Grenoble. Les deux élus exclus du groupe LFI dénoncent une « purge »

Par Travailleur Alpin

/

Image principale
Lauren Viguier dépouille avec Isabelle Peters (PCF) les bulletins de vote lors du conseil municipal d'installation de Laurence Ruffin, le 27 mars 2026 : elle était alors la deuxième élue LFI de la liste, derrière Allan Brunon.
Lauren Viguier et Thomas Mandroux, conseillers municipaux insoumis grenoblois, ont appris ce jeudi 9 juillet par voie de presse leur exclusion du groupe LFI au conseil municipal. Une rupture venant entériner le malaise grandissant ressenti par ces élus, qui se disent victimes d'une "purge", pointant les méthodes d'Allan Brunon. Lequel invoque, lui, un désaccord politique sur la ligne du mouvement. Les deux exclus ont annoncé par ailleurs qu'ils démissionneraient de leurs mandats municipaux et métropolitains.

« Ce post est prêt depuis long­temps. » Ain­si débute la publi­ca­tion pos­tée par Lau­ren Viguier sur Ins­ta­gram, ce jeu­di 9 juillet, pour com­men­ter son exclu­sion et celle de son colis­tier Tho­mas Man­droux du groupe LFI au conseil muni­ci­pal de Gre­noble. Infor­ma­tion que les deux élus affirment avoir « apprise par voie de presse » — en l’oc­cur­rence via un article du Dau­phi­né libé­ré. « Nous n’a­vons reçu aucun mes­sage, appel ou mail de la part du groupe, seule­ment consta­té que nous n’é­tions plus dans les boucles Tele­gram des élu·es », s’ex­clament-ils dans un com­mu­ni­qué com­mun dif­fu­sé éga­le­ment ce jeu­di.

Depuis leur par­ti­ci­pa­tion au conseil muni­ci­pal d’ins­tal­la­tion de Lau­rence Ruf­fin, le 27 mars, Lau­ren Viguier et Tho­mas Man­droux, élus à la suite de l’ac­cord tech­nique conclu dans l’entre-deux-tours entre les listes d’Al­lan Bru­non et de la future maire de Gre­noble, n’é­taient plus réap­pa­rus sur les bancs de la France insou­mise. Une absence qui inter­ro­geait et que les récents évé­ne­ments éclairent donc d’un jour nou­veau.

« Traitée en traîtresse »

De fait, le ver était dans le fruit depuis de longues semaines, comme le confirme Lau­ren Vigiuier sur le réseau social. Ce post, la conseillère muni­ci­pale et métro­po­li­taine avait en effet « com­men­cé à l’é­crire depuis le jeu­di 23 avril 2026, jour du conseil métro­po­li­tain d’ins­tal­la­tion ». Ce jour-là, la séance, émaillée d’in­ter­mi­nables sus­pen­sions et dis­cus­sions, s’é­tait ache­vée, au bout de treize heures, par le malaise du futur pré­sident Guillaume Lis­sy, au coude-à-coude avec Raphaël Guer­re­ro.

Allan Bru­non au conseil métro­po­li­tain d’ins­tal­la­tion, fin avril.

C’est aus­si là qu’é­taient appa­rues les pre­mières fis­sures dans le groupe LFI, selon Lau­ren Viguier, qui explique aujourd’­hui s’être oppo­sée au main­tien de la can­di­da­ture d’Al­lan Bru­non. « Je tente en vain d’é­vi­ter le pire : que la droite gagne la pré­si­dence de la métro­pole », raconte-t-elle. « Trai­tée en traî­tresse » tout au long de la réunion de groupe, la désor­mais ex-élue insou­mise s’in­surge éga­le­ment du conte­nu des trac­ta­tions menées entre Allan Bru­non et Guillaume Lis­sy. « Il n’est nul­le­ment ques­tion d’a­van­cées sociales et de mesures pro­gram­ma­tiques, mais de petits postes pour lui et ses copains, et d’in­dem­ni­tés de man­dat », accuse-t-elle, évo­quant des « négo­cia­tions abso­lu­ment indignes d’un membre de la France insou­mise ».

« Il était phy­si­que­ment impos­sible d’exer­cer notre man­dat dans ces condi­tions. »

Pour cette der­nière comme pour Tho­mas Man­droux, le cou­pable de la rup­ture actuelle est clai­re­ment iden­ti­fié. Tous deux dénoncent ain­si une « nou­velle vio­lence » com­mise à leur encontre par le can­di­dat LFI aux muni­ci­pales, dont ils pointent les pro­pos et les actes « vio­lents, auto­ri­taires, sexistes, LGBT­phobes ». Face à un achar­ne­ment qu’ils qua­li­fient de « har­cè­le­ment moral », il était, selon eux, « phy­si­que­ment impos­sible d’exer­cer [leur] man­dat dans ces condi­tions ». Il en allait de leur san­té, affirment-ils.

