Métropole de Grenoble. Tensions, attente, malaise, report… Toujours pas de président

Par Manuel Pavard

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Le maire de Seyssinet-Pariset Guillaume Lissy, candidat de l'union de la gauche, a été victime, vers 2 heures du matin, d'un malaise qui a conduit à l'annulation et au report de l'élection.
Le conseil métropolitain devait élire le nouveau président de la Métropole de Grenoble, ce jeudi 23 avril. Mais après deux tours de scrutin, treize heures d'attente et une séance tendue, émaillée d'interminables suspensions et négociations, les deux principaux candidats, Raphaël Guerrero et Guillaume Lissy, restaient au coude-à-coude. Finalement, le malaise du maire de Seyssinet-Pariset - soutenu par une large partie de la gauche - juste avant le troisième tour décisif a entraîné le report de l'élection au jeudi 30 avril.

« On se croi­rait au conclave. » La phrase, enten­due au détour d’une conver­sa­tion dans les cou­loirs du siège de la Métro­pole, résu­mait par­fai­te­ment la situa­tion qua­si ubuesque vécue ce jeu­di 23 avril. Comme au Vati­can, on a long­temps guet­té la fumée blanche en pro­ve­nance de l’hé­mi­cycle où le nou­veau conseil métro­po­li­tain devait élire non pas le Pape, mais le suc­ces­seur de Chris­tophe Fer­ra­ri à la pré­si­dence. Mais à un peu plus de 2 heures du matin, au moment où le dénoue­ment parais­sait plus proche que jamais, Guillaume Lis­sy, l’un des deux favo­ris, a été vic­time d’un malaise. Ce qui a conduit la pré­si­dente Fran­çoise Fon­ta­na à clore la séance, repor­tée au jeu­di 30 avril.

Les 110 conseillers métro­po­li­tains n’ont pas réus­si à dépar­ta­ger les can­di­dats au terme d’une séance de près de treize heures.

On était alors sur le point de pro­cé­der au troi­sième tour du scru­tin. Trois can­di­dats res­taient en lice, après le retrait, quelques minutes aupa­ra­vant, d’Al­lan Bru­non (la France insou­mise). Le maire PS de Seys­si­net-Pari­set donc, pour l’u­nion de la gauche (PS, PCF, Les Éco­lo­gistes…), avec le sou­tien notam­ment des muni­ci­pa­li­tés de Gre­noble, Échi­rolles et Saint-Mar­tin-d’Hères ; son prin­ci­pal rival Raphaël Guer­re­ro, maire de Jar­rie, sou­te­nu par les « petites com­munes » et la droite ; le RN Enzo Billon, élu d’op­po­si­tion à Échi­rolles.

Dix-huit suspensions de séance

Si la can­di­da­ture d’ex­trême droite — cré­di­tée à chaque fois de deux voix — était sym­bo­lique, les deux autres se tenaient, eux, dans un mou­choir de poche. Deux can­di­dats arri­vés au coude-à-coude lors des deux pre­miers tours, repré­sen­tant deux blocs d’im­por­tance rela­ti­ve­ment égale : 50 puis 51 voix pour Raphaël Guer­re­ro, 47 voix aux deux tours pour Guillaume Lis­sy. Avec Allan Bru­non en arbitre et fai­seur de rois, grâce aux neuf puis huit voix récol­tées par l’é­lu LFI à Gre­noble. Pour rap­pel, il faut en en effet obte­nir la majo­ri­té abso­lue pour être élu au pre­mier ou au second tour, le troi­sième tour se jouant en revanche à la majo­ri­té rela­tive.

Le maire de Jar­rie Raphaël Guer­re­ro, sou­te­nu par le centre et la droite et une grande par­tie du groupe des « petites com­munes ».

Mais entre ces tours de scru­tin, il y a sur­tout eu une inter­mi­nable attente. Débu­tée à 13h30, la séance s’est ain­si ache­vée près de treize heures plus tard. Car après les prises de parole des quatre hommes et de leurs sou­tiens, sui­vies du vote élec­tro­nique, les sus­pen­sions de séance se sont enchaî­nées de façon presque inin­ter­rom­pue. Dix-huit au total, d’une durée variant de trente minutes à une heure.

