Après le scandale des EHPAD, celui des micro-crèches dans le Nord-Isère ?
Par Didier Gosselin
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« Des dysfonctionnements graves, mettant en danger la santé, le bien-être et la sécurité des enfants, ont été relevés » souligne le communiqué.

« Nos premiers mots vont aux familles, plongées dans l’angoisse, et aux enfants, qui n’auraient jamais dû subir de telles pratiques.
Ce triste événement interroge notamment la gestion de la politique de la petite enfance par les intercommunalités, en lien avec les communes. En effet, l’affaiblissement du service public a favorisé la multiplication des crèches privées, et notamment des micro-crèches. Depuis l’ouverture du secteur de la petite enfance aux entreprises en 2003, ces structures se sont fortement développées, grâce notamment aux subventions publiques et à l’assouplissement des règles d’accueil. Aujourd’hui, une micro-crèche peut accueillir jusqu’à 14 enfants grâce à des dérogations. Elles sont par ailleurs soumises à moins de normes, notamment en matière d’encadrement et de surveillance.
En appoint des structures gérées par le pôle public de la petite enfance, les micro-crèches privés répondent à un besoin, pour la plupart fort bien. Mais nos intercommunalités devraient veiller à l’équilibre public/privé. Toutes les familles de la Capi (communauté d’agglomération Porte de l’Isère) devraient pouvoir avoir accès à une solution de garde, en proximité, quelques soient ses capacités financières.
Refuser la marchandisation de la petite enfance
La PMI (Protection maternelle et infantile) est responsable de la conformité de ces micro-crèches. Ses contrôles visent à garantir la sécurité, la santé et le bien-être des jeunes enfants. Ils s’appuient sur une mission de police administrative pour vérifier la conformité des locaux, des qualifications du personnel et des pratiques professionnelles. La PMI peut constater des écarts et demander des mesures correctives, tout en ayant le pouvoir de proposer des suites administratives si nécessaires.
Dans le cas qui nous occupe aujourd’hui, il est regrettable qu’un élu de la République (Eric Giordano, co-fondateur de Callihop est également conseiller municipal de Bourgoin-Jallieu, NDLR) remette en question le travail et l’honnêteté intellectuelle des agents de la PMI du Département de l’Isère.
Par ailleurs, les professionnelles de la petite enfance nous alertent depuis des années sur les conditions de travail dégradées : effectifs insuffisant, précarisation des équipes, pressions permanentes, turn-over important…
Et, à l’instar du scandale des EHPAD, plusieurs enquêtes journalistiques ont révélé les traitements indignes que certaines crèches réservent aux enfants : limitation du nombre de couches à trois par jour, restrictions sur les repas, les animations, le matériel d’éveil…etc. La logique du profit écrase l’exigence de soin, d’attention et de dignité.
La responsabilité de l’État est immense. Mais les élus locaux ne peuvent pas se réfugier derrière l’impuissance. Être aux responsabilités donne l’obligation d’agir et d’être exemplaire. Ils doivent refuser la marchandisation de la petite enfance, répondre aux besoins et aux attentes des familles, mettre les moyens nécessaires, et remettre l’humain au cœur des politiques publiques », conclut le communiqué du groupe GRECS.
Profitant du vide créé par les politiques d’austérité et de désengagement envers la petite enfance depuis les années 2000 par les gouvernements successifs, le groupe Callihop a créé un réseau de micro-crèches entre 2012 et 2018, à Bourgoin-Jallieu, Saint-Chef, Morestel, Chavanoz et la Tour-du-Pin.
En 2018, Callihop a même ouvert un centre de formation spécialisé en petite enfance, avec une branche CFA (centre de formation d’apprentis) en 2021, pour le diplôme du CAP AEPE, avec obtention de l’agrément Qualiopi (Certification Qualité / Loi du 05 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel).
Un « modèle économique attractif »
En 2022 le groupe a lancé un système de franchise, officialisant dix signatures en 2024.
Le système de franchise est bien rodé avec un concept clé en main, depuis la recherche du local jusqu’au suivi de gestion. Callihop accompagne toutes les étapes et prévoit une formation de vingt jours… dont 15 en distanciel. Le franchisé doit bénéficier d’un apport de 19 000 euros, payer un droit d’entrée de 20 000 euros, engager un investissement global de 120 000 euros en moyenne pour un CA garanti en deux ans de 230 000 euros.
Les promoteurs du business de la petite enfance ne s’y trompent pas qui louent « un cadre réglementaire structurant et un modèle économique attractif ». Pour eux, « ouvrir une micro-crèche représente une opportunité à la fois pérenne et engagée ». Et Callihop accompagne ses franchisés « pour réussir dans ce marché porteur et essentiel au bien-être des jeunes enfants ». Si le bien-être des enfants semble le cadet des soucis de Callihop, ce groupe a en revanche vu son résultat net progresser régulièrement (+11% entre 2024 et 2025) et son taux de rentabilité se maintenir à près de 30%.
