Métropole. Une majorité « de territoire », jusqu’à où ?
Par Travailleur Alpin
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Une expression qui était attendue. Ce dimanche 19 avril, Christophe Ferrari publiait une déclaration où il confirmait ne pas être candidat à sa succession à la tête de la Métropole.
Un texte qui posait également une proposition de cap : conserver une présidence et des orientations clairement de gauche, tout en ouvrant plus largement la gouvernance aux différentes composantes du territoire. Si celui qui avait tenu en 2020 à conserver une majorité et un exécutif ancrés à gauche incite aujourd’hui à faire un pas vers une forme d’ouverture, il n’en demeure pas moins que cette déclaration tranche avec l’orientation incarnée par le maire de Jarrie, lui-même candidat à la présidence.
Raphaël Gerrero assume en effet de porter un projet de « majorité territoriale » sans référentiel politique, afin d’intégrer aussi bien la gauche que la droite, comme si gestion et politique étaient deux mondes séparés hermétiquement…
Gauche et droite : inventaire de désaccords très politiques
Il suffit pourtant de se pencher sur les dernières années du mandat pour mesurer rapidement combien les valeurs politiques des uns et des autres s’incarnent sur des votes importants.
Premier exemple, hautement symbolique dans la société contemporaine : l’égalité femmes-hommes. Le 20 décembre 2024, les groupes de droite [CCM et GO, « droite républicaine » et « droite carrignoniste », ndlr] refusaient de voter le plan d’action métropolitain 2025–2027, tout comme le dispositif d’autorisations spéciales d’absences « deuxième parent », congés menstruel » et « interruption de grosses », s’alignant de fait sur le positionnement conservateur des services de l’Etat.
Second exemple, la politique du logement, dans une agglomération qui compte près de 18 000 foyers-demandeurs en attente de logement social, et où la pression foncière fait peser un coût certain. Ici, la droite s’est frontalement opposée au plan local de l’habitat 2025–2030.
« Il faut être amnésique »
Une constance que l’on retrouve dans de nombreux votes, où les élus de droite refusent de soutenir des projets, émanant y compris de communes de leur propre obédience, à l’image de l’opération initiée par l’EPFL (établissement public foncier local) au 2 rue de la République à Claix…
Ces élus ont aussi refusé de voter le financement du plan « Logement d’abord », et refusé de voter les subventions relatives à la politique de l’habitat, destinées à financer les services assurés par l’agence SOLIHA ou encore l’association Un toit pour tous… Au global, on ne compte plus les délibérations relatives à ces compétences que les élus de droite n’ont pas votées.
À de très nombreuses reprises donc, la droite s’est fermement opposée aux politiques métropolitaines concernant l’habitat, faisant dire à un élu métropolitain qu’« il faut être amnésique pour penser qu’on pourrait maintenant mener ces politiques publiques bras dessus bras dessous avec eux : ils s’y opposent sur le fond ! ».
Le RER métropolitain n’a pas besoin d’un coup de frein
Mais l’inventaire des désaccords marqués par des votes importants ne s’arrête pas là, et les questions d’écologie concrète ne sont pas en reste.
En décembre 2025, les élus de droite ont en effet refusé l’avenant à la convention de financement relative aux études préalables concernant le service express régional métropolitain (SERM), plus communément appelé RER Métropolitain.
Tout comme ils n’ont pas voté la création des réseaux de chaleur urbains sur les communes de Vizille et Varces, lors du conseil métropolitain du 11 juillet 2025…
Des votes là aussi constants, incarnés notamment par le rejet du plan climat air énergie territorial (PCAET), document-cadre récapitulant les ambitions et objectifs en terme de politiques écologiques.
Le 23 avril, la Métropole choisit sa voie
Nombre des politiques auxquelles les élus de droite se sont opposées étaient jusqu’alors conduites par des élus aujourd’hui membres du groupe NMC (« petites communes ») – à l’image des sujets relatifs au plan local d’urbanisme intercommunal, pilotés par le maire de Poisat, Ludovic Bustos. Dans ces conditions, on peine à voir comment l’intégration pleine et entière des élus de droite proposée par Raphaël Gerrero pourrait se traduire par autre chose que par un reniement en actes de nombreuses politiques publiques conduites ces dernières années… Surtout si la proposition de Raphaël Gerrero dépend, ce qui semble se dessiner, du soutien du groupe des héritiers d’Alain Carrignon et des deux élus du RN pour dégager une majorité…
A l’inverse, le maire de Seyssinet-Pariset, candidat soutenu par des communes de gauche de toutes tailles, s’il propose un respect des maires élus et de toutes les composantes du conseil métropolitain, incarne aujourd’hui une continuité et une ambition collective renouvelée sur ce qui faisait jusqu’à présent l’ADN des orientations de la Métropole.
Une Métropole qui est donc bel et bien à la croisée des chemins.
Verdict dans l’après-midi du jeudi 23 avril…
Robert W. Wellnes