Un impératif, rassembler toute la gauche

Des sus­pen­sions ryth­mées par les dis­cus­sions de cou­loir et d’in­tenses négo­cia­tions, plus ou moins secrètes, entre les élus des dif­fé­rents groupes. Tout l’en­jeu étant, pour Raphaël Guer­re­ro et Guillaume Lis­sy, de convaincre davan­tage de conseillers métro­po­li­tains que son adver­saire en vue du troi­sième tour. Avec, pour l’é­dile socia­liste, un impé­ra­tif : ras­sem­bler toute la gauche — La France insou­mise incluse — der­rière son nom, condi­tion sine qua non pour dou­bler sur le fil l’an­cien vice-pré­sident aux finances.

Guillaume Lis­sy pré­sente sa can­di­da­ture, sou­te­nue notam­ment par Lau­rence Ruf­fin (au pre­mier plan).

À l’ou­ver­ture du conseil pour­tant, ce der­nier objec­tif avait tout du vœu pieux, au vu du gouffre appa­rent sépa­rant les insou­mis du reste de la gauche. Fidèle à son style, Allan Bru­non a ain­si ouvert le bal en atta­quant fron­ta­le­ment ses adver­saires, ne ména­geant pas plus Guillaume Lis­sy que Raphaël Guer­re­ro, loin s’en faut. « Ces deux can­di­dats tiennent la même ligne poli­tique », a‑t-il fus­ti­gé, affir­mant por­ter une « ambi­tion de rup­ture ».

Allan Bru­non (LFI) a réus­si à s’im­po­ser en arbitre avec ses huit voix poten­tiel­le­ment déci­sives.

Peu importe que l’un soit sou­te­nu, par exemple, par les élus éco­lo­gistes et com­mu­nistes du ter­ri­toire et l’autre notam­ment par la droite cari­gno­niste. Pour le can­di­dat LFI, c’est — ou c’é­tait alors — blanc bon­net et bon­net blanc. Il repro­chait notam­ment à Guillaume Lis­sy une pré­ten­due volon­té « d’in­té­gra­tion de la droite » à son futur exé­cu­tif métro­po­li­tain, ce dont se défen­dait pour­tant le maire de Seys­si­net-Pari­set.

« Ce qui nous rassemble est bien plus fort que ce qui nous sépare »

Se disant « très res­pec­tueux des enga­ge­ments et des convic­tions » d’Al­lan Bru­non, Guillaume Lis­sy a tou­te­fois déplo­ré « les outrances » du mili­tant insou­mis. Mais sans renon­cer à tendre la main à l’en­semble du camp pro­gres­siste et même, plus lar­ge­ment, aux élus du groupe des « petites com­munes ». « Je veux dire à tous ceux dont je par­tage les valeurs et les com­bats, que ce qui nous ras­semble est bien plus fort que ce qui nous sépare, a‑t-il sou­li­gné. Nous défen­dons un idéal répu­bli­cain sur lequel nous pou­vons toutes et tous nous retrou­ver. »

Guillaume Lis­sy a regret­té que cer­tains élus n’aient pas accep­té sa main ten­due.

Guillaume Lis­sy a éga­le­ment loué le « pro­jet clair et ambi­tieux » construit, ces der­nières semaines, avec les élus de gauche ras­sem­blés. Un pro­jet « qui insiste sur les tran­si­tions, sur la soli­da­ri­té, sur la démo­cra­tie, qui pro­tège les plus fra­giles et qui per­met à notre ter­ri­toire d’a­van­cer », a‑t-il pré­ci­sé.

Raphaël Guer­re­ro a insis­té sur le com­pro­mis, sans faire oublier une can­di­da­ture pen­chant davan­tage à droite de par ses sou­tiens.

