se­ment.

Un PLFSS qui inquiète

Le res­pon­sable de l’USD CGT 38 s’in­quiète par ailleurs du nou­veau pro­jet de loi de finan­ce­ment de la Sécu­ri­té sociale (PLFSS), atten­du en octobre au Par­le­ment. Pour l’ins­tant, le gou­ver­ne­ment a sur­tout « lan­cé des pistes à droite, à gauche, pour voir les retours ». Damien Bagnis cite ain­si l’aug­men­ta­tion du reste à charge ou encore la hausse de l’Ob­jec­tif natio­nal de dépenses d’as­su­rance mala­die (Ondam) que le gou­ver­ne­ment espère limi­ter à 2,1 %. Pour­tant, « même la Fédé­ra­tion hos­pi­ta­lière de France (FHF) parle d’un Ondam à 3,9 % mini­mum », note le syn­di­ca­liste.

Damien Bagnis et la CGT du CHUGA ont mani­fes­té notam­ment contre les pré­vi­sions du PLFSS 2027, en sep­tembre.

En France, confie ce der­nier, « il n’y a pas un seul hôpi­tal qui n’est pas en sur­en­det­te­ment ». Tout cela implique donc des éco­no­mies, pré­vues par le gou­ver­ne­ment, de « 5 à 9 mil­liards d’eu­ros sur les éta­blis­se­ments de san­té » ain­si qu’une « baisse dras­tique des aides aux col­lec­ti­vi­tés ». Une cure d’aus­té­ri­té qui concer­ne­ra tous les fonc­tion­naires. Et « quand il y a moins de bud­get, la variable d’a­jus­te­ment, c’est le per­son­nel », tra­duisent les repré­sen­tants syn­di­caux.

« On ne va pas piquer dans les bonnes poches »

Dans un tel contexte, ceux-ci appellent à des­cendre mas­si­ve­ment dans les rues ce mar­di 29 sep­tembre, pour cla­mer qu’il y a « d’autres choix bud­gé­taires pos­sibles », fon­dés sur une meilleure répar­ti­tion des richesses, sur la jus­tice sociale et fis­cale. Et avec des moyens à la hau­teur des besoins et des mis­sions des ser­vices publics. « On ne va pas piquer dans les bonnes poches ; le ser­vice public est finan­cé sur le dos des plus pauvres », dénoncent-ils.

Le gou­ver­ne­ment, lui, « cible les ser­vices publics, les pen­sion­nés, les retrai­tés, qui sont poin­tés comme des espèces de ren­tiers… Alors que les vrais ren­tiers sont ailleurs et ont beau­coup, beau­coup plus d’argent que les retrai­tés ordi­naires », affirment les syn­di­ca­listes, accu­sant l’exé­cu­tif d’a­li­men­ter un conflit entre géné­ra­tions. Pour­tant, « il y a des moyens de cher­cher cet argent qui ont été sys­té­ma­ti­que­ment repous­sés par le gou­ver­ne­ment, comme la taxe Zuc­man, par exemple », déplore David Sujo­bert.

« La pau­pé­ri­sa­tion qu’on constate en ce moment chez les agents de la fonc­tion publique, c’est le fruit de dix ans de macro­nisme. »

Pour le res­pon­sable de la FSU Isère, « la pau­pé­ri­sa­tion qu’on constate en ce moment chez les agents de la fonc­tion publique, c’est le fruit de dix ans de macro­nisme ». Pen­dant long­temps, il exis­tait une contre­par­tie tacite dans la fonc­tion publique, explique de son côté Damien Bagnis : « Cette contre­par­tie, c’é­tait, on gagne un peu moins que dans le pri­vé mais on a la sécu­ri­té de l’emploi. Aujourd’­hui, on n’a même plus ça… »

Tous rap­pellent que l’argent existe pour­tant, à l’i­mage des 211 mil­liards d’eu­ros ver­sés sans contrôle ni contre­par­tie aux entre­prises ou de l’im­pôt sur la for­tune (ISF) qui a été sup­pri­mé. Et les idées ne manquent pas, selon eux : « On pour­rait ima­gi­ner des sys­tèmes qui garan­tissent l’é­ga­li­té sala­riale, des salaires indexés sur l’in­fla­tion, etc. Tout cela pour­rait être réin­jec­té dans les ser­vices publics ».

« Le mode dégradé est devenu le mode normal »

Au lieu de cela, « on arrive aujourd’­hui au bout d’un sys­tème qui pro­duit de l’in­sé­cu­ri­té cli­ma­tique et envi­ron­ne­men­tale, de l’in­sé­cu­ri­té sociale, de l’in­sé­cu­ri­té sala­riale, alors que les ser­vices publics sont, eux, un outil de sécu­ri­té à très long terme, qu’il convient de réin­ves­tir à hau­teur de ce que ça apporte à la socié­té », ajoutent-ils. Un outil qui s’an­nonce encore plus indis­pen­sable dans les années pré­sentes et futures, mar­quées par le chan­ge­ment cli­ma­tique.

Bet­ty Demange relève en outre ce qui devrait consti­tuer une évi­dence : « Moins d’a­gents, ça signi­fie moins de ser­vices ren­dus à l’u­sa­ger et donc des ser­vices publics beau­coup plus dégra­dés. » Mais aujourd’­hui, « le mode dégra­dé est sou­vent deve­nu le mode nor­mal » dans la fonc­tion publique, constate Damien Bagnis. Si l’on y ajoute une répres­sion syn­di­cale de plus en plus forte, on en arrive à un point où « le public est mana­gé comme le pri­vé ».

Motifs d’espoir et dangers à éviter

Alors, que faire ? Les motifs d’es­poir ne sont pas tota­le­ment absents. Déjà car, assure Bet­ty Demange, « lors­qu’on inter­roge les usa­gers, ils sont très satis­faits de l’in­ves­tis­se­ment des agents et réclament plus de ser­vices publics de proxi­mi­té ». Donc un sou­tien popu­laire est pos­sible, tout comme la conver­gence des luttes. Les repré­sen­tants syn­di­caux citent d’ailleurs l’exemple du com­bat contre la réforme des retraites : « Tout le monde était là. »

La bataille contre la réforme des retraites, un exemple à suivre.

Ils appellent aus­si les sala­riés à ne pas céder aux sirènes de l’ex­trême droite, en cette année pré-élec­to­rale. « On rap­pelle que ce n’est pas du tout une solu­tion pour 2027. Le RN ne s’est jamais oppo­sé aux votes du gou­ver­ne­ment et a tou­jours voté contre la hausse du SMIC, contre la taxa­tion des grandes for­tunes. »

Tous espèrent voir les agents de la fonc­tion publique mani­fes­ter en nombre le 29 sep­tembre. Et la popu­la­tion les rejoindre dans les luttes : « Il faut qu’on se réveille tous car on va avoir des len­de­mains dif­fi­ciles. » L’en­jeu est clair, en plus, résume Ste­phan Amo­zigh : « Le ser­vice public, c’est le sym­bole du bien com­mun ! »

Manifestations à Grenoble et Bourgoin-Jallieu

Les ren­dez-vous, mar­di 29 sep­tembre :
- À 10 heures, place Vic­tor-Hugo, à Gre­noble.
- À 10 heures, place Saint-Michel, à Bour­goin-Jal­lieu.

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