Grenoble. Heurts entre élus LFI et policiers municipaux : le conseil municipal reporté

Par Manuel Pavard

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Laurence Ruffin a pris la parole devant les élus de la majorité et les médias pour annoncer le report du conseil municipal, dénonçant des "dérives de violences manifestes" de la part des élus LFI.
Laurence Ruffin a annoncé la suspension et le report du conseil municipal, ce mardi 29 septembre. Des heurts ont en effet éclaté, en marge de la séance, entre les élus de la France insoumise qui souhaitaient protester contre le jumelage entre Grenoble et la ville israélienne de Rehovot et les policiers municipaux tentant de leur interdire l'accès à la salle. Trois agents ont été légèrement blessés et cinq ont déposé plainte, selon la maire de Grenoble qui "condamne les violences", ciblant très clairement les élus LFI. Lesquels portent plainte également de leur côté, dénonçant des violences et insultes de la part des policiers. Le parquet a par ailleurs ouvert une enquête.

« Une honte », « du jamais vu »… Les mots employés sont forts et tra­duisent l’in­di­gna­tion de Lau­rence Ruf­fin après ces nou­veaux faits impli­quant le groupe gre­no­blois de la France insou­mise. Une affaire qui pour­rait lais­ser des traces et mar­quer un point de non-retour dans les rela­tions entre LFI et la majo­ri­té muni­ci­pale à Gre­noble. À la suite des heurts sur­ve­nus ce mar­di 29 sep­tembre entre les élus insou­mis et des poli­ciers muni­ci­paux, la maire a en effet annon­cé l’ou­ver­ture d’une enquête admi­nis­tra­tive et le report du conseil muni­ci­pal, qui sera « recon­vo­qué dans un bref délai ».

Alors, que s’est-il pas­sé exac­te­ment en marge de la séance, ce mar­di matin ? Sur ce point, les ver­sions dif­fèrent assez net­te­ment selon les par­ties. Le conseil muni­ci­pal venait de débu­ter par l’ap­pel — les élus LFI n’é­taient d’ailleurs pas encore pré­sents — puis un hom­mage ren­du par Lau­rence Ruf­fin à dif­fé­rentes per­sonnes, dont Jean Giard, récem­ment dis­pa­ru. « Pen­dant ces hom­mages, on a enten­du du bruit et des heurts dans le hall, qui fai­saient suite à des alter­ca­tions entre les agents et des élus LFI qui vou­laient tenir une mani­fes­ta­tion », raconte-t-elle. « Or, notre règle­ment inté­rieur ne per­met pas de mani­fes­ta­tion au sein du conseil muni­ci­pal. »

Pancartes ou stickers ?

Les insou­mis ont vou­lu ren­trer dans la salle du conseil, « ce qui a don­né lieu à des vio­lences de ces élus contre des poli­ciers muni­ci­paux », pour­suit la maire de Gre­noble, qui a « dû sus­pendre la séance, le temps d’a­voir les pre­miers élé­ments de l’en­quête ». Selon ces pre­miers élé­ments, Allan Bru­non, pré­sident du groupe LFI Gre­noble, et ses colis­tiers enten­daient pro­tes­ter contre le jume­lage de Gre­noble avec la ville israé­lienne de Reho­vot. Un sujet que les insou­mis espé­raient ins­crire à l’ordre du jour de ce conseil muni­ci­pal, avant de voir leur déli­bé­ra­tion repous­sée par la muni­ci­pa­li­té.

Lau­rence Ruf­fin a vive­ment condam­né les vio­lences dont se ren­draient cou­pables selon elle les élus insou­mis depuis des semaines.