Lau­ren Viguier et Tho­mas Man­droux assurent tou­te­fois regret­ter de por­ter sur la place publique une polé­mique qui aurait dû res­ter et se régler en interne. « Par cette énième purge, Allan Bru­non prend le risque de salir l’i­mage de notre mou­ve­ment », déplorent les élus. Ceci, alors que « des démarches en interne étaient en cours » auprès des dif­fé­rentes ins­tances com­pé­tentes de la France insou­mise. Et qu’une demande de média­tion par l’in­ter­mé­diaire de la dépu­tée Éli­sa Mar­tin aurait été refu­sée par le pré­sident du groupe LFI, d’a­près les deux exclus.

Trahison des principes contre calomnie et désaccords politiques

Ciblé nom­mé­ment par ses anciens colis­tiers, Allan Bru­non réagit d’a­bord froi­de­ment aux sol­li­ci­ta­tions du Tra­vailleur alpin, main­te­nant sa posi­tion de « ne pas répondre à l’or­gane local de pro­pa­gande du Par­ti com­mu­niste fran­çais ». Il prend néan­moins le temps de glis­ser un mes­sage au ton mena­çant, invi­tant « cer­tains à la pru­dence », avant de fus­ti­ger « la calom­nie uti­li­sée par ces deux mili­tants pour mas­quer des pro­blèmes poli­tiques qu’ils ont avec la ligne de notre mou­ve­ment ».

Jean-Luc Mélen­chon à Ven­co­rex en mars 2025 : Lau­ren Viguier et Tho­mas Man­droux assurent qu’ils sou­tien­dront le lea­der insou­mis lors de la cam­pagne pré­si­den­tielle 2027. © Manuel Pavard

Une rup­ture liée à de banals désac­cords poli­tiques ? La thèse ne tient pas, rétorquent Lau­ren Viguier et Tho­mas Man­droux — membre du par­ti Révo­lu­tion éco­lo­gique pour le vivant (REV) d’Aymeric Caron — qui se disent fidèles à l’i­déal insou­mis ori­gi­nel, accu­sant Allan Bru­non de « tra­hir constam­ment les prin­cipes » de la France insou­mise. Eux le pro­mettent, ils conti­nue­ront à faire cam­pagne pour Jean-Luc Mélen­chon en vue de la pré­si­den­tielle 2027 ain­si qu’à se battre pour le pas­sage à la VIe Répu­blique et pour l’a­vè­ne­ment de « la nou­velle France ».

« Pour éga­le­ment nous concen­trer sur la vic­toire de Jean-Luc Mélen­chon en 2027 et la défaite du péril fas­ciste, nous pré­sen­te­rons notre démis­sion de nos man­dats muni­ci­paux et métro­po­li­tains. Nous rem­bour­se­rons inté­gra­le­ment les indem­ni­tés per­çues à ce titre », conclut le binôme.

Qui les remplacera aux conseils municipal et métropolitain ?

Aucun des treize colis­tiers LFI ini­tiaux ne figu­rant au-delà de la 46e place, les deux sièges lais­sés vacants au conseil muni­ci­pal par la démis­sion de Lau­ren Viguier et Tho­mas Man­droux ne pour­ront reve­nir à d’autres élus insou­mis. Selon l’a­rith­mé­tique, ce sont donc les deux sui­vants sur la liste, Myriam Mes­saou­di (47e) et Moha­med Bel­hadj (48e), tous deux élus sur la liste Oui Gre­noble de Lau­rence Ruf­fin, qui devraient sié­ger en théo­rie au conseil muni­ci­pal.

Au pre­mier plan, Michelle Sy (Oui Gre­noble), qui devrait prendre la place de Lau­ren Viguier à la métro­pole.

La ques­tion se pose éga­le­ment pour la métro­pole de Gre­noble puisque Lau­ren Viguier était conseillère métro­po­li­taine. Et selon la même logique, c’est Michelle Sy, autre élue Oui Gre­noble et 29e sur la liste des can­di­dats au conseil com­mu­nau­taire, qui lui suc­cé­de­ra sur les bancs de cette assem­blée.

Partager cet article

Avant de partir

Votre soutien compte pour nous

Le Travailleur alpin vit depuis 1928 grâce à l’engagement de ses lecteurs. Aujourd’hui encore, ce média propose un autre regard sur vos espoirs, vos luttes, vos aspirations. Une voix unique dans la presse d’information départementale.

Pour protéger l’indépendance du Travailleur alpin, assurer son développement, vos dons nous sont précieux – nous assurons leur traitement en partenariat avec la fondation l’Humanité en partage.

Merci d’avance.

Faire un don défiscalisé maintenant

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *