Université Grenoble Alpes. L’Unef lance la lutte contre la sélection après Parcoursup

Par Manuel Pavard

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Rassemblés à l'appel de l'Unef devant la présidence de l'UGA, les étudiants ont réclamé l'inscription des sans-facs à la rentrée de septembre 2026.
L'Unef organisait une conférence de presse devant la présidence de l'Université Grenoble Alpes (UGA), mardi 2 juin, pour dénoncer la sélection créée par Parcoursup et Mon Master pour les étudiants. Après la campagne menée en 2025-2026, une nouvelle lutte est à prévoir pour l'inscription des sans-facs. En attendant, les syndicats étudiants et enseignants peuvent déjà fêter une première victoire, avec le report de la hausse des frais d'inscription pour les étudiants étrangers, annulée pour l'année universitaire 2026-2027.

Sur le cam­pus de l’U­ni­ver­si­té Gre­noble Alpes, à Saint-Mar­tin-d’Hères, les allées comme les amphis se vident pro­gres­si­ve­ment, à mesure que sonne la fin de l’an­née uni­ver­si­taire dans les dif­fé­rentes filières. Mais pour les mili­tants de l’U­nef, l’heure n’est pas encore aux vacances. Assem­blée géné­rale le 5 mai, ras­sem­ble­ment le 12 mai — aux côtés de la CGT Uni­ver­si­té de Gre­noble, de l’UEG ou de Soli­daires étu­diant-e‑s -, mani­fes­ta­tions les 21 et 26 mai, confé­rence de presse le 2 juin, ren­contre avec le pré­sident de l’U­GA le 4 juin… Ces der­nières semaines, le syn­di­cat étu­diant fait feu de tout bois, à la fois contre la hausse des frais d’ins­crip­tion pour les étu­diants étran­gers et contre la sélec­tion à l’en­trée à l’u­ni­ver­si­té.

Confé­rence de presse de l’U­nef devant la pré­si­dence de l’U­GA, le 2 juin, contre la sélec­tion à l’u­ni­ver­si­té à l’is­sue de Par­cour­sup et pour lan­cer la cam­pagne de défense des sans-facs.

Deux luttes dis­tinctes mais com­plé­men­taires car s’op­po­sant à la vision, défen­due par l’U­nef, d’une uni­ver­si­té ouverte à toutes et tous. Preuve de l’u­ti­li­té de ces com­bats, les trois semaines de mobi­li­sa­tion contre le décret Bap­tiste ont fini par faire recu­ler la pré­si­dence de l’U­GA. Le ministre de l’En­sei­gne­ment supé­rieur enten­dait en effet sup­pri­mer l’exonération des frais d’inscription dif­fé­ren­ciés pour les étu­diants extra-com­mu­nau­taires. Les­quels devaient, selon le plan « Bien­ve­nue en France » ins­tau­ré en 2019, s’ac­quit­ter de droits mul­ti­pliés par quinze ou seize : 2895 euros pour une année de licence et 3941 euros pour une année de mas­ter — contre res­pec­ti­ve­ment 178 et 254 euros actuel­le­ment.

Des ensei­gnants et per­son­nels du CUEF mobi­li­sés contre les frais d’ins­crip­tion dif­fé­ren­ciés pour les étu­diants étran­gers, le 21 mai, à l’ap­pel de la CGT Uni­ver­si­té de Gre­noble.

Fina­le­ment, seuls ces der­niers mon­tants seront dus pour l’an­née uni­ver­si­taire 2026–2027, l’U­ni­ver­si­té Gre­noble Alpes ayant déci­dé d’ac­cor­der une exo­né­ra­tion totale des droits dif­fé­ren­ciés à tout étu­diant qui en fait la demande. En revanche, l’aug­men­ta­tion pré­vue par le décret devrait s’ap­pli­quer à par­tir de sep­tembre 2027. D’où la pru­dence affi­chée par le syn­di­cat, qui se féli­cite tou­te­fois de cette « pre­mière vic­toire ».

