Mobilisation du 17 octobre : près de 30 000 manifestants dans les rues de Grenoble

Par Manuel Pavard

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Slogan illustrant la colère des manifestants - notamment des jeunes - face aux crises sociale et climatique, qui trouvent toutes deux leurs sources dans le système capitaliste.
Plus de 30 000 personnes ont défilé ce samedi 17 octobre à Grenoble, dans le cadre de la mobilisation nationale des Gilets jaunes, lycéens, étudiants et syndicats. Ce, sans compter les nombreux manifestants disséminés dans tout le centre-ville, beaucoup d'entre eux, bloqués par la police, n'ayant pu rejoindre le point de départ, place Victor-Hugo. Une stratégie volontaire des forces de l'ordre, qui tentaient d'empêcher la jonction des cortèges. La manifestation constituait le point d'orgue d'une journée débutée par des blocages, dès le petit matin, sur le pont de Catane et l'A480, et achevée dans une atmosphère particulièrement tendue.

Cette jour­née du 17 octobre était très atten­due. Elle fera date, à Gre­noble comme un peu par­tout en France. Pour son impres­sion­nante mobi­li­sa­tion déjà. Au grand retour des Gilets jaunes, annon­cé depuis de longues semaines, se sont en effet gref­fées les mul­tiples colères cou­vant actuel­le­ment dans le pays. En pre­mier lieu, celle des lycéens, en lutte depuis fin sep­tembre pour l’a­mé­lio­ra­tion de leur quo­ti­dien et de leurs condi­tions d’ap­pren­tis­sage, et des étu­diants, qui les ont rejoints dans ce for­mi­dable mou­ve­ment de la jeu­nesse depuis une dizaine de jours. Mais aus­si les syn­di­cats de sala­riés, comme la CGT, Soli­daires ou la CNT, les par­tis poli­tiques de gauche (PCF, LFI, NPA, LO, RP…) ou encore la Confé­dé­ra­tion pay­sanne.

Les quais de l’I­sère noirs de monde, sous les bulles.

Des agri­cul­teurs dont l’ar­ri­vée en trac­teurs, place Vic­tor-Hugo, a fait son petit effet. La fameuse conver­gence des luttes en action dans les rues de Gre­noble. Si le terme a été un peu mis à toutes les sauces récem­ment, il reste un objec­tif par­ta­gé par la qua­si-tota­li­té des mani­fes­tants, comme l’ont répé­té lycéens et étu­diants ces der­nières semaines.

Les trac­teurs de la Confé­dé­ra­tion pay­sanne aux côtés des mani­fes­tants.

« C’est ça qu’on veut », affirme Niko, artiste gre­no­blois et membre du col­lec­tif Culture en lutte 38. « J’en ai un peu marre que chaque sec­teur se mobi­lise dans son coin, à tour de rôle, alors qu’on se fait tous b… (sic) par l’o­li­gar­chie ! Moi, je ne mani­feste pas seule­ment pour la culture, comme les lycéens ne parlent pas que des lycées. »

La police empêche des manifestants de rejoindre le cortège

Mes­sage reçu au vu de la marée humaine qui a défer­lé sur la capi­tale des Alpes, ce same­di après-midi. Com­bien étaient-ils dans les rues ? Si l’UL CGT Grand Gre­noble a comp­ta­bi­li­sé « a mini­ma 30 000 per­sonnes » sur le par­cours reliant la place Vic­tor-Hugo au parc Paul-Mis­tral, réa­li­ser une esti­ma­tion très pré­cise rele­vait de la mis­sion impos­sible. En cause, les nom­breux mani­fes­tants dis­sé­mi­nés dans les rues du centre-ville, pour la plu­part blo­qués par la police.

Pan­cartes, slo­gans et chants en réfé­rence aux vio­lences poli­cières étaient très nom­breux.

Par­mi eux, l’im­po­sant cor­tège lycéen et étu­diant par­ti vers midi du lycée Mou­nier, épi­centre de la contes­ta­tion lycéenne, pour en prin­cipe rejoindre la place Vic­tor-Hugo, point de départ de la mani­fes­ta­tion aux alen­tours de 13h30. Pro­blème, en arri­vant vers la rue Les­di­guières, un cor­don de CRS leur a subi­te­ment bar­ré le pas­sage, pre­nant pour pré­texte les mor­tiers d’ar­ti­fice tirés par une poi­gnée de jeunes. Une stra­té­gie tota­le­ment volon­taire de la part de la police, qui a tout fait pour sépa­rer les groupes de mani­fes­tants et entra­ver la jonc­tion des dif­fé­rents cor­tèges.

Des mani­fes­tantes créa­tives.

