CHU Grenoble Alpes. « Danger imminent » : les agents de la stérilisation en grève
Par Manuel Pavard
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« Notre service, pourtant indispensable à la prise en charge des patients, est en souffrance. Notre santé est en danger. » Les mots, prononcés au micro lors du rassemblement organisé devant le pavillon Dauphiné du CHU Grenoble Alpes (CHUGA), sont forts. Ils traduisent l’ampleur du malaise ressenti par l’équipe de la stérilisation, en grève ce vendredi 19 juin, à l’appel de la CGT. Des agents qui n’hésitent pas à parler de « danger imminent », pour eux comme pour les patients.

En cause principalement, le sous-effectif. « La direction nous promet de recruter six agents mais ce n’est pas assez. Il en faudrait au moins dix ou onze », indique Cynthia, ouvrière professionnelle (OP) à la stérilisation depuis treize ans, qui travaille sur le poste du gravage. « Un poste à part du processus de stérilisation, explique-t-elle. On s’occupe de la création, la modification des boîtes de chirurgie, et aussi de tracer chaque instrument dans les boîtes. »
« Les agents sont épuisés, moralement et physiquement »
Aujourd’hui, tous ou presque affirment prendre en charge des missions supplémentaires sans aucune contrepartie. « Les agents sont épuisés, moralement et physiquement, ce qui entraîne de nombreux arrêts et accidents de travail », observe une agente au micro. « Des non-renouvellements de contrats de travail, des démissions ou des mutations dans d’autres services ont diminué l’effectif présent en poste. »

Quant à l’absentéisme, celui-ci concerne « un tiers des agents ces douze derniers mois », précise-t-elle. En outre, « les personnels absents ne sont pas remplacés ». D’où une surcharge de travail et d’activité quasi généralisée. « Nous sommes régulièrement sollicités pour occuper plusieurs postes dans la même journée », ajoute la même agente.
« On prend des responsabilités qu’on ne devrait pas assumer avec le salaire qu’on a. »
Un constat que fait également Cynthia, à son poste de gravage. « On nous a sollicités il y a deux ans pour prendre des missions en plus que les IBOD (infirmières de bloc opératoire), elles, effectuent depuis des années. Du coup, on est OP et on fait fonction d’IBOD, mais sans salaire d’IBOD », déplore-t-elle.

Idem pour les agents du processus, qui sont ouvriers professionnels ou agents d’entretien qualifiés (AEQ). « Anciennement, la recomposition des boîtes de chirurgie était effectuée par des IBOD. Elles ont été remplacées petit à petit par des aide-soignantes, puis par des OP et AEQ », raconte Cynthia. Pour tout cela, ces derniers n’ont eu ni reconnaissance ni revalorisation salariale. Pourtant, « on prend des responsabilités qu’on ne devrait pas assumer avec le salaire qu’on a », confie l’agente.
Recrutements immédiats et reconnaissance de la pénibilité
La reconnaissance devrait aussi porter sur la « pénibilité », estime Cynthia. « Parce que notre travail est physique. Il y a de plus en plus de procédures, de plus en plus de traçabilité. » Sa collègue précitée ne dit pas autre chose : « Les gestes répétitifs ainsi que le port de charges lourdes sont le quotidien de notre travail. C’est d’autant plus difficile avec l’augmentation d’activité et majoré par l’absentéisme non remplacé. »

Dès lors, que revendique le personnel de la stérilisation ? En priorité « des recrutements immédiats à hauteur réelle des besoins actuels et anticipés ». Indispensable, selon Cynthia, qui souhaite simplement « un effectif suffisant pour toute la hausse d’activité qu’on a eue ». « Normalement, on est 54 — soit 51,8 équivalents temps plein (ETP) — mais au final, avec tous les arrêts, on se retrouve à 46, constate-t-elle. Donc on est déjà en sous-effectif. »

Côté salaire, les agents réclament « une prime exceptionnelle pour tout ce qu’on a vécu depuis un an ». Cependant, toute augmentation est limitée, fonction publique oblige, par leur statut — en l’occurrence catégorie C. Les OP et les AEQ demandent donc le passage en catégorie B. Ce qui entraînerait automatiquement une revalorisation salariale.
Un « point bloquant » sur le nombre de recrutements
Ces différentes revendications ont été soumises par la délégation reçue, après le rassemblement, par la direction de l’hôpital. Laquelle n’a pas encore fourni d’engagements écrits, promettant de le faire au terme d’un délai de quinze jours. « Le point bloquant, c’est le nombre de postes à recruter », rapporte Sandra Coulouvrat, trésorière de la CGT CHUGA et membre de la délégation. La direction reste ainsi sur sa proposition de six recrutements, loin de la grosse dizaine exigée par les grévistes.

La rencontre a néanmoins donné lieu à quelques avancées. Concernant l’évolution de carrière, « un concours sera ouvert aux AEQ pour passer OP, au premier trimestre 2027. Et la direction s’engage pour passer les OP2 en première catégorie », se félicite la représentante syndicale. Autre motif de satisfaction, la proposition d’externaliser une partie de la production, envisagée par le CHU, est finalement repoussée sine die.
Des avancées sur l’évolution de carrière, moins sur les salaires
En revanche, « ils sont très frileux à propos de la revalorisation salariale », regrette Sandra Coulouvrat. Sans surprise, la direction botte en touche et reporte toute la responsabilité sur l’État. Et pour le changement de statut de la fonction publique, « elle s’engage simplement à appuyer le dossier des agents ».

Maintenant, les agents de la stérilisation vont attendre les engagements écrits promis sous quinze jours. « On refera le point après », annonce la syndicaliste CGT. « Nous, soignants, travailleurs sociaux, citoyens, on se mobilise pour leur dire que ça suffit », lance Damien Bagnis, secrétaire de l’union syndicale départementale CGT santé et action sociale, en clôture du rassemblement. « Car on n’aura jamais, jamais, jamais d’argent si on ne se mobilise pas tous ensemble. Toutes les professions ! »


