Métropole. La France insoumise fera-t-elle le jeu de la droite ?
Par Travailleur Alpin
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« Moi, j’ai appris à compter en CP » : c’est avec son style inimitable qu’Allan Brunon, leader insoumis grenoblois à la tête d’un groupe de huit élus métropolitains, a interpellé Guillaume Lissy, maire socialiste de Seyssinet-Pariset et candidat de la gauche à la présidence de la Métropole.
Une pratique qui n’est pas sans rappeler la campagne de l’entre deux tours grenoblois, où l’insoumis n’avait eu de cesse de multiplier les sorties en forme de tacle à ses partenaires de gauche, s’en prenant notamment publiquement à François Ruffin – qualifié par Allan Brunon d’ « hypocrite » venant « parader sur le thème de l’union » – à l’occasion de sa participation au meeting de second tour de la liste de gauche, un meeting auquel la France Insoumise n’avait visiblement pas souhaité participer…
Les maths et la « fusion technique »
Seul souci : les Insoumis ne sont pas en position de « faiseurs de roi » pour l’élection à la présidence de la Métropole, puisque leurs huit voix ne suffisent pas à assurer la victoire du candidat de gauche.
De fait, l’issue du scrutin dépendra du vote de chacun des élus du groupe des « petites communes ». Nombre d’entre eux, de sensibilité de gauche ou ayant participé à la gouvernance durant le précédent mandat, pourraient bien ne pas apprécier une profonde inflexion à droite de l’institution, au travers de la candidature de Raphaël Gerrero et de l’alliance assumée avec les élus de droite qu’elle incarne…
Par ailleurs, alors que les élus insoumis assument une « fusion technique » les positionnant comme le « premier groupe d’opposition municipal » à la ville de Grenoble, on imagine mal leur groupe adopter une position moins ferme à la Métropole.
Changement de ligne politique
En effet, même si des élus insoumis ont précédemment occupé de hautes responsabilités dans les précédents mandats – présidence du bailleur ACTIS avec Elisa Martin, vice-présidence aux équipements sportifs avec Thierry Semanaz, présidence de la société mixte gérant les parkings couverts avec Alban Rosa… –, démontrant par là même que les élus LFI peuvent être « des élus comme les autres », il semble clair que la nouvelle ligne stratégique incarnée par Allan Brunon n’entend pas s’encombrer des contradictions inhérentes à l’exercice du pouvoir local.
Reste donc la question de fond : cette ligne entend-t-elle servir de marche-pied à la droite, dans une logique de « terre brûlée » bien connue ?
Des conditions programmatiques… conformes aux programmes déjà défendus par les élus de gauche
Pour justifier leur crispation métropolitaine, les insoumis mettent en avant des « lignes rouges » programmatiques, au premier rang desquelles les transports et le logement.
Si la démarche semble louable, on peine à comprendre le degré d’agressivité de son expression. Tous à gauche en effet s’accordent désormais sur la possibilité d’avancer sur la gratuité des transports le week-end, où plus globalement la gratuité des transports est assumée comme une visée tant par les communistes que par les écologistes, et où Laurence Ruffin a annoncé préparer le lancement d’une « brigade municipale de réquisition des logements vacants », dans la lignée du travail de fond réalisé par l’élu communiste sortant Nicolas Beron-Perez…
Ce qui est certain toutefois, c’est que le suivi du dossier de l’occupation du siège métropolitain n’aurait pas eu la même tonalité avec une présidence de droite, là où le tandem Christophe Ferrari – Jérôme Rubes n’ont pas compté leurs heures pour trouver des solutions de relogement dignes et répondre à la crise sociale… pour ne citer qu’un exemple.
La FI au pied du mur
La France insoumise est donc confrontée à son premier choix décisif, au-delà du confort des postures : va-t-elle assumer d’abandonner celles et ceux qu’elle ambitionne de défendre, au prétexte qu’elle n’a pas les moyens d’être majoritaire sur l’intégralité de ce qu’elle réclame ?
Va-t-elle miser sur une défaite de la gauche pour espérer se positionner en recours, quand bien même les premières victimes d’un basculement à droite de l’intercommunalité seraient les classes populaires et les plus précaires, ou est-ce qu’une ligne de responsabilité assumée l’emportera-t-elle, au nom de l’intérêt de celles et ceux qui lui ont fait confiance dans les urnes ?
La réponse à cette question ne sera connue que le jeudi 23 avril, mais une chose est sûre, elle déterminera plus qu’on ne le croit les capacités d’implantation futurs de la France insoumise sur le territoire…
Robert W. Wellnes


