Grenoble. Malgré la fermeture des lycées, les lycéens mobilisés devant le rectorat

Par Manuel Pavard

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Les étudiants grenoblois se sont rassemblés tout l'après-midi, vendredi 2 octobre, devant le rectorat où plusieurs orateurs et oratrices ont pris la parole à tour de rôle.
Malgré la fermeture des lycées décidée par la préfecture de l'Isère, plusieurs centaines de lycéens se sont rassemblés, ce vendredi 2 octobre, devant le rectorat où une délégation représentant six établissements grenoblois a été reçue. Une rencontre peu fructueuse selon les manifestants, déterminés à "continuer la lutte" pour de meilleures conditions d'études. À l'issue de ce rassemblement d'abord calme, puis tendu en fin d'après-midi, les lycéens ont donné rendez-vous mardi 6 octobre, pour une journée de mobilisation conjointe avec les enseignants et les étudiants de l'UGA.

C’é­tait la grande ques­tion de ce ven­dre­di 2 octobre. Après trois jours de forte mobi­li­sa­tion — et même quatre à Mou­nier, blo­qué depuis lun­di 28 sep­tembre — dans l’ag­glo­mé­ra­tion gre­no­bloise, la déci­sion pré­fec­to­rale de fer­mer vingt-neuf lycées en Isère, dont la tota­li­té des lycées publics de Gre­noble, allait-elle cas­ser la dyna­mique du mou­ve­ment lycéen ? En gros, bri­ser la grève ? Le calme régnant dans la mati­née aux abords des éta­blis­se­ments sem­blait confir­mer ces craintes. Mais il en fau­dra bien davan­tage pour éteindre les flammes de cette immense colère.

Des lycéens déter­mi­nés à faire entendre leurs reven­di­ca­tions.

Déter­mi­nés à « ne rien lâcher », les lycéens gre­no­blois ont donc orga­ni­sé un ras­sem­ble­ment impro­vi­sé devant le rec­to­rat, conviant leurs cama­rades en lutte de l’en­semble des éta­blis­se­ments locaux ain­si que des ensei­gnants et étu­diants. Objec­tif : d’une part, main­te­nir une mobi­li­sa­tion active, de l’autre faire entendre leurs reven­di­ca­tions aux ser­vices aca­dé­miques. Des demandes com­munes aux élèves mani­fes­tant dans toute la France, à savoir de meilleures condi­tions d’études, moins d’élèves par classe, des ensei­gnants en nombre suf­fi­sant et rem­pla­cés en cas d’absence, des jour­nées plus équi­li­brées, des bâti­ments mieux iso­lés face au réchauf­fe­ment cli­ma­tique… Sans oublier l’a­bro­ga­tion de Par­cour­sup et l’ar­rêt des vio­lences poli­cières.

L’une des lycéennes membres de la délé­ga­tion reçue par la rec­teur.

Une délé­ga­tion repré­sen­tant six lycées gre­no­blois a ain­si été reçue par le rec­teur durant un long moment. « On n’ac­cep­te­ra pas des miettes, on est là pour conti­nuer notre lutte », a pro­mis Emma [le pré­nom a été modi­fié], lycéenne et porte-parole de la délé­ga­tion, aux mani­fes­tants, avant de s’en­gouf­frer dans le bâti­ment avec cinq autres jeunes. « Sachez éga­le­ment que le rec­to­rat n’a pas accep­té de dis­cu­ter en ter­rain neutre, ils nous obligent à mon­ter dans leurs locaux », a‑t-elle ajou­té.

« Les intérêts des lycéens sont les mêmes que ceux des profs »

Dans la foule, de plus en plus four­nie au fil de l’a­près-midi, plu­sieurs cen­taines de lycéens donc, mais aus­si des ensei­gnants. Réunis en assem­blée géné­rale le matin même, ceux-ci ont voté la grève pour le mar­di 6 octobre, avec le sou­tien de l’in­ter­syn­di­cale. « On était 140 ce matin, ça fait un moment qu’on n’a­vait pas eu une aus­si grosse AG d’en­sei­gnants », se féli­cite Loui­son, pro­fes­seur d’his­toire-géo dans l’ag­glo­mé­ra­tion. Pour lui, la conver­gence des luttes est aus­si néces­saire qu’é­vi­dente : « Je sou­tiens les lycéens car leurs reven­di­ca­tions sont aus­si les nôtres, que ce soit sur les moyens, l’é­tat de nos éta­blis­se­ments, les coupes de bud­get, les sup­pres­sions de postes… »

Les lycéens ont obser­vé à plu­sieurs reprises des minutes de silence en hom­mage aux lycéens gra­ve­ment bles­sés par les forces de l’ordre.

Loui­son voit déjà des signaux posi­tifs à l’is­sue de cette pre­mière semaine de mobi­li­sa­tion lycéenne : « Le fait que des col­lègues soient venus aider les lycéens sur les blo­cus, c’est très posi­tif. On a aus­si vu, par exemple à Mou­nier ou Aris­tide-Ber­gès [NDLR : à Seys­si­net-Pari­set], des profs et des syn­di­ca­listes du tra­vail social, de l’éner­gie, de la ter­ri­to­riale, qui sont venus pro­té­ger les élèves face aux vio­lences poli­cières. » Une soli­da­ri­té qu’il estime natu­relle. Car der­rière les reven­di­ca­tions liées à l’É­du­ca­tion natio­nale, « c’est aus­si la ques­tion des salaires, de l’in­fla­tion, des coupes de bud­get du gou­ver­ne­ment un peu par­tout, sauf dans l’ar­mée », affirme-t-il.