Cer­taines infor­ma­tions fai­saient état de pan­cartes avec les ins­crip­tions « Pales­tine Ruf­fin cen­sure », que ces élus auraient ten­té d’in­tro­duire au conseil. Affir­ma­tion que conteste fer­me­ment Allan Bru­non. « Nous n’é­tions pas en train de mani­fes­ter, nous avions des sti­ckers sur nos ordi­na­teurs », dément le conseiller muni­ci­pal. « Par contre, c’est vrai qu’on n’a pas le droit de ren­trer avec des ban­de­roles mais je mets au défi qui­conque de trou­ver une seule ban­de­role de la part de mon groupe poli­tique. »

« C’est d’au­tant plus grave que l’on est sur une jour­née de mobi­li­sa­tion où des mil­liers de Gre­no­blois sont dans la rue pour sou­te­nir le ser­vice public. »

Quoi­qu’il en soit, le ton est mon­té et les choses se sont rapi­de­ment enve­ni­mées entre les élus LFI et les poli­ciers muni­ci­paux cher­chant à leur bar­rer l’ac­cès au conseil. Une vio­lente empoi­gnade, pos­si­ble­ment assor­tie de coups. De la part de qui ? Là encore, les récits s’op­posent. Lau­rence Ruf­fin entend « lais­ser la jus­tice faire son tra­vail », le par­quet de Gre­noble confir­mant avoir ouvert une enquête. Mais d’a­près les élé­ments qui lui ont été com­mu­ni­qués par la police muni­ci­pale, il y aurait eu « des faits de vio­lences et des coups por­tés de la part d’é­lus, ce qui est par­ti­cu­liè­re­ment grave ».

Trois agents de la police muni­ci­pale, légè­re­ment bles­sés, ont dû se rendre à l’hô­pi­tal et cinq de ces poli­ciers muni­ci­paux ont dépo­sé plainte pour « vio­lences sur per­sonne dépo­si­taire de l’au­to­ri­té publique ». « C’est d’au­tant plus grave que l’on est sur une jour­née de mobi­li­sa­tion où des mil­liers de Gre­no­blois sont dans la rue pour sou­te­nir le ser­vice public. Et moi, je sais à quel point les agents sont essen­tiels pour la bonne réa­li­sa­tion de notre ser­vice public », assène Lau­rence Ruf­fin, dési­reuse de mar­quer son « com­plet désac­cord envers ce type de fonc­tion­ne­ment qui abîme la démo­cra­tie ».

LFI dépose plainte également

De leur côté, les conseillers muni­ci­paux LFI livrent sans sur­prise une tout autre ver­sion des faits. Allan Bru­non dénonce ain­si « les vio­lences de ces agents de police qui nous ont insul­tés, qui nous ont attra­pés à la gorge. Il y a un constat médi­cal — le pre­mier d’une série à venir — qui atteste du fait que ma col­la­bo­ra­trice a le poi­gnet tumé­fié. » La France insou­mise a ain­si four­ni à la presse une copie de ce cer­ti­fi­cat médi­cal.

Une par­tie des élus LFI (Abdel­nour Djeb­bou­ri, Bas­tien Cas­tillo, Allan Bru­non) impli­quée dans cette affaire.

Le groupe LFI assure par ailleurs que la conseillère muni­ci­pale Ken­za Dou­khi a subi « une entorse attes­tée par méde­cin suite à l’agression d’un agent de la police muni­ci­pale ». Ce qui lui a valu un arrêt de tra­vail pres­crit jusqu’au 20 octobre, ain­si qu’une béquille et une attelle pen­dant dix jours. Allan Bru­non, lui aus­si bles­sé selon ses dires, annonce ain­si que la France insou­mise va éga­le­ment dépo­ser plainte pour « vio­lences » contre les agents impli­qués.

Laurence Ruffin « n’accepte aucun acte de violence »

Pour Lau­rence Ruf­fin, c’est pour­tant ce der­nier qui est le pre­mier res­pon­sable de la situa­tion actuelle. Elle pointe ain­si les « dérives de vio­lences mani­festes de la part du pré­sident local de la FI ». Dérives qui se tra­duisent de dif­fé­rentes manières, selon elle. « On voit qu’on a, de conseil muni­ci­pal en conseil muni­ci­pal, une aug­men­ta­tion de la vio­lence », s’in­surge l’é­dile. « Je pense que l’af­faire Bar­ba­ra Butch était elle-même un élé­ment mar­quant de cette mon­tée de la vio­lence, avec le fait de s’en prendre à une femme seule sur scène et de mon­trer qu’on est prêt à tout pour faire du buzz média­tique ».

