UGA. Des vigiles recrutés pour casser les blocages et mis en cause pour des violences
Par Manuel Pavard
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« Nos organisations ont eu connaissance de violences inadmissibles commises sur des étudiant·es et des agent·es de l’UGA par les vigiles privés recrutés par l’UGA pour empêcher le blocage des bâtiments. » Ces mots ouvrent la lettre ouverte adressée vendredi 23 octobre, par l’intersyndicale de l’Université Grenoble Alpes (CGT Université de Grenoble, Coordination étudiante Grenoble — ex-UEG -, FSU, Solidaires Étudiant·e·s, Sud Éducation, Sud Recherche, UNEF), au président et à la directrice des services. Si les syndicats ont décidé d’interpeller la direction, c’est parce que les faits mettant en cause ces mystérieux agents de sécurité se répètent dangereusement.

Le dernier en date s’est produit la veille de l’envoi du courrier. Jeudi 22 octobre, journée de mobilisation nationale, les étudiants et personnels en lutte appelaient ainsi à se rassembler dès 9 heures devant la Maison du doctorat Jean-Kuntzmann, où se tenait le conseil d’administration de l’UGA. « Une dizaine de vigiles menaçants sont arrivés devant le bâtiment, avec des masques ou cache-nez et des bonnets », narre Samira Saïdoune, co-secrétaire du syndicat CGT Université de Grenoble, qui les voit « partout » sur le campus.
Des vigiles engagés pour « casser les blocages »
Depuis quand sont-ils présents sur le domaine universitaire, à Saint-Martin-d’Hères ? Dans quelles conditions ? Pour quel objectif ? Autant de questions aux réponses très incertaines. « Cela fait au moins deux semaines que l’UGA a embauché des vigiles privés », estime la représentante CGT [NDLR : propos tenus le 23 octobre]. « Mais je ne pense pas que leur recrutement soit passé par le conseil d’administration », ajoute-t-elle, soulignant qu’on « ne connaît pas leurs instructions ».
Selon la plupart des témoins, ces vigiles — une bonne vingtaine au total — seraient arrivés dans les jours suivant les premiers blocages organisés par les étudiants, qui ont rejoint à partir du 6 octobre le mouvement initié par les lycéens. « Au départ, les gardes du campus — qui, eux, travaillent ici toute l’année — étaient aussi mobilisés et de notre côté, ils passaient discuter avec nous près des bâtiments bloqués. Du coup, le président de l’UGA a pris la décision de faire appel à une société de sécurité privée », explique un étudiant en histoire, co-administrateur du nouveau compte Instagram violences_uga, dédié aux agissements de ces vigiles.

Leur rôle ? « La présidence les a engagés pour casser les blocages et donc les grèves étudiantes », affirme-t-il. « Sur les bâtiments comme Simone-Veil, Michel-Dubois, les Alpilles, on nous les envoie à chaque fois. » Des vigiles décrits comme « violents » et qui, systématiquement, « cachent leur numéro d’identification », poursuit l’étudiant. « Beaucoup sont cagoulés, on ne voit que leurs yeux. Et en général, ce sont justement les plus violents, ceux qui ont frappé des étudiants. »
« Le vigile a mis une énorme claque à un étudiant ! Et une amie qui a essayé de le défendre a reçu des coups. »
Sur le campus, ces individus n’ont ainsi pas tardé à se faire remarquer. Le 9 octobre, lors d’une tournée des services, dans le cadre de la campagne pour les élections professionnelles, « deux militants CGT en chasuble se sont vu refuser l’accès à un bâtiment bien qu’ils aient montré leur carte professionnelle », s’indigne Samira Saïdoune. Ses deux camarades ont alors commencé à filmer les vigiles qui, en retour, « ont menacé de leur mettre des claques ».

