Mobilisation intersyndicale du 5 novembre : plus de 28 000 manifestants à Grenoble
Par Manuel Pavard
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La nouvelle est tombée en fin de matinée alors que le cortège, parti peu après 11 heures du parvis de la gare et de l’avenue Alsace-Lorraine, se trouvait encore sur le cours Jean-Jaurès. Saisi en urgence, via un référé-liberté, par l’union départementale CGT Isère, le tribunal administratif de Grenoble a suspendu l’arrêté préfectoral pris la veille. Lequel interdisait, comme lors des actes II et III des Gilets jaunes, les « rassemblements, attroupements, manifestations et cortèges le jeudi 5 novembre dans plusieurs secteurs du centre-ville de Grenoble et les zones commerciales de Grand Place (Grenoble), Comboire (Echirolles) et Neyrpic (Saint-Martin d’Hères) ».

Cet arrêté promulgué en dernière minute avait provoqué la colère de l’intersyndicale Isère qui, dans un communiqué diffusé mercredi 4 novembre au soir, avait dénoncé « une décision préfectorale irresponsable qui abîme la démocratie sociale ». Les syndicats reprochaient notamment à la préfète de l’Isère de ne pas avoir proposé de parcours alternatif et d’ignorer leurs réclamations. Heureusement, le juge des référés a estimé, dans sa décision, que l’arrêté portait une « atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de manifester, à la liberté d’expression et à l’exercice de l’action syndicale collective ».
Salariés, lycéens et étudiants se heurtent à « un mur d’indifférence »
Conséquences, les manifestants ont finalement pu défiler sur le parcours initialement déposé par l’intersyndicale. Une véritable marée humaine a ainsi emprunté la rue Lesdiguières avant d’arriver place de Verdun, devant la préfecture. Combien étaient-ils ? Les organisations syndicales ont comptabilisé quelque 28 600 personnes. Soit une affluence assez proche de celle du 17 octobre, pour l’acte I de la mobilisation des Gilets jaunes, lycéens, étudiants et syndicats.

Salariés, retraités, lycéens, étudiants… Cette journée a rassemblé les différents mouvements sociaux s’opposant actuellement à la politique gouvernementale dans l’ensemble du pays. Des mobilisations ayant chacune leur singularité mais toutes confrontées à la même hostilité des autorités. « Qu’il s’agisse des agents de la fonction publique alertant sur leurs conditions d’exercice, des salariés du secteur privé frappés par l’inflation, ou des étudiants réclamant des conditions d’études décentes, toutes ces voix se heurtent depuis trop longtemps à un mur d’indifférence », déplore ainsi l’intersyndicale.

« Balayer ces aspirations légitimes par une doctrine de maintien de l’ordre méprisante ne fait qu’alimenter un ressentiment dangereux », poursuit-elle. « L’intersyndicale exige l’ouverture immédiate de véritables négociations, une revalorisation significative des rémunérations dans le privé comme dans le public, et un partage plus équitable des richesses. »
Une vague d’interpellations de lycéens depuis le début de semaine
Des revendications déclinées dans les slogans et les pancartes, tout comme la dénonciation des violences policières, omniprésente dans la bouche des manifestants, en particulier chez les plus jeunes d’entre eux. La répression des blocages de lycées de ces trois derniers jours était encore ainsi dans toutes les têtes. Entre lundi et mercredi matin, ce sont en effet au moins 25 interpellations qui ont recensées dans ce cadre. Des lycéens d’Argouges, Louise-Michel, Vaucanson, Champollion, Europole, Emmanuel-Mounier… Dont de nombreux mineur·es (dix sur les onze élèves arrêtés mardi 3 novembre, par exemple).

Ces jeunes ont été interpellés et pour la plupart placés en garde à vue, pour des motifs divers et souvent futiles. « Pour des fumigènes retrouvés dans un sac, pour avoir été à proximité d’une poubelle incendiée, ou à la suite d’échanges avec les forces de l’ordre », détaille le compte Instagram Matière noire, qui suit de près les mobilisations lycéennes.

Parfois, les raisons restent même très incertaines, voire inconnues, à l’image du cas de Lokman, élève au lycée Mounier interpellé mercredi matin. Membre de la coordination inter-lycées de Grenoble et figure du mouvement, l’adolescent a été embarqué par la police devant son établissement, apparemment pour une altercation survenue la veille avec un élève non bloqueur. Plus de 200 personnes se sont rassemblées, mercredi 4 novembre au soir, devant le commissariat de Grenoble pour réclamer sa libération. Parmi elles, la mère de Lokman, « très fière » de son fils et qui « s’attendait » à ce que les autorités veuillent « le museler ».

Le rassemblement a par ailleurs donné lieu à quelques échauffourées avec les policiers, qui ont notamment tenté d’arrêter l’un des manifestants. Ce jeudi, en fin d’après-midi, Lokman n’était toujours pas sorti de l’hôtel de police, après déjà plus de vingt-quatre heures de garde à vue. Une durée qui interrogeait nombre de militants et d’élus. Le sénateur de l’Isère Guillaume Gontard et les députées Cyrielle Chatelain et Élisa Martin ont d’ailleurs évoqué leur inquiétude et leur incompréhension face à ces trop nombreuses interpellations lors d’une conférence de presse tenue devant le lycée Mounier, ce jeudi matin, peu avant le départ de la manifestation.
Poursuivre la lutte et la mobilisation
Du côté des syndicats, la satisfaction était unanime quant au succès de la mobilisation de ce 5 novembre. Outre l’impressionnant défilé grenoblois, des manifestations étaient également organisées sur l’ensemble du territoire isérois, à Bourgoin-Jallieu, Vienne, Saint-Marcellin, Voiron ou encore Roussillon. Partout, une volonté affichée de poursuivre la lutte au-delà de ce jeudi. Prochaine étape dès ce samedi 7 novembre, avec l’acte IV des Gilets jaunes, lycéens, étudiants et travailleurs, à Grenoble et dans toute la France.






