Mobilisation du 24 octobre à Grenoble : 22000 manifestants bravent la répression

Par Manuel Pavard

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Les organisations lycéennes et étudiantes étaient bien représentées dans la cortège, à l'image de la Coordination étudiante (ex-Union étudiante de Grenoble).
Malgré l'interdiction de manifester dans le centre-ville et le couvre-feu débutant à 18 heures, ce samedi 24 octobre a de nouveau massivement mobilisé à Grenoble, avec plus de 22 000 personnes défilant entre la gare et l'anneau de vitesse, à l'appel des Gilets jaunes, des syndicats et des lycéens et étudiants en lutte. Sur un parcours modifié en dernière minute, la manifestation a démarré dans une atmosphère festive et combative. Avant de se tendre subitement à la suite d'une intervention de la police, qui a gazé la foule sans sommations, scindant le cortège en deux avant l'arrivée.

Une semaine après « l’acte I », pre­mière démons­tra­tion de la conver­gence des luttes entre les mou­ve­ments lycéens et étu­diants et leurs aînés, Gilets jaunes et syn­di­cats de sala­riés, la même coa­li­tion était de retour dans la rue, ce same­di 24 octobre, à Gre­noble comme par­tout en France. Avec deux enjeux majeurs. Tout d’a­bord, confir­mer et confor­ter l’é­norme mobi­li­sa­tion popu­laire du 17 octobre. Ensuite, tirer les leçons du fias­co sécu­ri­taire de cette jour­née, qui a vu de nom­breux mani­fes­tants nas­sés, blo­qués et/ou gazés par la police, tan­dis que plu­sieurs com­merces du centre-ville subis­saient des pillages.

Un cor­tège four­ni, avec envi­ron 22 000 mani­fes­tants comp­ta­bi­li­sés par l’UL CGT Gre­noble.

Si le pre­mier pari a été tenu, avec plus de 22 000 mani­fes­tants recen­sés dans la capi­tale des Alpes, selon l’UL CGT Grand Gre­noble, rien ne leur aura pour­tant été épar­gné. Mis sous pres­sion par cette alliance Gilets jaunes / Gen Z fai­sant trem­bler la macro­nie, le gou­ver­ne­ment a en effet répli­qué par une fuite en avant auto­ri­taire, avec la béné­dic­tion de l’en­semble de la droite et de l’ex­trême droite.

Les Gilets jaunes de Crolles ont pris la tête du cor­tège sur l’a­ve­nue Alsace-Lor­raine, puis le cours Jean-Jau­rès.

Accu­sa­tions envers les par­tis de gauche, menaces de dis­so­lu­tion de LFI, inter­dic­tions de mani­fes­ter, annonce de déploie­ment du Raid, du GIGN et même de mili­taires dans cer­taines villes, pres­sions de Gérald Dar­ma­nin afin d’in­ci­ter les tri­bu­naux à la fer­me­té face aux inter­pel­lés du 17 octobre — avec des peines de pri­son ferme pour des per­sonnes n’ayant com­mis aucun délit de casse ou pillage… Comme dans une mau­vaise dys­to­pie, l’exé­cu­tif s’est affran­chi des contraintes démo­cra­tiques, dérou­lant tout un arse­nal liber­ti­cide.

La CGT suit der­rière les Gilets jaunes.

Tra­duc­tion à Gre­noble : la pré­fec­ture de l’I­sère a inter­dit toute mani­fes­ta­tion dans un large péri­mètre du centre-ville, à comp­ter du jeu­di 22 octobre. Sans oublier un couvre-feu sur plu­sieurs sec­teurs du centre-ville, ain­si que sur les zones com­mer­ciales de Grand Place, Com­boire et Neyr­pic, du same­di 24 octobre à 18h au dimanche 25 octobre à 6h. Un dis­po­si­tif sou­vent lié, en France, à la répres­sion colo­niale (guerre d’Al­gé­rie, Gua­de­loupe en 1967, Kana­ky en 2024, etc.).

Passage de relais entre générations mobilisées

Les orga­ni­sa­teurs ont donc dû renon­cer au tra­cé ini­tial pré­voyant un départ de la place Vic­tor-Hugo, pour concoc­ter un nou­veau par­cours en der­nière minute, avec l’a­val de la pré­fec­ture. Objec­tif affi­ché par les auto­ri­tés, tenir les mani­fes­tants éloi­gnés des com­merces de l’hy­per-centre dont les accès étaient tous bar­rés par d’im­po­sants cor­dons de poli­ciers, ce same­di après-midi.

Des cor­dons de poli­ciers sont pos­tés dans toutes les rues menant à l’hy­per-centre.