Résul­tat des courses, cer­tains ont réus­si à emprun­ter un iti­né­raire alter­na­tif, au prix d’un long détour dans les rues, pour se rendre place Vic­tor-Hugo. Mais beau­coup d’autres sont res­tés coin­cés dans ce péri­mètre et n’ont jamais pu rejoindre la mani­fes­ta­tion. C’est le cas de Babeth, mili­tante com­mu­niste. « Je suis arri­vée vers Cha­vant à 13h50 et je n’ai pas réus­si à fran­chir la rue Les­di­guières », regrette-t-elle, racon­tant les tirs de gaz lacry­mo­gènes régu­liers et les « charges aléa­toires » des CRS. « Toutes les rues étaient blo­quées donc je suis allée direc­te­ment à l’ar­ri­vée au parc Paul-Mis­tral, qui était plein de gens deman­dant où était la manif’ et com­ment pas­ser. »

Emma­nuel Macron ciblé sans sur­prise par de nom­breux mani­fes­tants.

Quant au gros des mani­fes­tants, ceux-ci ont sta­tion­né un long moment sur la place Vic­tor-Hugo d’où l’on aper­ce­vait les échauf­fou­rées entre petits groupes de jeunes et poli­ciers dans les rues adja­centes, noyées sous les lacry­mos. Lorsque le cor­tège a enfin pu s’é­lan­cer, il a fal­lu adap­ter et impro­vi­ser le par­cours, consé­quence des bar­rages ins­tal­lés dans tout l’hy­per-centre par les forces de l’ordre. Il s’est ain­si diri­gé vers les quais de l’I­sère, avant de bifur­quer à hau­teur du musée de Gre­noble, puis de remon­ter par le quar­tier Notre-Dame, la place de Metz, etc., jus­qu’au parc Mis­tral.

La tension est allée crescendo

Une mani­fes­ta­tion monstre, joyeuse et dyna­mique, mais sans inci­dents, mal­gré le bruit des gre­nades ryth­mant le tra­jet et les effluves des gaz lacry­mo­gènes arri­vant jus­qu’aux mani­fes­tants, selon le sens du vent. Au sein du cor­tège, slo­gans et pan­cartes évoquent pêle-mêle la vie chère et l’aug­men­ta­tion des prix — thèmes ini­tiaux de la mobi­li­sa­tion des Gilets jaunes — mais aus­si les moyens pour les facs et les lycées, la répres­sion poli­cière, l’an­ti­fas­cisme et la lutte contre l’ex­trême droite, la jus­tice sociale, l’i­nac­tion cli­ma­tique, le déman­tè­le­ment des ser­vices publics…

La foule dans toutes les rues de l’hy­per-centre.

Pour une par­tie des mili­tants, ce défi­lé venait conclure une intense jour­née de mobi­li­sa­tion, débu­tée aux aurores par le blo­cage du pont de Catane, puis l’ins­tau­ra­tion de bar­rages fil­trants sur l’A480. Ce qui a conduit à la fer­me­ture, durant un bon moment, des sor­ties « Gre­noble centre » et « Fon­taine » ain­si qu’à une para­ly­sie presque totale de la cir­cu­la­tion sur cette por­tion d’au­to­route. Après avoir levé le blo­cage vers 10 heures, après l’in­ter­ven­tion des forces de l’ordre, les mani­fes­tants — près de 300 au plus fort de l’ac­tion — se sont dis­per­sés, cer­tains rejoi­gnant le quar­tier de la gare, théâtre d’é­changes mus­clés avec la police.

Le 17 octobre, c’é­tait aus­si l’an­ni­ver­saire de la répres­sion colo­niale meur­trière des Algé­riens, le 17 octobre 1961.

La ten­sion est ensuite allée cres­cen­do tout au long de la jour­née. Avec d’un côté, des affron­te­ments qui se sont pour­sui­vis jus­qu’à la tom­bée de la nuit, bien après l’ar­ri­vée de la mani­fes­ta­tion. Le tout mal­heu­reu­se­ment accom­pa­gné de scènes de pillages et de dégra­da­tions qu’ont déjà com­men­cé à exploi­ter le gou­ver­ne­ment et l’en­semble de la droite — médias réac­tion­naires inclus. Et de l’autre côté, des poli­ciers qui se sont dis­tin­gués par leur zèle dans l’emploi de gre­nades lacry­mo­gènes, y com­pris en ciblant des per­sonnes tota­le­ment étran­gères aux vio­lences.

Beau­coup de rues étaient noyées sour les gaz lacry­mo­gènes tirés par la police.

Les mani­fes­tants se pro­jettent main­te­nant vers la suite du mou­ve­ment avec, en ligne de mire, la pro­chaine jour­née de mobi­li­sa­tion inter­syn­di­cale et inter­pro­fes­sion­nelle du 5 novembre. D’autres repren­dront la lutte bien plus tôt. Par­fois même dès ce dimanche 18 octobre, à l’ins­tar des étu­diants de l’U­ni­ver­si­té Gre­noble Alpes (UGA) qui accueille­ront à Gre­noble les délé­ga­tions élues de trente-cinq facs et seize villes dif­fé­rentes, à l’oc­ca­sion de la coor­di­na­tion natio­nale étu­diante.

Les jeunes com­mu­nistes de l’I­sère, tou­jours pré­sents sur la mobi­li­sa­tion.
Ambiance plus fes­tive avec la batu­ca­da.

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