La maire le répète, « il n’est pas accep­table d’a­voir des actes de vio­lence, quelles que soient les rai­sons », dans l’en­ceinte du conseil muni­ci­pal et plus glo­ba­le­ment à Gre­noble. Rap­pe­lant qu’il n’y a « pas de co-construc­tion sur des dos­siers puisque LFI est dans l’op­po­si­tion et pas dans l’exé­cu­tif », Lau­rence Ruf­fin réaf­firme néan­moins avoir « tou­jours por­té à Gre­noble l’u­nion de la gauche, des éco­lo­gistes et des citoyens ».

Les élus de la majo­ri­té muni­ci­pale, après la sus­pen­sion et le report de la séance du conseil muni­ci­pal.

Pour elle, « ce qui relie la gauche dans son ensemble, c’est la défense des ser­vices publics, de la san­té, de l’é­cole, la jus­tice fis­cale… » Des sujets sur les­quels la gauche doit pou­voir s’u­nir et se ras­sem­bler, à l’é­chelle locale comme au niveau natio­nal… Mais pas à n’im­porte quel prix. Et de mar­te­ler : « Sur la manière de faire, nous n’ac­cep­tons aucun acte de vio­lence ! »

Pour le PCF, « ce n’est pas en cartonnant la gauche qu’on est plus fort contre la droite et l’extrême droite »

La sec­tion de Gre­noble Mey­lan du PCF a réagi dans un com­mu­ni­qué, jugeant la situa­tion « inac­cep­table ». Sans nier les désac­cords qui peuvent exis­ter à gauche, elle estime que ceux-ci doivent être assu­més « sur le ter­rain poli­tique, dans le res­pect des per­sonnes et du cadre démo­cra­tique », et non par « la vio­lence » ou « l’intimidation ». Pour les com­mu­nistes, La France insou­mise a fait le choix de l’opposition à Gre­noble, une posi­tion qu’ils consi­dèrent comme « par­fai­te­ment légi­time », celle-ci devant per­mettre de contes­ter, pro­po­ser des alter­na­tives et contrô­ler l’action de la majo­ri­té. Cepen­dant, « la radi­ca­li­té d’une posi­tion poli­tique ne se mesure pas à la vio­lence des mots ou des com­por­te­ments », sou­lignent-ils mais aux pro­po­si­tions et aux actes.

La sec­tion PCF demande en outre que les faits sur­ve­nus au conseil muni­ci­pal soient « clai­re­ment éta­blis et mis en lumière ». Avant d’é­lar­gir sa cri­tique au contexte natio­nal : « À l’heure où la droite et l’extrême droite pro­gressent, ce n’est pas en car­ton­nant la gauche que nous serons plus forts pour les com­battre », affirme-t-elle. Et d’a­jou­ter : « Ce n’est pas par la vio­lence que l’on élar­git l’indispensable sou­tien à la lutte du peuple pales­ti­nien contre le géno­cide et l’épuration eth­nique dont il est l’effroyable vic­time. »

« Entre mou­ve­ments de gauche, nous conti­nue­rons à avoir des désac­cords, par­fois même impor­tants », pour­suivent les com­mu­nistes gre­no­blois. « Mais nous vou­lons les avoir sur le ter­rain poli­tique, dans le res­pect des per­sonnes et du cadre démo­cra­tique. » Le PCF assure ain­si vou­loir conti­nuer à « construire une majo­ri­té qui empê­che­ra la droite et l’extrême droite de domi­ner le pays ». Ceci, « pour les citoyens et citoyennes, pour l’intérêt géné­ral, pour com­battre l’injustice sociale face à un gou­ver­ne­ment qui gonfle les for­tunes et réduit le pou­voir d’achat, pour la paix dans le monde et la soli­da­ri­té avec les peuples vic­times de l’oppression, en Pales­tine notam­ment », conclut la sec­tion.

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