Grenoble. Lycéens et étudiants de nouveau dans la rue, en attendant le 17 octobre

Par Manuel Pavard

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Le cortège des lycéens et enseignants, parti du lycée Pablo-Neruda, à Saint-Martin-d'Hères, avant de rejoindre les étudiants qui s'élançaient du campus.
Nouvelle journée de mobilisation de la jeunesse, ce jeudi 15 octobre. Déterminés à maintenir la pression sur le gouvernement entre les deux grandes manifestations des 13 et 17 octobre, lycéens et étudiants sont de nouveau descendus dans la rue, entre Saint-Martin-d'Hères et Grenoble, à l'appel de la coordination inter-lycées, de l'AG étudiante et de l'intersyndicale éducation Isère. Des manifestants qui entendent maintenant élargir le mouvement, pour le faire durer.

Les deux amis, élèves en pre­mière dans un lycée du sud de l’ag­glo­mé­ra­tion, nous montrent fiè­re­ment la foule avan­çant sur le bou­le­vard Clé­men­ceau : « Pour une veille de vacances, c’est pas mal non ? C’est un gros f… au gou­ver­ne­ment ! » [NDLR : on tra­dui­ra par « un joli pied de nez »]. Après la jonc­tion, devant Neyr­pic, des cor­tèges étu­diants et lycéens-ensei­gnants, par­tis res­pec­ti­ve­ment du cam­pus de l’U­ni­ver­si­té Gre­noble Alpes (UGA) et du lycée Pablo-Neru­da, à Saint-Mar­tin-d’Hères, ceux-ci viennent alors de rejoindre les étu­diants des cam­pus Sud, pour for­mer un unique cor­tège. Soit envi­ron deux mille per­sonnes, qui se dirigent ensuite vers le rec­to­rat de Gre­noble, ce jeu­di 15 octobre.

La jonc­tion devant Neyr­pic, ave­nue Gabriel-Péri, des cor­tèges étu­diants et lycéens-profs, par­tis res­pec­ti­ve­ment du cam­pus et du lycée Pablo-Neru­da.

Bien sûr, l’af­fluence reste en deçà des quelque dix mille mani­fes­tants comp­ta­bi­li­sés mar­di 13 octobre à Gre­noble et cer­tai­ne­ment de celle atten­due ce same­di 17 octobre. Mais ce n’est nul­le­ment une sur­prise, l’ob­jec­tif étant d’a­bord de main­te­nir une pré­sence dans la rue entre ces deux grandes jour­nées de mobi­li­sa­tion natio­nale, et à vingt-quatre heures des vacances sco­laires. « On est encore très nom­breux à être mobi­li­sés », se féli­cite Mae­va, mili­tante de l’U­NEF Gre­noble, qui y voit un signe posi­tif pour les pro­chains jours.

Une coordination nationale étudiante le 18 octobre à Grenoble

L’é­tu­diante a déjà les yeux rivés vers le week-end à venir. Et pas seule­ment pour la mani­fes­ta­tion et les actions du 17 octobre. L’as­sem­blée géné­rale de l’U­GA appelle en effet à une coor­di­na­tion natio­nale étu­diante ce dimanche 18 octobre, à Gre­noble, où sont conviées les AG des facs de toute la France. Objec­tif : ins­crire la mobi­li­sa­tion sur la durée et « notam­ment ne pas se lais­ser avoir par le gou­ver­ne­ment qui tente de divi­ser le mou­ve­ment et qui compte sur les vacances pour que ça s’es­souffle », explique Mae­va.

Devant le lycée Pablo-Neru­da, à Saint-Mar­tin-d’Hères, point de départ des lycéens et des ensei­gnants.

L’en­jeu pour les étu­diants gre­no­blois, comme pour les lycéens qui mul­ti­plient éga­le­ment les contacts à l’é­chelle natio­nale, c’est d’é­lar­gir la lutte. Et ce, à tous niveaux. « Pour don­ner des pers­pec­tives à ce mou­ve­ment, il faut qu’on soit coor­don­nés et qu’on construise une grève géné­rale », affirme la mili­tante syn­di­cale. « Car ce qui nous per­met­tra de gagner, c’est que les tra­vailleurs et les tra­vailleuses rentrent dans la bataille avec nous. »

« Les lycéens en ont marre de faire 8h-18h, comme leurs parents font 8h-18h au taf. (…) Tout ça pour der­rière, avoir un tra­vail pré­caire, ne pas pou­voir étu­dier, ne pas pou­voir se soi­gner cor­rec­te­ment, etc. »

