Sous-effectif, salaires, Sécu… Mobilisation au CHUGA pour défendre la santé publique
Par Manuel Pavard
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« Cela fait près de vingt ans qu’on subit l’austérité à l’hôpital public ! » Le constat de Damien Bagnis, secrétaire général de l’Union syndicale départementale CGT santé et action sociale (USD CGT 38), est partagé par la totalité des manifestants rassemblés ce mardi 15 septembre sur le parvis Belledonne du CHU Grenoble Alpes. Quels que soient leur service, leur établissement — au CHUGA ou au Centre hospitalier Alpes Isère (CHAI) de Saint-Égrève — ou leur profession, tous décrivent une situation « catastrophique » qui dure et même s’aggrave d’année en année.

À Grenoble comme partout en France, la CGT entendait ainsi « lancer un mouvement » contre le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, à l’occasion de cette journée de mobilisation nationale du secteur. Un PLFSS 2027 attendu à l’Assemblée nationale en octobre, avec « des projets de baisse financière importante, des économies à faire sur la Sécu, et donc forcément sur les dotations aux établissements de santé publique », dénonce Damien Bagnis.

À ce stade, seules des bribes d’informations ont filtré sur le contenu de ce PLFSS. Néanmoins, confie le syndicaliste, « on sait déjà qu’il reconduirait une économie de 10 milliards d’euros, directement sur les hôpitaux, sans compter toutes les cases de remboursement sur la Sécurité sociale qui ont déjà commencé par décret, en plein été ». Et de citer le déremboursement de certains médicaments et le plafond annuel des franchises médicales qui passera de 100 à 140 euros le 1er octobre. « Ce sont les patients et les citoyens qui payent », souligne-t-il.
Aux urgences pédiatriques, des enfants dont « la vie peut être mise en danger »
Chez les soignants et autres agents hospitaliers présents ce mardi, les mêmes mots et les mêmes maux reviennent à chaque fois. Manque de personnel, manque de lits, salaires trop faibles, horaires à rallonge, pénibilité non reconnue… Et au final, des patients qui en payent le prix. Illustration avec les infirmières des urgences pédiatriques, qui n’en peuvent plus de tirer la sonnette d’alarme. « On est constamment en sous-effectif », déplore Céline [le prénom a été modifié]. « L’exemple flagrant, c’est aujourd’hui : on a normalement une équipe constituée de trois infirmières et trois auxiliaires de puériculture sur la zone de soins. Mais il n’y a qu’une ‘auxi’, au lieu de trois donc. Et s’il ne manque pas d’infirmière aujourd’hui, c’est récurrent. »
Une triste réalité, qui peut avoir de lourdes conséquences. « On a des enfants qui arrivent et qui nécessitent des soins urgents mais on ne peut pas être partout à la fois. Du coup, on ne peut pas les prendre en charge ni les surveiller comme on devrait, et leur vie peut être mise en danger », s’insurge-t-elle. Les infirmières se retrouvent ainsi fréquemment devant « des parents démunis et parfois agressifs », ce qui peut se comprendre lorsque la santé de leurs enfants est en jeu, reconnaissent-elles. Mais c’est à elles de devoir assumer les répercussions d’une situation dont elles ne sont pas responsables, chose particulièrement difficile à vivre.

Résultat des courses, « il y a un vrai ras-le-bol car on travaille dans des conditions catastrophiques », affirme Céline. D’un côté, des arrêts maladie en nombre, de l’autre, « des recrutements insuffisants à cause du manque d’attractivité du service. Les jeunes arrivent et ne restent que quatre ou cinq ans au maximum avant de repartir »… « Et même moins », la coupe sa collègue. « Dernièrement, c’est même souvent six mois. » Alors, que faire ? « Il faut simplement que nos conditions de travail s’améliorent, pour rendre le métier plus attractif. »
Des soignants « encore plus fatigués » et un impact sur la qualité des soins
Autre établissement, autre type de patients, mais des problématiques similaires au CHAI. Plusieurs soignants de l’hôpital psychiatrique ont fait le déplacement au CHUGA. Depuis des mois, ceux-ci sont mobilisés contre le projet de réorganisation du temps de travail prévu par la direction. Laquelle n’a toujours pas renoncé. Franck Cocolon, aide-soignant et représentant du personnel CGT, fustige pourtant « des maquettes organisationnelles qui vont avoir un impact direct sur la qualité des soins et sur la qualité de la vie privée des professionnels ». Ceci dans le but annoncé de « réaliser des économies » alors que « le déficit annoncé initialement n’est pas existant », ironise-t-il.

