UGA. Des vigiles recrutés pour casser les blocages et mis en cause pour des violences

Par Manuel Pavard

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Un vigile privé masqué fait face aux manifestants lors du rassemblement organisé jeudi 22 octobre devant la maison Jean-Kuntzmann, où se tenait le CA de l'UGA.
Des étudiants et l'intersyndicale de l'Université Grenoble Alpes dénoncent le récent recrutement de vigiles privés par l'UGA afin d'empêcher le blocage des bâtiments et de casser la mobilisation actuelle. Ils les accusent d'avoir commis des violences sur le campus à plusieurs reprises, au cours du mois d'octobre. Différents témoignages - parfois filmés - font ainsi état de menaces et agressions de la part de vigiles masqués et cagoulés envers des étudiant·es et agent·es.

« Nos orga­ni­sa­tions ont eu connais­sance de vio­lences inad­mis­sibles com­mises sur des étudiant·es et des agent·es de l’UGA par les vigiles pri­vés recru­tés par l’UGA pour empê­cher le blo­cage des bâti­ments. » Ces mots ouvrent la lettre ouverte adres­sée ven­dre­di 23 octobre, par l’in­ter­syn­di­cale de l’U­ni­ver­si­té Gre­noble Alpes (CGT Uni­ver­si­té de Gre­noble, Coor­di­na­tion étu­diante Gre­noble — ex-UEG -, FSU, Soli­daires Étudiant·e·s, Sud Édu­ca­tion, Sud Recherche, UNEF), au pré­sident et à la direc­trice des ser­vices. Si les syn­di­cats ont déci­dé d’in­ter­pel­ler la direc­tion, c’est parce que les faits met­tant en cause ces mys­té­rieux agents de sécu­ri­té se répètent dan­ge­reu­se­ment.

Cor­tège étu­diant à la mani­fes­ta­tion du 13 octobre, à Gre­noble.

Le der­nier en date s’est pro­duit la veille de l’en­voi du cour­rier. Jeu­di 22 octobre, jour­née de mobi­li­sa­tion natio­nale, les étu­diants et per­son­nels en lutte appe­laient ain­si à se ras­sem­bler dès 9 heures devant la Mai­son du doc­to­rat Jean-Kuntz­mann, où se tenait le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de l’U­GA. « Une dizaine de vigiles mena­çants sont arri­vés devant le bâti­ment, avec des masques ou cache-nez et des bon­nets », narre Sami­ra Saï­doune, co-secré­taire du syn­di­cat CGT Uni­ver­si­té de Gre­noble, qui les voit « par­tout » sur le cam­pus.

Des vigiles engagés pour « casser les blocages »

Depuis quand sont-ils pré­sents sur le domaine uni­ver­si­taire, à Saint-Mar­tin-d’Hères ? Dans quelles condi­tions ? Pour quel objec­tif ? Autant de ques­tions aux réponses très incer­taines. « Cela fait au moins deux semaines que l’U­GA a embau­ché des vigiles pri­vés », estime la repré­sen­tante CGT [NDLR : pro­pos tenus le 23 octobre]. « Mais je ne pense pas que leur recru­te­ment soit pas­sé par le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion », ajoute-t-elle, sou­li­gnant qu’on « ne connaît pas leurs ins­truc­tions ».

Selon la plu­part des témoins, ces vigiles — une bonne ving­taine au total — seraient arri­vés dans les jours sui­vant les pre­miers blo­cages orga­ni­sés par les étu­diants, qui ont rejoint à par­tir du 6 octobre le mou­ve­ment ini­tié par les lycéens. « Au départ, les gardes du cam­pus — qui, eux, tra­vaillent ici toute l’an­née — étaient aus­si mobi­li­sés et de notre côté, ils pas­saient dis­cu­ter avec nous près des bâti­ments blo­qués. Du coup, le pré­sident de l’U­GA a pris la déci­sion de faire appel à une socié­té de sécu­ri­té pri­vée », explique un étu­diant en his­toire, co-admi­nis­tra­teur du nou­veau compte Ins­ta­gram violences_uga, dédié aux agis­se­ments de ces vigiles.

Les vigiles sont arri­vés sur le cam­pus après les pre­miers blo­cages de bâti­ments par les étu­diants (ici le 8 octobre).

Leur rôle ? « La pré­si­dence les a enga­gés pour cas­ser les blo­cages et donc les grèves étu­diantes », affirme-t-il. « Sur les bâti­ments comme Simone-Veil, Michel-Dubois, les Alpilles, on nous les envoie à chaque fois. » Des vigiles décrits comme « vio­lents » et qui, sys­té­ma­ti­que­ment, « cachent leur numé­ro d’i­den­ti­fi­ca­tion », pour­suit l’é­tu­diant. « Beau­coup sont cagou­lés, on ne voit que leurs yeux. Et en géné­ral, ce sont jus­te­ment les plus vio­lents, ceux qui ont frap­pé des étu­diants. »

« Le vigile a mis une énorme claque à un étu­diant ! Et une amie qui a essayé de le défendre a reçu des coups. »

Sur le cam­pus, ces indi­vi­dus n’ont ain­si pas tar­dé à se faire remar­quer. Le 9 octobre, lors d’une tour­née des ser­vices, dans le cadre de la cam­pagne pour les élec­tions pro­fes­sion­nelles, « deux mili­tants CGT en cha­suble se sont vu refu­ser l’ac­cès à un bâti­ment bien qu’ils aient mon­tré leur carte pro­fes­sion­nelle », s’in­digne Sami­ra Saï­doune. Ses deux cama­rades ont alors com­men­cé à fil­mer les vigiles qui, en retour, « ont mena­cé de leur mettre des claques ».

