Acte III à Grenoble. « On lâchera rien » : manifestation monstre pour Halloween
Par Manuel Pavard
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C’était l’une des inconnues de cet acte III du mouvement des Gilets jaunes, lycéens, étudiants et travailleurs. Entre la répression policière — avec un cortège principal abondamment gazé le 24 octobre -, les peines de prison ferme prononcées pour les manifestants interpellés, le tour de vis de la préfecture (interdiction de manifester dans le centre-ville, couvre-feu) et les vacances scolaires et universitaires, toutes les conditions était réunies pour freiner la mobilisation. Il n’en a finalement rien été, avec encore une marée humaine déferlant dans les rues de Grenoble.

Selon les premières estimations, ce sont ainsi plus de 20 000 personnes qui ont été comptabilisées sur le parcours reliant la gare de Grenoble à l’anneau de vitesse. Un tracé (gare, avenue Alsace-Lorraine, cours Jean-Jaurès, boulevard Foch, avenue Albert-1er-de-Belgique, boulevard Clémenceau, anneau de vitesse) imposé par la préfecture et contournant le centre-ville dont tous les accès étaient barrés par d’imposants cordons de police. Ceci, officiellement afin d’éloigner « casseurs » et « pilleurs » des commerces de l’hyper-centre, pour ne pas revivre le chaos du 17 octobre.
« Les vrais casseurs, c’est eux »
« Les casseurs, ils n’ont que ce mot-là à la bouche », s’agacent Tina et Matéo, étudiants à l’UGA, qui défilent pour le troisième samedi consécutif, comme une grande partie des manifestants. « On ne justifie pas les pillages des petits commerçants, c’est sûr, mais pour le reste, c’est bien moins grave de casser des vitrines que de détruire l’éducation, la santé ou le social. Les vrais casseurs, c’est eux : le gouvernement et le Medef », lancent-ils en chœur.

Dominique, jeune retraité et « quasiment un demi-siècle de manif’ au compteur », évoque quant à lui l’évolution de la répression au fil des décennies. « Quand j’étais plus jeune, on parlait déjà de violences policières mais pour être honnête, ça n’avait rien à voir avec maintenant. Les flics n’avaient pas toutes ces armes de guerre et il y avait beaucoup moins de chances d’être blessé ou de se faire arrêter », souligne-t-il, pointant le nombre « démesuré » d’interpellations et gardes à vue depuis le début du mouvement lycéen.

Des lycéens gazés et matraqués au cours des blocages du lycée Mounier aux étudiants molestés par des vigiles privés sur le campus, tous ont une histoire à raconter à ce sujet. Même les plus âgés dont beaucoup ont reçu leur dose de gaz lacrymogène lors de l’acte II, le 24 octobre. « Aujourd’hui, tu as beau manifester calmement, sur un parcours déclaré, sans sortir du cortège, tu n’es pas du tout à l’abri de te prendre une grosse salve de grenades lacrymo, comme samedi dernier quand ils ont tiré en plein milieu de la foule à Gustave-Rivet », s’indigne Dominique.

Une stratégie policière qui a choqué les manifestants. Mais sans avoir l’effet escompté par les autorités. Car au lieu d’être découragées et tétanisées, bon nombre de personnes en sont ressorties encore plus déterminées. Et la morgue affichée aussi bien par Emmanuel Macron que par ses ministres — à l’image de Laurent Nuñez face à la délégation lycéenne et étudiante — a fait le reste.
Cap vers le 5 novembre
Après un début de manifestation dynamique et assez bon enfant, la tension est montée progressivement à l’approche de la place Gustave-Rivet, là où les choses s’étaient envenimées le samedi précédent. Et là encore, ça n’a pas tardé. À l’issue d’un bref face-à-face entre jeunes et policiers, ces derniers ont noyé la place sous les gaz lacrymogènes, atteignant la tête de cortège. Les dégâts ont été heureusement plus limités, cette fois, pour la majorité des manifestants qui ont pu reprendre leur chemin, les yeux légèrement rougis, en direction du boulevard Clémenceau.

À l’arrivée, l’anneau de vitesse s’est rempli sans discontinuer au fil des minutes. Sur place, une ambiance festive avec des manifestants dansant au rythme de la techno sortant des enceintes d’un sound-system mobile, tandis que d’autres entonnaient les tubes du mouvement social. Le fameux « Siamo tutti antifascisti » ou le plus récent « On fait caca sur Bardella, pipi sur les nazis (…) », chant inventé par de jeunes manifestantes anti-RN, le 24 octobre, à Orléans, et devenu totalement viral en quelques jours.

Non loin de là, l’atmosphère était tout autre. Plusieurs centaines de militants autonomes et de jeunes cagoulés ont ainsi affronté les policiers, les tirs de mortiers d’artifice répliquant aux grenades lacrymogènes et assourdissantes. Un manège qui s’est ensuite déplacé jusqu’au parc Paul-Mistral où les CRS ont chargé à plusieurs reprises les manifestants, avant d’évacuer sans ménagements les nombreuses personnes encore présentes sur l’anneau de vitesse.

Déterminés et galvanisés, les manifestants avaient déjà les yeux rivés vers la semaine prochaine. Avec plusieurs dates à retenir. D’abord la journée nationale de mobilisation des lycéens et étudiants, mardi 3 novembre, au lendemain de la rentrée. Puis le plat de résistance de cette séquence sociale, jeudi 5 novembre, avec la grande journée de grève et de manifestation interprofessionnelle, marquée par un appel à la grève générale lancé par l’intersyndicale. Et enfin, rebelote samedi 7 novembre, pour l’acte IV.