Avec ces nouveaux plannings de douze semaines modifiables sans leur accord, les agents vont « perdre la mainmise sur [leur] vie privée », s’inquiète Franck Cocolon. « Les temps de pause et les repos ne seront plus respectés, les congés ne seront pas pris quand nous en avons besoin mais quand nous pourrons les prendre… » Résultat des courses, des soignants « encore plus fatigués » donc des soins potentiellement de moins bonne qualité et in fine, des patients qui risquent de payer les pots cassés.
Manque de reconnaissance et d’attractivité
Pour couronner le tout, les rémunérations sont loin d’être à la hauteur, pour l’écrasante majorité des agents hospitaliers. Exemple parmi d’autres, Cynthia, ouvrière professionnelle (OP) à la stérilisation du CHUGA, « gagne entre 1700 et 1800 euros par mois, avec treize ans d’ancienneté ». Des grilles de salaire et un « manque de reconnaissance » qui expliquent en grande partie l’attractivité insuffisante des métiers, selon la soignante, en grève en juin dernier comme l’ensemble de son équipe.
En outre, indique Damien Bagnis, « dans l’hôpital public, nous avons une taxe sur les salaires de 10 % qui est reversée directement à l’État et qui ne va pas à la Sécu, mais aux impôts. Dans un établissement comme le CHU, avec des budgets de plusieurs millions d’euros, imaginez les 10 % qui repartent directement dans les poches de l’État, alors qu’en fait cet argent devrait revenir à l’hôpital pour embaucher et augmenter les traitements des agents. » Le secrétaire général de l’USD CGT 38 rappelle ainsi que « l’indice est bloqué depuis des années et gelé. En fait, on devient des travailleurs pauvres », observe-t-il.
Des moyens face au changement climatique
À l’occasion de cette mobilisation du 15 septembre et des prochaines à venir — notamment le 29 septembre pour toute la fonction publique en intersyndicale -, la CGT réitère ses revendications. À savoir (liste non exhaustive) l’augmentation générale des salaires et des pensions et leur indexation sur l’inflation, la formation et l’embauche de personnels, l’arrêt des fermetures de lits et de services et la réouverture de tous les lits fermés (80 000 lits depuis 2003, environ 45 000 sous la présidence de Macron), la prise en charge des soins par le 100 % Sécu… Sans oublier de véritables moyens pour faire face au changement climatique.

Présent au rassemblement, Guillaume Gontard, sénateur de l’Isère, souligne d’ailleurs ce point : « Avec les canicules, avec le réchauffement climatique, nous aurons besoin d’avoir des services publics encore plus forts et encore plus robustes. Pourtant, les politiques mises en place orchestrent, année après année, une destruction complète de ces services publics ! Comme si on avait besoin de moins d’argent alors que ça craque partout… »
« Partageons les richesses pour protéger l’ensemble de la population. […] C’est ce qu’on a été capable de faire après la guerre, avec le Conseil national de la Résistance. Parce qu’il y a eu une volonté politique. »
Les difficultés de la Sécurité sociale ne sont pourtant pas liées à un problème de dépenses, mais bien « de recettes », note le président du groupe écologiste au Sénat. « Les exonérations sociales représentent 86 milliards d’euros dans le précédent budget de la Sécurité sociale », ajoute-t-il. Ces 86 milliards « manquent pour faire fonctionner notre Sécurité sociale, notre hôpital public ».

Et Guillaume Gontard de conclure avec un appel « à la solidarité. Partageons les richesses pour protéger l’ensemble de la population. Ça peut paraître naïf mais c’est ce qu’on a été capable de faire à la sortie de la guerre, avec le Conseil national de la Résistance. Parce qu’il y a eu une volonté politique. Parce que des hommes et des femmes ont dit : ‘Reprenons notre destin en main’. »


