Le Touvet. Mobilisation contre la cérémonie des nostalgiques fascistes de l’OAS
Par Manuel Pavard
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Chaque année, l’Association pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus de l’Algérie française (Adimad), la Fédération nationale des rapatriés et d’autres nostalgiques de l’Algérie française se réunissent autour du 7 juin au cimetière du Touvet où est enterré Claude Piegts, membre de l’Organisation armée secrète (OAS), fusillé le 7 juin 1962. Un rendez-vous annuel où sont régulièrement aperçues des figures locales de l’extrême droite, d’Alexandre Gabriac à Franck Sinisi, en passant par les militants d’Active club ou des Valyor Chambéry.

Ils rendront de nouveau hommage, dimanche 7 juin, à Claude Piegts mais aussi à Albert Dovecar, Roger Degueldre et Jean Bastien-Thiry, tous anciens militants de l’organisation terroriste. Claude Piegts et Albert Dovecar, membres des commandos Delta de l’OAS sous les ordres de Roger Degueldre, ont notamment participé à l’assassinat de Roger Gavoury, commissaire central d’Alger, dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1961. Jean Bastien-Thiry, lui, fut l’organisateur de l’attentat du Petit-Clamart, qui faillit coûter la vie au Général de Gaulle, le 22 août 1962.
Les quatre criminels de l’OAS ont tous été condamnés à mort et fusillés, à l’époque, pour leurs crimes. Ce qui n’empêche pas les organisateurs d’évoquer une « cérémonie dédiée aux soldats qui ont voulu défendre un territoire français et ses populations en danger, en Algérie française ». Une annonce de la Fédération nationale des rapatriés initialement relayée par l’Union nationale des combattants (UNC) Alpes Chartreuse, qui semble avoir supprimé son message depuis — peut-être sous la pression des instances nationales de l’UNC.
« Une falsification historique »
Alertés, le Collectif 17 octobre 1961 et le Réseau de lutte contre le fascisme (RLF) Grenoble ont convoqué la presse ce jeudi 4 juin. Avec de nombreuses autres organisations (associations, syndicats et partis politiques), ils ont écrit, le 26 mai, à la préfète de l’Isère pour lui demander d’interdire la manifestation, annonçant la tenue, dans le cas contraire, d’un contre-rassemblement devant la mairie du Touvet, dimanche 7 juin à 11 heures. À ce stade, la préfecture n’a pas prononcé d’interdiction, « faute de base légale », s’étonne Mariano Bona, représentant du Collectif 17 octobre 1961. « On va lui donner une base légale », ajoute-t-il.
Le militant dénonce en effet « une falsification historique » de la part de l’extrême droite. « Il ne s’agit en rien de ‘soldats qui ont voulu défendre un territoire français et ses populations en danger’, mais de personnes appartenant à une organisation terroriste qui eut recours aux attentats et aux meurtres pour maintenir coûte que coûte l’ordre colonial, alors que le peuple algérien luttait pour son indépendance », souligne Mariano Bona.
« Un hommage à une organisation terroriste d’extrême droite »
« Très loin du recueillement de personnes sur la tombe d’un proche », la cérémonie du Touvet est en réalité « un hommage à une organisation terroriste d’extrême-droite qui n’hésita pas à recourir au meurtre, y compris de représentants de l’État français dans l’exercice de leur fonction », rappellent les signataires du courrier adressé à la préfète.

Ceux-ci précisent également que Roger Gavoury, victime de l’OAS, est cité à l’ordre de la Nation, son nom figurant par ailleurs sur une stèle commémorative dans l’enceinte de l’École nationale supérieure de la police. « Comment est-il possible d’honorer le nom d’un fonctionnaire d’État assassiné pour avoir exercé sa mission et de laisser se dérouler un hommage à ses assassins ? », s’insurgent les signataires.
« Qui peut imaginer qu’on puisse rendre hommage impunément à un membre de la Milice ? », compare Mariano Bona. Ce combat, explique un militant de RLF, s’inscrit dans une « bataille mémorielle » opposant la gauche et les antifascistes à l’extrême droite, autour du colonialisme et notamment de l’Algérie. Et de citer — exemple parmi d’autres — le cas de la mairie de Perpignan qui tente de réhabiliter l’Algérie française.
« Comment est-il possible d’honorer le nom d’un fonctionnaire d’État assassiné pour avoir exercé sa mission et de laisser se dérouler un hommage à ses assassins ? »
Il existe en outre des précédents en matière d’interdiction préfectorale. En juin 2013, la préfecture de l’Isère avait ainsi pris un arrêté en ce sens, rendant illégal « tout rassemblement à caractère revendicatif aux abords et à l’intérieur du cimetière du Touvet ». De même, en 2023, la préfecture de police de Paris avait interdit la tenue de l’hommage à Pierre Sidos, figure de l’extrême droite pétainiste dans les années 1940, fondateur de Jeune Nation et de L’Œuvre française — et lui aussi ancien de l’OAS.
Malgré cela, le collectif comme RLF estiment l’interdiction peu probable. D’où le rendez-vous donné dimanche 7 juin au Touvet, pour protester « de façon pacifique mais ferme » contre cette « scandaleuse manifestation ».