Sami­ra Saï­doune, co-secré­taire du syn­di­cat CGT Uni­ver­si­té de Gre­noble.

Appre­nant que des étu­diants avaient eux aus­si subi des vio­lences ver­bales et/ou phy­siques de la part des mêmes per­sonnes, la CGT a appe­lé les vic­times et témoins à four­nir des vidéos et pho­tos, pour ras­sem­bler le maxi­mum de preuves. « Une ensei­gnante-cher­cheuse nous a contac­tés », relate Sami­ra Saï­doune. « Le 16 octobre, à la fin de l’as­sem­blée géné­rale de son UFR, dans le bâti­ment Michel-Dubois, une dizaine d’a­gents de sécu­ri­té cagou­lés et mas­qués sont venus sur les lieux. » L’un d’eux s’est appro­ché de la cher­cheuse, lui glis­sant cette menace : « Je pour­rai reve­nir vous voir en civil dans quelques jours pour régler ça. »

Une vidéo accablante

Un autre exemple a été fil­mé par un témoin. La vidéo [que nous avons pu vision­ner et authen­ti­fier] est par­ti­cu­liè­re­ment acca­blante. L’é­tu­diant en his­toire était pré­sent : « On blo­quait le bâti­ment Veil et au moment où j’ar­rive, il y avait trois per­sonnes qu’on ne connais­sait pas, dont un agent de sécu­ri­té qui criait et insul­tait un étu­diant tenant une bar­rière », raconte-t-il. « On a alors com­men­cé à fil­mer mais ils ont vou­lu prendre nos télé­phones. À ce moment-là, le même vigile a mis une énorme claque à un étu­diant ! Et une amie qui a essayé de le défendre a reçu des coups. »

Des faits mal­heu­reu­se­ment pas si iso­lés, selon l’é­tu­diant, qui nous montre éga­le­ment une pho­to d’un de ses cama­rades au visage tumé­fié : « Ils l’ont pous­sé très vio­lem­ment contre une bar­rière en fer, lors d’un blo­cage des Alpilles. » En voyant les dif­fé­rentes images, la CGT a aus­si­tôt fait remon­ter l’in­for­ma­tion à la direc­tion du dépar­te­ment qui l’a elle-même trans­mise à la pré­si­dence. « On a mon­tré la vidéo avec le coup à la direc­trice des ser­vices », indique Sami­ra Saï­doune. Pour l’ins­tant, sans résul­tats.

« Il faut qu’ils arrêtent avec ces vigiles incontrôlables »

« Il faut qu’ils arrêtent avec ces vigiles incon­trô­lables », s’ex­clame la res­pon­sable syn­di­cale, qui ne cache pas son inquié­tude pour la suite de la mobi­li­sa­tion. « Plus le temps passe, plus ils sont vio­lents », abonde l’é­tu­diant. Pour­tant, assure-t-il, « on essaye d’être diplo­mates, de par­ler avec eux ».

Jonc­tion des cor­tèges étu­diants et lycéens, le 15 octobre, à Saint-Mar­tin-d’Hères.

Dans sa lettre ouverte, l’in­ter­syn­di­cale exige donc « l’arrêt immé­diat de toute vio­lence et répres­sion contre la mobi­li­sa­tion étu­diante et les formes qu’elle se choi­si­ra » ain­si que « l’abandon du recours à des vigiles pri­vés et le report des sommes dépen­sées pour amé­lio­rer les condi­tions de tra­vail et d’études à l’université ». En atten­dant, les syn­di­cats réclament aus­si à très court terme « la trans­mis­sion par écrit aux orga­ni­sa­tions syn­di­cales et étu­diantes du cahier des charges et des consignes trans­mises aux vigiles ou aux pres­ta­taires qui les emploient ».

Un fonctionnement « hyper vertical et autoritaire »

L’é­tu­diant en his­toire pré­cise de son côté « en avoir par­lé pen­dant une AG à la direc­tion de l’U­FR ARSH (arts et sciences humaines). Je n’ai eu aucun retour », déplore-t-il. Vive­ment inter­pel­lé par les mani­fes­tants, le 22 octobre, devant la Mai­son du doc­to­rat, Yas­sine Lakh­nech, pré­sident de l’U­ni­ver­si­té Gre­noble Alpes, a quant à lui pro­mis : « Concer­nant ce que vous dites sur les aspects vigiles et sécu­ri­té, on va enquê­ter, on va voir ce qu’il en est. » Sans plus de pré­ci­sions.

Dra­peau de la CGT FERC Sup dans le cor­tège par­ti du cam­pus, le 13 octobre.

Sa réponse est loin d’a­voir convain­cu la CGT qui dénonce depuis long­temps, comme la qua­si-tota­li­té des syn­di­cats de l’U­GA, le fonc­tion­ne­ment « hyper ver­ti­cal et auto­ri­taire » de la pré­si­dence. Et notam­ment de Yas­sine Lakh­nech avec lequel les rela­tions sont notoi­re­ment exé­crables. « Le vice-pré­sident à la for­ma­tion a démis­sion­né, on n’a plus non plus de vice-président·e aux rela­tions inter­na­tio­nales ni à l’é­ga­li­té — le poste n’est pas pour­vu -, une autre res­pon­sable est en burn-out », égrène Sami­ra Saï­doune. « En fait, tout est catas­tro­phique, ce qui fait écho à nos reven­di­ca­tions sur les baisses de bud­get et les sup­pres­sions de postes. »

Contac­tée, la pré­si­dence de l’U­ni­ver­si­té Gre­noble Alpes n’a­vait pu être jointe au moment de la publi­ca­tion de cet article.

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