Apprenant que des étudiants avaient eux aussi subi des violences verbales et/ou physiques de la part des mêmes personnes, la CGT a appelé les victimes et témoins à fournir des vidéos et photos, pour rassembler le maximum de preuves. « Une enseignante-chercheuse nous a contactés », relate Samira Saïdoune. « Le 16 octobre, à la fin de l’assemblée générale de son UFR, dans le bâtiment Michel-Dubois, une dizaine d’agents de sécurité cagoulés et masqués sont venus sur les lieux. » L’un d’eux s’est approché de la chercheuse, lui glissant cette menace : « Je pourrai revenir vous voir en civil dans quelques jours pour régler ça. »
Une vidéo accablante
Un autre exemple a été filmé par un témoin. La vidéo [que nous avons pu visionner et authentifier] est particulièrement accablante. L’étudiant en histoire était présent : « On bloquait le bâtiment Veil et au moment où j’arrive, il y avait trois personnes qu’on ne connaissait pas, dont un agent de sécurité qui criait et insultait un étudiant tenant une barrière », raconte-t-il. « On a alors commencé à filmer mais ils ont voulu prendre nos téléphones. À ce moment-là, le même vigile a mis une énorme claque à un étudiant ! Et une amie qui a essayé de le défendre a reçu des coups. »
Des faits malheureusement pas si isolés, selon l’étudiant, qui nous montre également une photo d’un de ses camarades au visage tuméfié : « Ils l’ont poussé très violemment contre une barrière en fer, lors d’un blocage des Alpilles. » En voyant les différentes images, la CGT a aussitôt fait remonter l’information à la direction du département qui l’a elle-même transmise à la présidence. « On a montré la vidéo avec le coup à la directrice des services », indique Samira Saïdoune. Pour l’instant, sans résultats.
« Il faut qu’ils arrêtent avec ces vigiles incontrôlables »
« Il faut qu’ils arrêtent avec ces vigiles incontrôlables », s’exclame la responsable syndicale, qui ne cache pas son inquiétude pour la suite de la mobilisation. « Plus le temps passe, plus ils sont violents », abonde l’étudiant. Pourtant, assure-t-il, « on essaye d’être diplomates, de parler avec eux ».

Dans sa lettre ouverte, l’intersyndicale exige donc « l’arrêt immédiat de toute violence et répression contre la mobilisation étudiante et les formes qu’elle se choisira » ainsi que « l’abandon du recours à des vigiles privés et le report des sommes dépensées pour améliorer les conditions de travail et d’études à l’université ». En attendant, les syndicats réclament aussi à très court terme « la transmission par écrit aux organisations syndicales et étudiantes du cahier des charges et des consignes transmises aux vigiles ou aux prestataires qui les emploient ».
Un fonctionnement « hyper vertical et autoritaire »
L’étudiant en histoire précise de son côté « en avoir parlé pendant une AG à la direction de l’UFR ARSH (arts et sciences humaines). Je n’ai eu aucun retour », déplore-t-il. Vivement interpellé par les manifestants, le 22 octobre, devant la Maison du doctorat, Yassine Lakhnech, président de l’Université Grenoble Alpes, a quant à lui promis : « Concernant ce que vous dites sur les aspects vigiles et sécurité, on va enquêter, on va voir ce qu’il en est. » Sans plus de précisions.

Sa réponse est loin d’avoir convaincu la CGT qui dénonce depuis longtemps, comme la quasi-totalité des syndicats de l’UGA, le fonctionnement « hyper vertical et autoritaire » de la présidence. Et notamment de Yassine Lakhnech avec lequel les relations sont notoirement exécrables. « Le vice-président à la formation a démissionné, on n’a plus non plus de vice-président·e aux relations internationales ni à l’égalité — le poste n’est pas pourvu -, une autre responsable est en burn-out », égrène Samira Saïdoune. « En fait, tout est catastrophique, ce qui fait écho à nos revendications sur les baisses de budget et les suppressions de postes. »
Contactée, la présidence de l’Université Grenoble Alpes n’avait pu être jointe au moment de la publication de cet article.