Lycéens et étudiants réclament la fin de Parcoursup

« Les inté­rêts des lycéens sont les mêmes que ceux des profs et des tra­vailleurs du pri­vé », sou­ligne l’en­sei­gnant. Reste à savoir main­te­nant « com­ment l’é­tin­celle qui débute va se pro­pa­ger et com­ment tout cela va conver­ger », ajoute-t-il. Une jonc­tion des luttes qu’ap­pellent éga­le­ment de leurs vœux les étu­diants, à l’ins­tar de Malo, mili­tant de l’U­NEF, pré­sent au ras­sem­ble­ment. « Il y a eu une assem­blée géné­rale étu­diante, aujourd’­hui, à Sciences Po, qui a voté le sou­tien à la mobi­li­sa­tion lycéenne », explique-t-il.

L’am­biance était joyeuse et bon enfant pen­dant une bonne par­tie de l’a­près-midi.

De fait, étu­diants et lycéens ont « beau­coup de reven­di­ca­tions en com­mun, comme la ques­tion de la sélec­tion à la fac et la fin de Par­cour­sup qui est l’un des pre­miers slo­gans scan­dés par les lycéens », sou­ligne Malo, rap­pe­lant la cam­pagne des sans-facs menée par le col­lec­tif épo­nyme, pilo­té par l’U­NEF. À l’U­ni­ver­si­té Gre­noble Alpes, la mobi­li­sa­tion doit ain­si mon­ter pro­gres­si­ve­ment en inten­si­té, avec une AG lun­di 5 octobre à la gale­rie des amphis, et une mani­fes­ta­tion par­tant du cam­pus le len­de­main, à 10 heures, avant de rejoindre le cor­tège lycéen devant Mou­nier.

Une pluie de lacrymos en direction des lycéens

Lycéens, étu­diants, ensei­gnants… Dans toutes les conver­sa­tions, le sujet de la répres­sion poli­cière est omni­pré­sent. Bien sûr, les dégra­da­tions et feux de pou­belles cau­sés par cer­tains mani­fes­tants sont jugés « contre-pro­duc­tifs », même si « la colère est sou­vent com­pré­hen­sible ». Ceci, d’au­tant que « le gou­ver­ne­ment s’en sert pour dis­cré­di­ter un mou­ve­ment qui a toute sa légi­ti­mi­té », déplore San­drine Nos­bé, dépu­tée LFI de la 9e cir­cons­crip­tion de l’I­sère. Mais cela ne jus­ti­fie pas l’at­ti­tude sou­vent vio­lente des forces de l’ordre — de sur­croît à l’é­gard d’a­do­les­cents — que beau­coup pointent du doigt.

San­drine Nos­bé, dépu­tée LFI de l’I­sère, pré­sente au ras­sem­ble­ment.

Illus­tra­tion de nou­veau ce ven­dre­di. Pen­dant que la délé­ga­tion lycéenne est reçue par le rec­teur, les mani­fes­tants patientent en enton­nant chants et slo­gans, entre­cou­pés de prises de parole de lycéens. L’am­biance est joyeuse et bon enfant durant la majeure par­tie de l’a­près-midi, aucun uni­forme ni véhi­cule de police n’é­tant alors visibles à proxi­mi­té du rec­to­rat. Pour­tant, l’am­biance va subi­te­ment se tendre en fin d’a­près-midi.

L’at­mo­sphère se tend subi­te­ment, au bout de la rue Dolo­mieu, les poli­ciers vont bien­tôt gazer.

En cause, l’ir­rup­tion de plu­sieurs dizaines de jeunes mas­qués tirant notam­ment des feux d’ar­ti­fice et cher­chant la confron­ta­tion. Mais éga­le­ment — et de manière tout aus­si déter­mi­nante — l’ar­ri­vée conco­mi­tante de la police, dont la simple pré­sence va contri­buer à alour­dir l’at­mo­sphère et à sus­ci­ter les ten­sions. Des forces de l’ordre qui, en réac­tion aux feux de palettes allu­més par des mani­fes­tants, vont noyer la place Bir-Hakeim et les rues alen­tour sous les gaz lacry­mo­gènes. Une pluie de gre­nades tirées en direc­tion des lycéens ras­sem­blés paci­fi­que­ment.

« Des pro­messes d’a­dultes, on en entend à lon­gueur de jour­née, les pro­messes du gou­ver­ne­ment aus­si et on voit bien que ça ne se tra­duit jamais, donc on a du mal à croire celles du rec­teur. »

Tan­dis que poli­ciers et jeunes jouent au chat et à la sou­ris devant le rec­to­rat, les membres de la délé­ga­tion res­sortent, eux, enfin du bâti­ment pour livrer leur compte-ren­du. Et le bilan est, sans grande sur­prise, plus que miti­gé. Certes, le rec­teur les a écou­tés et a « pro­po­sé de [les] revoir après le vote du bud­get », recon­naissent-ils.

Les membres de la délé­ga­tion dressent le bilan de leur entre­vue avec le rec­teur.

« Mais des pro­messes d’a­dultes, on en entend à lon­gueur de jour­née, les pro­messes du gou­ver­ne­ment aus­si et on voit bien que ça ne se tra­duit jamais, donc on a du mal à croire celles du rec­teur », lance Emma, sous les accla­ma­tions des lycéens. La jeune lycéenne se pro­jette donc vers la suite, notam­ment vers la mani­fes­ta­tion du mar­di 5 octobre. « On ne lâche­ra rien, assure-t-elle, on va conti­nuer la lutte. Le mou­ve­ment ne doit pas fai­blir et ne fai­bli­ra pas. »

Dans la rue joux­tant le rec­to­rat, autre ambiance.

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