Mobilisation du 24 octobre à Grenoble : 22000 manifestants bravent la répression
Par Manuel Pavard
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Une semaine après « l’acte I », première démonstration de la convergence des luttes entre les mouvements lycéens et étudiants et leurs aînés, Gilets jaunes et syndicats de salariés, la même coalition était de retour dans la rue, ce samedi 24 octobre, à Grenoble comme partout en France. Avec deux enjeux majeurs. Tout d’abord, confirmer et conforter l’énorme mobilisation populaire du 17 octobre. Ensuite, tirer les leçons du fiasco sécuritaire de cette journée, qui a vu de nombreux manifestants nassés, bloqués et/ou gazés par la police, tandis que plusieurs commerces du centre-ville subissaient des pillages.

Si le premier pari a été tenu, avec plus de 22 000 manifestants recensés dans la capitale des Alpes, selon l’UL CGT Grand Grenoble, rien ne leur aura pourtant été épargné. Mis sous pression par cette alliance Gilets jaunes / Gen Z faisant trembler la macronie, le gouvernement a en effet répliqué par une fuite en avant autoritaire, avec la bénédiction de l’ensemble de la droite et de l’extrême droite.

Accusations envers les partis de gauche, menaces de dissolution de LFI, interdictions de manifester, annonce de déploiement du Raid, du GIGN et même de militaires dans certaines villes, pressions de Gérald Darmanin afin d’inciter les tribunaux à la fermeté face aux interpellés du 17 octobre — avec des peines de prison ferme pour des personnes n’ayant commis aucun délit de casse ou pillage… Comme dans une mauvaise dystopie, l’exécutif s’est affranchi des contraintes démocratiques, déroulant tout un arsenal liberticide.

Traduction à Grenoble : la préfecture de l’Isère a interdit toute manifestation dans un large périmètre du centre-ville, à compter du jeudi 22 octobre. Sans oublier un couvre-feu sur plusieurs secteurs du centre-ville, ainsi que sur les zones commerciales de Grand Place, Comboire et Neyrpic, du samedi 24 octobre à 18h au dimanche 25 octobre à 6h. Un dispositif souvent lié, en France, à la répression coloniale (guerre d’Algérie, Guadeloupe en 1967, Kanaky en 2024, etc.).
Passage de relais entre générations mobilisées
Les organisateurs ont donc dû renoncer au tracé initial prévoyant un départ de la place Victor-Hugo, pour concocter un nouveau parcours en dernière minute, avec l’aval de la préfecture. Objectif affiché par les autorités, tenir les manifestants éloignés des commerces de l’hyper-centre dont les accès étaient tous barrés par d’imposants cordons de policiers, ce samedi après-midi.

Le cortège s’est ainsi élancé de la gare de Grenoble, pour emprunter le cours Jean-Jaurès, dans une atmosphère à la fois joyeuse, festive et revendicative. Et en s’étoffant au fur et à mesure. « Macron et Nuñez ont voulu nous intimider pour nous décourager de sortir de chez nous aujourd’hui, mais on défend nos droits, c’est trop important », s’exclame Joëlle, infirmière, venue avec sa fille, lycéenne en première, et des amies de cette dernière.

Derrière le petit groupe, Camille [le prénom a été modifié] avoue que « la situation [l’]inquiète. Mais de toute façon, quand on va en manif’ maintenant, on sait qu’on risque de se faire blesser ou arrêter sans raison. C’est devenu normal d’avoir peur, c’est fou ! »
Un déluge de grenades lacrymogènes et assourdissantes
Arrivée au croisement Vallier-Libération, la manifestation — jusque-là menée par les Gilets jaunes de Crolles, suivis de la CGT — rejoint quelques centaines d’étudiants rassemblés, qui prennent alors la tête du cortège en tournant sur les Grands boulevards. Comme un passage de relais entre générations mobilisées. Malgré quelques escarmouches sur le parcours, peu d’incidents sont à signaler avant d’arriver à hauteur de la place Gustave-Rivet, moment où l’ambiance va changer radicalement.

Selon les témoins, les policiers postés là, au bout du cours Gambetta, n’ont pourtant pas été particulièrement ciblés, hormis un ou deux mortiers d’artifice et — sans surprise — quelques insultes, de la part de militants autonomes présents en bordure de défilé. Mais leur réaction sera totalement disproportionnée, avec une pluie de gaz lacrymogènes tirés au beau milieu du cortège « officiel ». Bref moment de panique dans la foule, beaucoup de manifestants n’étant pas du tout préparés à cette action des forces de l’ordre auxquelles ils ne prêtaient alors aucune attention.

Cette attaque gratuite et aveugle va en outre immédiatement couper le cortège en deux. La tête de manifestation poursuit ainsi son chemin en direction de l’anneau de vitesse. Mais derrière, plusieurs centaines de personnes se retrouvent prises au piège face à des policiers qui noient la place Gustave-Rivet sous un déluge de grenades lacrymogènes et assourdissantes. Conséquences, en queue de cortège, des milliers de manifestants sont quant à eux bloqués un peu plus loin, et vont également subir des gazages et charges policières.
Cap sur le 5 novembre
Une partie d’entre eux répliquent par des jets de projectiles tandis que quelques vitrines volent — dans une proportion toutefois bien moindre que le 17 octobre. Et lorsque tous les manifestants auront enfin rejoint leurs camarades arrivés depuis bien longtemps sur l’anneau de vitesse, les CRS sont sur leurs talons. La fin de journée est rythmée par les heurts et courses-poursuites, en attendant le déclenchement du couvre-feu.

Si le bilan final de la journée reste à effectuer, le succès populaire indéniable de cet acte II ne peut effacer totalement une pointe d’amertume. Avec le sentiment, pour de nombreuses personnes présentes, que la stratégie et les manœuvres de la police sont venues en partie gâcher la fête. Toutes ont désormais une date en tête : le 5 novembre, pour la grande journée de mobilisation intersyndicale et interprofessionnelle.





