Grenoble. « Le CEA n’est plus attractif » : mobilisation générale pour les salaires

Par Manuel Pavard

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Les salariés réunis en assemblée générale devant l'une des entrées du CEA Grenoble, sur l'avenue des Martyrs, jeudi 17 septembre.
Les salariés du CEA de Grenoble se sont rassemblés devant le centre, jeudi 17 septembre, à l'appel de l'intersyndicale (CGT, CFDT, CFE-CGC, CFTC, UNSA). Des assemblées générales se tenaient ainsi simultanément sur les dix sites français, afin de lancer la mobilisation sur les salaires. La valeur du point est en effet gelée depuis 2009, malgré 30 % d'inflation sur la même période. Résultat des courses, le CEA n'est plus assez attractif face au secteur privé et à l'étranger, alertent les syndicats, qui réclament une revalorisation générale et appellent à intensifier le mouvement.

« La mobi­li­sa­tion est beau­coup plus forte que d’ha­bi­tude ! On voit que le rap­port de force est en train de se construire. » Le constat de Nel­ly Bosio, repré­sen­tante CGT, est par­ta­gé par l’en­semble des sala­riés ras­sem­blés durant la pause méri­dienne, jeu­di 17 sep­tembre, devant l’en­trée 1 du CEA de Gre­noble, sur la Pres­qu’île scien­ti­fique. Et plus lar­ge­ment par tous ceux par­ti­ci­pant aux assem­blées géné­rales orga­ni­sées au même moment sur les dix sites fran­çais du Com­mis­sa­riat à l’éner­gie ato­mique et aux éner­gies alter­na­tives. Tous déter­mi­nés à enga­ger la « bataille sur les salaires », à l’ap­pel d’une inter­syn­di­cale (CGT, CFDT, CFE-CGC, CFTC, UNSA) par­lant d’une seule voix.

Les militant·es CGT, lar­ge­ment mobilisé·es à Gre­noble.

Si une telle una­ni­mi­té existe, c’est parce que les cal­culs sont irré­fu­tables, y com­pris pour la direc­tion et les auto­ri­tés de tutelle. « Le CEA est un éta­blis­se­ment public de droit pri­vé et on a une grille sala­riale expri­mée en points, avec une valeur du point qui est gelée depuis 2009. Or, si cette valeur avait sui­vi l’in­fla­tion, elle aurait 30 % de plus aujourd’­hui », explique Nico­las Buf­fet, ingé­nieur et secré­taire de la CGT au CEA de Gre­noble.

Des pertes de salaire mensuelles de 760 à 2000 euros brut

« Il y a des gens qui, à cause de cette grille, sont payés en-des­sous de la valeur du SMIC — ce qui est illé­gal — et qui ont des indem­ni­tés com­pen­sa­trices de SMIC », déplore-t-il. Glo­ba­le­ment, ce manque à gagner « repré­sente des sommes qui peuvent être assez consi­dé­rables » et ce, pour tous les sala­riés. Par exemple, « pour les petits salaires, c’est 30 %. La perte de salaire peut atteindre 760 euros brut par mois », par rap­port à une valeur de point cor­ri­gée et basée sur l’in­fla­tion. « Et pour les salaires les plus éle­vés, ça va jus­qu’à 2000 euros brut », pré­cise Nico­las Buf­fet.

Au méga­phone, Nico­las Buf­fet, secré­taire du syn­di­cat CGT du CEA Gre­noble.