De son côté, Raphaël Guer­re­ro s’est pré­sen­té comme « le seul à pou­voir ras­sem­bler et conti­nuer le tra­vail » de Chris­tophe Fer­ra­ri, pré­ten­dant incar­ner une can­di­da­ture « du com­pro­mis et de la coopé­ra­tion entre les 49 maires » du ter­ri­toire. Mais « com­pro­mis ne veut pas dire consen­sus mou », a ajou­té le maire de Jar­rie. Un can­di­dat s’af­fi­chant offi­ciel­le­ment ras­sem­bleur mais néan­moins sou­te­nu par la tota­li­té des élus de droite, de la majo­ri­té fon­tai­noise à l’op­po­si­tion gre­no­bloise.

La juste place de la ville-centre

Tou­jours dans cette optique, Raphaël Guer­re­ro a d’ailleurs de nou­veau lan­cé un appel à la maire de Gre­noble. Peine per­due car Lau­rence Ruf­fin ne s’est évi­dem­ment pas lais­sée ber­ner, demeu­rant fidèle à ses enga­ge­ments. « La ville de Gre­noble s’ins­crit dans un col­lec­tif conduit par Guillaume Lis­sy », a‑t-elle rap­pe­lé dans l’hé­mi­cycle. « La ville-centre n’est pas là pour prendre toute la place, a pour­sui­vi la maire. Mais sans la ville-centre, la Métro­pole ne fonc­tion­ne­ra pas. »

Les élus ont fini exté­nués après une séance ayant appro­ché les treize heures.

Chat échau­dé craint l’eau froide en effet. Pas ques­tion, pour Lau­rence Ruf­fin, de revivre le conflit lar­vé ayant déchi­ré la gauche, entre Chris­tophe Fer­ra­ri et Éric Piolle. « Nous l’avons déjà vécu lors du der­nier man­dat et per­sonne ne sou­haite que cela se passe à nou­veau comme ça », a assu­ré la maire, pro­met­tant d’a­dop­ter une nou­velle « gou­ver­nance apai­sée ».

Aman­dine Demore est inter­ve­nue pour sou­te­nir Guillaume Lis­sy.

Autre sou­tien du maire de Seys­si­net-Pari­set, son homo­logue d’É­chi­rolles Aman­dine Demore a elle aus­si pris la parole avant le vote. « Faire corps autour de cette can­di­da­ture, c’est choi­sir l’é­qui­té ter­ri­to­riale plu­tôt que la hié­rar­chie des ter­ri­toires, c’est affir­mer que les com­munes méritent toutes d’être enten­dues, quelle que soit leur taille. C’est pour cela que nous devons nous ras­sem­bler autour de cette can­di­da­ture et de ce pro­jet, pour sor­tir de la logique de blo­cage et aller vers quelque chose de posi­tif, de construc­tif », a lan­cé la maire com­mu­niste.

On repart à zéro le 30 avril

Une logique de blo­cage qui a pour­tant pré­va­lu pen­dant de longues heures, don­nant aux obser­va­teurs exté­rieurs une impres­sion de sta­tu quo… Jus­qu’au tour­nant sur­ve­nu peu avant 2 heures du matin. Les négo­cia­tions entre LFI et le reste de la gauche venaient enfin d’a­bou­tir à un « accord tech­nique », glis­sait Allan Bru­non. Indi­quant avoir reçu des gages de la part de Guillaume Lis­sy et son équipe sur la non-ouver­ture à droite de son exé­cu­tif, il accep­tait de reti­rer sa can­di­da­ture avant le troi­sième tour.

Au pre­mier plan, les élus com­mu­nistes d’É­chi­rolles ; au fond, le RN Enzo Billon.

Les cartes étaient alors tota­le­ment rebat­tues, Guillaume Lis­sy pas­sant d’out­si­der à favo­ri grâce aux huit voix pro­mises des insou­mis. Tout cela avant son malaise — heu­reu­se­ment sans gra­vi­té in fine -, ultime coup de théâtre d’une séance qui, comme en 2020, res­te­ra dans les annales. Les 110 conseillers métro­po­li­tains ont de nou­veau ren­dez-vous jeu­di 30 avril au siège de la Métro­pole pour élire leur pré­sident. On repar­ti­ra à zéro, avec trois tours. Et peut-être de nou­veaux can­di­dats…

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