Grenoble : 13 000 manifestants en soutien aux lycéens et étudiants mobilisés
Par Manuel Pavard
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La préfecture avait pourtant tout tenté pour freiner la mobilisation en interdisant tout rassemblement dans un périmètre de 100 mètres autour des lycées publics, à Grenoble et dans neuf autres communes de l’Isère. Des interdictions que le tribunal administratif de Grenoble a in fine suspendues mardi 6 octobre, le juge des référés rappelant que la liberté de réunion et la liberté de manifestation constituaient des libertés fondamentales. La mesure n’avait de toute façon pas entamé la détermination des manifestants qui étaient près de 13 000 à défiler dans les rues de Grenoble ce mardi matin, à l’occasion de cette journée nationale de mobilisation des lycéens et étudiants.

Après une semaine de blocage et de contestation, ce rendez-vous du 6 octobre avait valeur de test pour le mouvement lycéen. Cette fois, les lycéens avaient en effet reçu le renfort d’autres secteurs et catégories de population, à Grenoble comme partout en France. Celui des étudiants déjà, qui bloquaient le campus de l’Université Grenoble Alpes (UGA), à Saint-Martin-d’Hères, dès 6 heures du matin, conformément au vote, la veille, de l’assemblée générale.

Sous le mot d’ordre « Des moyens pour les facs et les lycées », les syndicats étudiants unanimes (Unef, UEG, Solidaires) mettaient ainsi en avant les problématiques et les revendications communes existant entre étudiants et lycéens. Et ce, concernant le manque de moyens et de personnel, les journées trop chargées, les bâtiments inadaptés ou encore la sélection par Parcoursup — objet de la campagne des sans-facs menée à l’UGA.
« L’Éducation nationale accentue les inégalités de départ »
La jeunesse dans la rue donc, mais également les enseignants, qui avaient également voté en AG le soutien à la mobilisation lycéenne, partageant eux aussi le constat du manque de moyens (humains, matériels et financiers) dans l’Éducation nationale. Des profs qui, à l’instar des parents d’élèves et des syndicats interprofessionnels, entendaient par ailleurs protéger les adolescents face aux potentielles violences policières. Main arrachée, mâchoire fracturée, perte d’un œil après un tir de LBD… Les graves blessures enregistrées par plusieurs jeunes manifestants [NDLR : au moins dix enquêtes ouvertes par l’IGPN en France] témoignent d’une répression aussi brutale que disproportionnée.

Illustration de cette convergence des luttes, trois points de rendez-vous différents avaient été communiqués pour la manifestation. Environ 2 000 étudiants ont ainsi pris le départ du campus pour rejoindre le gros des manifestants — notamment de nombreux lycéens et enseignants — rassemblés sur l’avenue Marcellin-Berthelot, non loin du lycée Mounier. Tous se sont ensuite dirigés vers la place Victor-Hugo, pour opérer une nouvelle jonction avec les représentants syndicaux des salariés, formant un immense cortège de quelque 13 000 personnes, en direction de la place de Verdun, via le rectorat.

« Bien sûr que l’Éducation nationale manque de moyens. Elle est de plus en plus incapable de rattraper les inégalités de départ, au contraire, elle les accentue », souligne David Sujobert, co-secrétaire départemental de la FSU Isère. « Les générations qui arrivent, elles étaient 30 en maternelle, 28 en CM2, elles ont subi le choc des savoirs en collège, elles étaient 35 en seconde, elles vont subir Parcoursup… Il y a 20 000 étudiants qui n’ont pas de place en sortant du bac, à la fac, donc évidemment que ça ne va pas. Ce n’est pas une découverte pour le gouvernement ni pour le recteur. »
Une répression policière d’un niveau inédit
Beaucoup déplorent ainsi qu’il ait fallu des blocages et une contestation massive pour que leurs revendications commencent à être entendues. « Sans ça, malheureusement le ministère n’écoute même pas : si on proteste gentiment, ils n’en ont pas grand chose à faire », note Gabin, étudiant.

Les lycéens réitèrent pourtant depuis des jours leurs demandes : « De meilleures conditions de travail pour les profs, qu’ils soient remplacés plus vite quand ils sont absents, moins de surcharge d’emploi du temps, moins d’élèves dans les classes », résume un lycéen grenoblois en terminale. Malgré ça, ils ont l’impression d’être inaudibles face aux images de poubelles brûlées tournant H24 sur les chaînes d’information.

« On a aussi un mouvement qui est assez particulier parce qu’on a une grande répression particulière », poursuit un autre lycéen. « Notre système est injuste, surtout le fait d’agir avec une telle violence face à des mineurs. Il y a presque eu la moitié des interventions policières qui ont été comptabilisées sur toute la période des Gilets jaunes, soit plus de 5 000 interventions » [NDLR : pour les Gilets jaunes, c’était 10 000 gardes à vue en un an].

À l’arrivée place de Verdun, plusieurs lycéens ont pris la parole, avant de se réunir en assemblée générale à la Maison des associations. Les enseignants ont fait de même devant le rectorat tandis que les étudiants se retrouveront en AG le lendemain midi, à la galerie des amphis. Plusieurs lycées grenoblois devraient par ailleurs rouvrir ce mercredi 7 octobre, selon la préfecture… Ce qui occasionnera certainement de nouveaux blocages, la colère lycéenne étant très loin de retomber. Avant une nouvelle journée d’action nationale jeudi 8 octobre, puis la grande journée de mobilisation interprofessionnelle du 17 octobre.