Contre la privatisation et la course au profit, seule la création d’un véritable service public de la petite enfance — non obligatoire mais gratuit – permettrait d’offrir à tous les petits un mode de garde adapté et de répondre par le haut à l’enjeu contemporain de l’articulation des temps professionnels et familiaux. Chaque parent doit avoir la possibilité de mener de front, de façon satisfaisante et sereine, son rapport parental et sa vie active.
Propositions du PCF pour un service public de la petite enfance.
Le parti communiste rappelle que de nombreuses municipalités se sont engagées à développer l’accueil de la petite enfance. Pour autant, le déficit persiste et se développe avec la crise organisée du financement des collectivités locales tandis que le caractère non obligatoire conduit à des inégalités. Les petites villes ainsi que les zones rurales souffrent d’une pénurie criante (45% des places en crèches se situent dans la région parisienne). Comment accepter une telle inégalité de l’offre ?
La notion de service public permettrait de garantir une desserte égale sur tout le territoire. C’est pourquoi le vote d’une loi-cadre, affirmant l’obligation d’offrir autant de places en crèches qu’il y a de demandes, s’avère indispensable. Le multi-accueil doit dans le même temps être favorisé : donner la priorité aux crèches collectives doit s’accompagner d’une volonté de regrouper les autres modes de garde dans le cadre unifiant d’un service public d’accueil de la petite enfance. Les assistantes maternelles doivent être mises à la même enseigne que les auxiliaires puéricultrices, notamment en termes de formation et de rémunération : leur rattachement aux crèches collectives doit permettre d’ouvrir des « maisons de la petite enfance ». Ainsi, l’enfant pourra passer en douceur d’un mode de garde à un autre.
Planifier la construction des équipements nécessaires
Les objectifs devront être planifiés pour construire dans le temps des crèches collectives en nombre suffisant et couvrant tout le territoire. La gestion de ces équipements, qui bénéficieraient d’une aide importante de l’État en investissement et en fonctionnement, pourrait continuer à relever des collectivités locales. Une telle proposition est évidemment ambitieuse. Elle requiert une farouche volonté politique mais n’est pas irréaliste. En France, nous pourrions affirmer ce droit et se fixer l’objectif de créer un million de places dans les quinze années à venir. Pendant ce temps, aucune solution de garde collective actuellement existante ne doit être abandonnée : les nombreuses associations gérant des crèches ou haltes-garderies doivent pouvoir perdurer en bénéficiant de l’aide publique. Enfin, tout nouveau projet immobilier devra légalement être assorti de la création d’une ou plusieurs crèches.
Par ailleurs, une attention particulière devra être portée au personnel de ces équipements publics. En effet, la difficulté à recruter aujourd’hui est réelle : il faut susciter des vocations. Favoriser le développement de l’accueil collectif public des petits, c’est aussi assurer un revenu décent, une formation de qualité et un emploi stable à de nombreuses personnes. Un million de places en crèches supplémentaires correspond à la création d’environ 150 000 nouveaux emplois. Les assistantes maternelles devront bénéficier d’un système de validation des acquis permettant d’intégrer des crèches publiques, avec le statut de la fonction publique territoriale afférent.
Le coût d’une telle mesure est difficile à chiffrer. Les budgets en investissement sont variables d’un lieu à l’autre et suivant le type de structure d’accueil. Un million de places représenterait donc un effort de l’ordre de 20 milliards d’euros, soit environ un peu plus d’un milliard par an. Chacun s’accorde à estimer que la plus grosse difficulté n’est pas l’investissement mais le coût de fonctionnement. Aussi l’objectif d’un million de berceaux supplémentaires correspond-il à un effort de l’ordre de 12 milliards d’euros annuels, traditionnellement répartis entre différents budgets (État, collectivités, familles). La taxation des revenus financiers des entreprises que nous proposons rend possible le financement de cette proposition. C’est une question de choix et de volonté politiques. Enfin, des péréquations importantes pourraient être opérées au sein de la branche famille.
Vers la gratuité
La question à mettre en débat est celle du projet pédagogique pour un collectif d’enfants de moins de trois ans. Non seulement chaque enfant doit trouver une place mais la gratuité doit être de mise. Cette gratuité serait le gage pour les femmes que l’argument comptable n’entrerait, à aucun moment, en compte dans le choix de l’organisation familiale. La gratuité constituerait un argument pour aider les femmes à être autonomes financièrement et contribuerait à assurer une mixité sociale dans les crèches.
A l’issue de la seconde guerre mondiale, sur la base de l’ordonnance du 2 novembre 1945, initiée par le ministre communiste de la santé François Billoux, pour la création des centres de Protection maternelle et infantile, un puissant effort a été collectivement consenti pendant plus de trente ans pour assurer la préscolarisation d’enfants et la scolarisation d’adolescents autrefois exclus du système éducatif. Parce que nous l’avons collectivement jugé légitime et nécessaire, nous avons dégagé les moyens permettant de multiplier par trois le nombre d’écoles maternelles entre 1960 et 1990, soit un rythme exceptionnel ! La politique familiale a ainsi contribué à une phase de croissance économique sans précédent. Le temps des crèches est venu ! C’est une nécessité sociale et économique.