Consé­quences, « le CEA n’est plus attrac­tif comme il a pu l’être » et a même « du mal à embau­cher ». Pour pal­lier ces dif­fi­cul­tés, il a donc « mis en place une déci­sion uni­la­té­rale de l’employeur (DUE) qui a aug­men­té les niveaux d’embauche des nou­veaux sala­riés », indique le syn­di­ca­liste. Une mesure qui a mal­heu­reu­se­ment géné­ré une nou­velle « injus­tice », sou­ligne-t-il. « On l’a vu ces der­nières années, les gens qui ont été embau­chés avec cette DUE en place, sont tous au-des­sus des plus anciens sala­riés. »

« On a besoin de recru­ter les meilleurs du monde dans nos domaines, donc il faut abso­lu­ment qu’on soit attrac­tifs sur les salaires sinon ils partent ailleurs : dans le pri­vé ou à l’é­tran­ger. »

Cette ini­qui­té et ce sen­ti­ment d’être mal­trai­té peuvent en outre avoir des réper­cus­sions à une autre échelle. Fran­çois Legrand, secré­taire adjoint du syn­di­cat CFDT, rap­pelle en effet que « le CEA a des mis­sions réga­liennes », en matière de nucléaire, d’in­dé­pen­dance éner­gé­tique. Avec un réel enjeu de « sou­ve­rai­ne­té » indus­trielle et tech­no­lo­gique, à l’i­mage par exemple du CEA Leti, à Gre­noble, qui « contri­bue à la com­pé­ti­ti­vi­té des entre­prises en micro­élec­tro­nique ».

Mais pour atteindre et sur­tout se main­te­nir au niveau d’ex­cel­lence requis, « on a besoin de recru­ter des gens qui sont hyper com­pé­tents, les meilleurs du monde dans nos domaines », décrypte-t-il. Et on n’at­tire pas les mouches avec du vinaigre, comme dit le pro­verbe. « ll faut abso­lu­ment qu’on soit attrac­tifs sur les salaires sinon ils partent ailleurs : dans le pri­vé ou à l’é­tran­ger pour une car­rière inter­na­tio­nale », alerte Fran­çois Legrand, for­mel sur ce point. « C’est la clé pour les dix ans et vingt ans à venir. »

Les repré­sen­tants des dif­fé­rentes orga­ni­sa­tions syn­di­cales ont pris la parole tour à tour.

Pour l’é­lu CFDT, le CEA doit désor­mais mettre « les moyens à la hau­teur de sa stra­té­gie et de ses ambi­tions ». Ce qui est loin d’être le cas actuel­le­ment, de l’a­vis géné­ral. « Ce qu’on veut, c’est une reva­lo­ri­sa­tion struc­tu­relle, en par­tant de la valeur du point. Et pas la foire aux primes indi­vi­dua­li­sées, dans l’o­pa­ci­té la plus totale », pré­vient-il.

Manifestation prévue à Bercy, devant le ministère de tutelle

Après les assem­blées géné­rales réus­sies de ce 17 sep­tembre, les syn­di­cats vont main­te­nant pro­po­ser des actions, ren­con­trer les dépu­tés, aller voir les pré­fec­tures… « La dif­fi­cul­té, c’est que notre inter­lo­cu­teur dans le cadre des négo­cia­tions, c’est notre admi­nis­tra­trice géné­rale qui, elle, n’a pas les pou­voirs déci­sion­nels d’aug­men­ter les salaires », confie Nico­las Buf­fet. « Et on a des minis­tères de tutelle qui, eux, sont cen­sés le faire », ajoute le res­pon­sable CGT.

Une mobi­li­sa­tion supé­rieure à la moyenne, par­mi les quelque 4000 salarié·es du centre de Gre­noble.

Ce minis­tère de tutelle, « c’est Ber­çy. Et on pro­jette d’al­ler mani­fes­ter à Ber­çy », annonce Céline Fleu­ry, secré­taire de la CFDT du CEA de Gre­noble. Une mani­fes­ta­tion natio­nale dont la date n’est pas encore fixée. Mais une chose est sûre, ce sera déci­dé « en col­lec­tif », entre les sala­riés, comme tout ce qui concer­ne­ra cette lutte, assure la mili­tante syn­di­cale. « L’i­dée, c’est de retrou­ver du col­lec­tif alors qu’on est dans une socié­té où cha­cun va de son côté, et face à une direc­tion qui va essayer d’in­di­vi­dua­li­ser tous les trai­te­ments. »

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