Pour cela, il fau­dra évi­dem­ment que les reven­di­ca­tions des lycéens et étu­diants s’a­dressent éga­le­ment à l’en­semble des sala­riés, des chô­meurs, des pré­caires… Mais pour les mani­fes­tants, c’est en réa­li­té déjà le cas. « Ce qu’on exprime, nous, les jeunes, c’est une colère géné­rale. Aujourd’­hui, tout le monde en a marre », constate Mae­va. « Plus per­sonne ne peut vivre cor­rec­te­ment. Les salaires n’aug­mentent pas alors qu’à côté, tout aug­mente : le prix de l’es­sence à la pompe, de l’a­li­men­ta­tion, de l’éner­gie… »

Sur les pan­cartes et slo­gans, l’in­quié­tude res­sen­tie par les lycéens et étu­diants devant l’a­ve­nir qui leur est pro­mis.

Les deux lycéens abondent : « Notre com­bat contre le manque de moyens dans les ser­vices publics, ça parle à toute la popu­la­tion. Pour nous, ça concerne les lycées mais c’est la même chose pour la poste, pour les hôpi­taux, etc. » Et Mae­va de pour­suivre : « La pre­mière reven­di­ca­tion des lycéens, c’est qu’ils en ont marre de faire 8h-18h, comme leurs parents font 8h-18h au taf. Parce qu’ils n’ont pas envie de perdre tout leur temps pour rien et ils savent très bien qu’a­vec Par­cour­sup, ils ont peu de chances d’a­voir ce qu’ils vou­draient. Tout ça pour der­rière, avoir un tra­vail pré­caire, ne pas pou­voir étu­dier, ne pas pou­voir se soi­gner cor­rec­te­ment, etc. »

Le 17 octobre, un « moment de relais »

L’i­dée main­te­nant, c’est de par­ve­nir à coa­li­ser les révoltes et le mécon­ten­te­ment mon­tant par­tout dans le pays. « On appelle à la conver­gence des luttes le 17 octobre », indique ain­si la mili­tante de l’U­NEF. La date est dans toutes les têtes et à l’ar­ri­vée au rec­to­rat, nom­breux sont ceux qui se pro­jettent vers ce retour atten­du des Gilets jaunes, aux­quels se gref­fe­ront donc les lycéens et les étu­diants, mais éga­le­ment plu­sieurs orga­ni­sa­tions syn­di­cales, à l’i­mage de la CGT, la FSU, Soli­daires ou la CNT.

La tête de la mani­fes­ta­tion sur le bou­le­vard Clé­men­ceau, après la jonc­tion de l’en­semble des cor­tèges.

Si les mili­tants syn­di­caux sont mas­si­ve­ment pré­sents dans la rue, depuis le début du mou­ve­ment lycéen, en revanche, la stra­té­gie des direc­tions syn­di­cales natio­nales ne fait pas l’u­na­ni­mi­té au sein des orga­ni­sa­tions de jeu­nesse. « Les jeunes prennent leurs res­pon­sa­bi­li­tés et ne veulent pas attendre les direc­tions syn­di­cales qui nous pro­posent une pro­chaine date le 5 novembre », raille Mae­va, qui juge ce calen­drier « com­plè­te­ment décon­nec­té de la colère des gens qui sont dans la rue ».

À l’ar­ri­vée au rec­to­rat, les mani­fes­tants ont écou­té les prises de parole suc­ces­sives de plu­sieurs lycéens et étu­diants.

Si les obs­tacles n’ont pas dis­pa­ru pour autant, beau­coup estiment que l’é­tin­celle est déjà là. Et qu’il faut donc désor­mais souf­fler sur les braises. « On appelle à se mobi­li­ser en masse le 17 octobre car pour nous, ça doit être le moment de relais », lance ain­si Bap­tiste, mili­tant de la JC Isère. « C’est la jeu­nesse qui a ouvert la voie, les lycéens puis les étu­diants ; aujourd’­hui, il faut que toute la socié­té rentre dans la bataille et qu’on se mobi­lise ensemble. » Le jeune com­mu­niste en est en effet convain­cu, « ce n’est que par la masse qu’on pour­ra faire bou­ger les choses ».

Ban­de­role du cor­tège lycéen, à Saint-Mar­tin-d’Hères.

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