Le cor­tège s’est ain­si élan­cé de la gare de Gre­noble, pour emprun­ter le cours Jean-Jau­rès, dans une atmo­sphère à la fois joyeuse, fes­tive et reven­di­ca­tive. Et en s’é­tof­fant au fur et à mesure. « Macron et Nuñez ont vou­lu nous inti­mi­der pour nous décou­ra­ger de sor­tir de chez nous aujourd’­hui, mais on défend nos droits, c’est trop impor­tant », s’ex­clame Joëlle, infir­mière, venue avec sa fille, lycéenne en pre­mière, et des amies de cette der­nière.

Nombre de slo­gans et pan­cartes font réfé­rence aux vio­lences poli­cières.

Der­rière le petit groupe, Camille [le pré­nom a été modi­fié] avoue que « la situa­tion [l’]inquiète. Mais de toute façon, quand on va en manif’ main­te­nant, on sait qu’on risque de se faire bles­ser ou arrê­ter sans rai­son. C’est deve­nu nor­mal d’a­voir peur, c’est fou ! »

Un déluge de grenades lacrymogènes et assourdissantes

Arri­vée au croi­se­ment Val­lier-Libé­ra­tion, la mani­fes­ta­tion — jusque-là menée par les Gilets jaunes de Crolles, sui­vis de la CGT — rejoint quelques cen­taines d’é­tu­diants ras­sem­blés, qui prennent alors la tête du cor­tège en tour­nant sur les Grands bou­le­vards. Comme un pas­sage de relais entre géné­ra­tions mobi­li­sées. Mal­gré quelques escar­mouches sur le par­cours, peu d’in­ci­dents sont à signa­ler avant d’ar­ri­ver à hau­teur de la place Gus­tave-Rivet, moment où l’am­biance va chan­ger radi­ca­le­ment.

Les super-héros étaient aus­si de la par­tie.

Selon les témoins, les poli­ciers pos­tés là, au bout du cours Gam­bet­ta, n’ont pour­tant pas été par­ti­cu­liè­re­ment ciblés, hor­mis un ou deux mor­tiers d’ar­ti­fice et — sans sur­prise — quelques insultes, de la part de mili­tants auto­nomes pré­sents en bor­dure de défi­lé. Mais leur réac­tion sera tota­le­ment dis­pro­por­tion­née, avec une pluie de gaz lacry­mo­gènes tirés au beau milieu du cor­tège « offi­ciel ». Bref moment de panique dans la foule, beau­coup de mani­fes­tants n’é­tant pas du tout pré­pa­rés à cette action des forces de l’ordre aux­quelles ils ne prê­taient alors aucune atten­tion.

Place Gus­tave-Rivet, après les pre­mières gre­nades lacry­mo­gènes tirées par la police.

Cette attaque gra­tuite et aveugle va en outre immé­dia­te­ment cou­per le cor­tège en deux. La tête de mani­fes­ta­tion pour­suit ain­si son che­min en direc­tion de l’an­neau de vitesse. Mais der­rière, plu­sieurs cen­taines de per­sonnes se retrouvent prises au piège face à des poli­ciers qui noient la place Gus­tave-Rivet sous un déluge de gre­nades lacry­mo­gènes et assour­dis­santes. Consé­quences, en queue de cor­tège, des mil­liers de mani­fes­tants sont quant à eux blo­qués un peu plus loin, et vont éga­le­ment subir des gazages et charges poli­cières.

Cap sur le 5 novembre

Une par­tie d’entre eux répliquent par des jets de pro­jec­tiles tan­dis que quelques vitrines volent — dans une pro­por­tion tou­te­fois bien moindre que le 17 octobre. Et lorsque tous les mani­fes­tants auront enfin rejoint leurs cama­rades arri­vés depuis bien long­temps sur l’an­neau de vitesse, les CRS sont sur leurs talons. La fin de jour­née est ryth­mée par les heurts et courses-pour­suites, en atten­dant le déclen­che­ment du couvre-feu.

La foule à l’ar­ri­vée sur l’an­neau de vitesse.

Si le bilan final de la jour­née reste à effec­tuer, le suc­cès popu­laire indé­niable de cet acte II ne peut effa­cer tota­le­ment une pointe d’a­mer­tume. Avec le sen­ti­ment, pour de nom­breuses per­sonnes pré­sentes, que la stra­té­gie et les manœuvres de la police sont venues en par­tie gâcher la fête. Toutes ont désor­mais une date en tête : le 5 novembre, pour la grande jour­née de mobi­li­sa­tion inter­syn­di­cale et inter­pro­fes­sion­nelle.

La fuite en avant auto­ri­taire du gou­ver­ne­ment est una­ni­me­ment dénon­cée.
Humour et poli­tique font bon ménage sur les pan­cartes.
Les CRS ont char­gé en fin de mani­fes­ta­tion sur l’an­neau de vitesse.

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