Laurence Ruffin ira à Bethléem, en Palestine, pour son premier déplacement international

Par Manuel Pavard

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Laurence Ruffin avec le pli contenant l'invitation officielle à venir à Bethléem, remise par le maire adjoint Jerries Qarra'a. DR
Une délégation de la municipalité de Bethléem était en visite à Grenoble ce mardi 15 septembre, dans le cadre de la coopération entre les deux villes jumelées. À cette occasion, le premier adjoint au maire de Bethléem a invité officiellement Laurence Ruffin à venir dans la ville de Cisjordanie. Proposition acceptée par la maire de Grenoble qui devrait donc se rendre en Palestine dans les prochains mois, pour ce qui constituerait son premier déplacement international.

Le sym­bole serait fort. Si tout se passe bien, Lau­rence Ruf­fin effec­tue­ra son pre­mier dépla­ce­ment inter­na­tio­nal en Pales­tine, plus pré­ci­sé­ment à Beth­léem, en Cis­jor­da­nie occu­pée, « dans l’an­née qui vient ». C’est Jer­ries Qarra’a, pre­mier adjoint au maire de Beth­léem, qui a remis une invi­ta­tion offi­cielle à la maire de Gre­noble, ce mar­di 15 sep­tembre au soir, lors d’une entre­vue dans son bureau de l’hô­tel de ville, devant les médias locaux. L’é­lu fai­sait par­tie, avec son épouse et avec Car­men Ghat­tas, direc­trice de la culture de la ville de Beth­léem, de la délé­ga­tion pales­ti­nienne en visite le jour même à Gre­noble, dans le cadre du jume­lage entre les deux villes.

Lau­rence Ruf­fin et Jer­ries Qar­ra’a, pre­mier adjoint au maire de Beth­léem, mar­di 15 sep­tembre, devant la ban­de­role accro­chée sur la façade de la Mai­son inter­na­tio­nale de Gre­noble. © Jean-Sébas­tien Faure / Ville de Gre­noble

Une coopé­ra­tion qui se pour­suit depuis quinze ans main­te­nant. « Quinze ans de pro­jets com­muns autour de sujets qui sont chers à nos deux villes : la jeu­nesse, la culture, le patri­moine, la vie asso­cia­tive », a pré­ci­sé Lau­rence Ruf­fin, van­tant un « jume­lage vivant ». À cette occa­sion, les repré­sen­tants des deux muni­ci­pa­li­tés ont accro­ché ce mar­di matin sur la façade de la Mai­son inter­na­tio­nale de Gre­noble une ban­de­role de sou­tien aux popu­la­tions civiles de Pales­tine et du Liban, deman­dant « le res­pect du droit inter­na­tio­nal et une solu­tion à deux États », et appor­tant « la soli­da­ri­té de Gre­noble à la ville de Beth­léem, au camp d’Aïda et à toutes les vic­times de la colo­ni­sa­tion ».

« Une société entière est en train d’être détruite »

Au cours du ren­dez-vous orga­ni­sé en mai­rie, Lau­rence Ruf­fin a réité­ré son indi­gna­tion « face à l’horreur qui se déroule à Gaza depuis le 7 octobre 2023 et les atten­tats ter­ro­ristes per­pé­trés par le Hamas. La popu­la­tion civile pales­ti­nienne de Gaza subit une poli­tique métho­dique de des­truc­tion et d’anéantissement. Tous les signes d’un géno­cide sont réunis. Une socié­té entière est en train d’être détruite », a‑t-elle dénon­cé.

L’é­dile s’est mon­trée éga­le­ment « indi­gnée face à la colo­ni­sa­tion en Cis­jor­da­nie », évo­quant les terres confis­quées, les res­sources acca­pa­rées et les vio­lences des colons, de plus en plus nom­breuses et de plus en plus graves ces der­nières semaines. Une situa­tion encou­ra­gée par le gou­ver­ne­ment Neta­nya­hou, que « subissent de plein fouet » les habi­tants de Beth­léem, a‑t-elle déplo­ré.

« Ils volent l’accès à nos terres, à l’eau et aux ressources »

Consi­dé­rée comme le lieu de nais­sance de Jésus-Christ, Beth­léem est pour­tant « un sym­bole mon­dial de paix et d’es­poir », a sou­li­gné Jer­ries Qar­ra’a. Mal­heu­reu­se­ment, « aujourd’­hui, la réa­li­té de nos vies est très dure », a‑t-il regret­té. « Jéru­sa­lem se trouve à seule­ment quelques kilo­mètres de Beth­léem, mais il y a des points de contrôle, il faut des per­mis et il y a un mur de sépa­ra­tion… Ce qui rend tout voyage très com­pli­qué. »

La délé­ga­tion pales­ti­nienne aux côtés des élus gre­no­blois, sur les marches de l’hô­tel de ville. © Jean-Sébas­tien Faure / Ville de Gre­noble

Ain­si, « un tra­vailleur qui sou­haite se rendre à son tra­vail ne sait pas s’il va y arri­ver, un étu­diant qui doit aller à l’é­cole ne sait pas si la route va être ouverte », a racon­té l’é­lu pales­ti­nien. Et de pour­suivre : « Plus de 67 % [de la sur­face] de Beth­léem est en zone C, c’est-à-dire sous contrôle israé­lien. Nous ne pou­vons pas construire des mai­sons libre­ment, ni ouvrir des routes ou élar­gir nos écoles. » De leur côté, « les Israé­liens s’ins­tallent conti­nuel­le­ment et agran­dissent leur occu­pa­tion tout autour », s’est insur­gé Jer­ries Qar­ra’a. « Selon le droit inter­na­tio­nal, c’est illé­gal. Ils volent l’ac­cès à nos terres, à l’eau et aux res­sources. »

Un déplacement à Noël ou plus probablement en 2027

Dans ce contexte, le dépla­ce­ment offi­ciel à Beth­léem sera donc lourd de sens pour Lau­rence Ruf­fin. « J’y por­te­rai la soli­da­ri­té des Gre­no­bloises et des Gre­no­blois », a ain­si assu­ré la maire, qui entend « ren­con­trer les habi­tantes et les habi­tants de Beth­léem, ceux du camp d’Aïda ». Car, a‑t-elle conclu, « la soli­da­ri­té, c’est aus­si de la pré­sence ».

Lau­rence Ruf­fin aux côtés de Jer­ries Qarra’a, pre­mier adjoint au maire de Beth­léem, mar­di 15 sep­tembre, dans le bureau de la maire de Gre­noble, à l’hô­tel de ville. © Jean-Sébas­tien Faure / Ville de Gre­noble

Reste à savoir à quel moment se fera ce voyage ? Jer­ries Qar­ra’a a cité une période pré­cise : « Tout le monde est invi­té à Beth­léem pour Noël. » La date est par­ti­cu­liè­re­ment sym­bo­lique, pour la cité de Cis­jor­da­nie. Mais Lau­rence Ruf­fin et son équipe se montrent plus pru­dentes — sans pour autant exclure cette option -, conscientes notam­ment des dif­fi­cul­tés d’or­ga­ni­sa­tion et notam­ment de toutes les tra­cas­se­ries admi­nis­tra­tives que peuvent impo­ser les auto­ri­tés israé­liennes. Ce sera donc au plus tôt en fin d’an­née et plus pro­ba­ble­ment cou­rant 2027.

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