Parcoursup, 80 000 demandes à Grenoble, qui compte 60 000 étudiants

Désor­mais, les regards sont majo­ri­tai­re­ment tour­nés vers celles et ceux que l’on sur­nomme les « sans-facs ». Autre­ment dit les reca­lés de Par­cour­sup et Mon Mas­ter, soit des cen­taines de mil­liers de jeunes refu­sés en licence ou en mas­ter dans l’en­semble des uni­ver­si­tés fran­çaises. C’est donc pour lan­cer sa cam­pagne que l’U­nef s’est adres­sée aux médias, devant le bâti­ment de la pré­si­dence, le mar­di 2 juin, jour du début de la phase d’ad­mis­sion sur Par­cour­sup.

Les dra­peaux de l’U­nef flot­tant sur la place des Damiers, le 2 juin.

« On entame une phase de per­ma­nence : toutes celles et tous ceux qui ont été refu­sés en licence et en mas­ter pour­ront nous contac­ter pour com­men­cer à mon­ter un col­lec­tif des sans-facs », explique Léonce Dou­lat, pré­sident de l’U­nef Gre­noble. Objec­tif, « exi­ger des ins­crip­tions auprès de l’u­ni­ver­si­té ». De fait, pour­suit l’é­tu­diant, « chaque uni­ver­si­té en France a le pou­voir d’ins­crire qui elle veut. C’est ce qu’on appelle un recours gra­cieux, qui relève du pré­sident de la fac. »

Léonce Dou­lat, pré­sident de l’U­nef Gre­noble, prend la parole, le 2 juin, devant la pré­si­dence.

Com­bien sont-ils aujourd’­hui à pos­tu­ler à l’U­GA et à se retrou­ver le bec dans l’eau, à trois mois de la ren­trée ? « Par­cour­sup, c’est 80 000 demandes à Gre­noble », indique Léonce Dou­lat. Mais dif­fi­cile de déter­mi­ner pré­ci­sé­ment les­quelles s’ap­pa­rentent à des sans-facs puisque les néo-bache­liers ont for­mu­lé plu­sieurs vœux — soit dans plu­sieurs uni­ver­si­tés, soit dif­fé­rents vœux dans la même fac. Néan­moins, « les 80 000 demandes sont juste pour les L1 alors que Gre­noble compte 60 000 étu­diants au total, donc il n’y a pas 60 000 places en licence. Ce n’est pas du tout à la hau­teur », sou­ligne-t-il, poin­tant « un manque de places criant ».

« Une sélection par l’argent assumée et décomplexée »

Léonce Dou­lat entend s’ap­puyer sur la der­nière cam­pagne menée par l’U­nef qui a réus­si à ins­crire la dizaine d’é­tu­diants mobi­li­sés au sein du col­lec­tif des sans-facs, au début de l’an­née 2025–2026. Par­mi eux, Cyprien, ex-sans-fac aujourd’­hui étu­diant en mas­ter, après avoir dû batailler à la même époque, l’an pas­sé. « L’ad­mi­nis­tra­tion va dire aux lycéens qui sont refu­sés en licence ou aux étu­diants de licence qui ne sont pas pris en mas­ter que c’est de leur faute », s’in­surge-t-il. « Tout au long de ma licence, les profs nous ont répé­té que tous ceux qui vali­de­raient leur licence seraient accep­tés en mas­ter. Pour­tant, j’ai vali­dé mon année et on m’a refu­sé dans mon mas­ter qui était la suite logique. »

Cyprien, étu­diant en mas­ter et ancien sans-fac, revient au micro sur son com­bat pour l’ins­crip­tion, il y a quelques mois.

Dénon­çant une « poli­tique mise en place pour atta­quer la jeu­nesse », Cyprien appelle l’en­semble des étu­diants et des jeunes exclus via Par­cour­sup ou Mon Mas­ter à « s’or­ga­ni­ser col­lec­ti­ve­ment pour com­battre les poli­tiques d’aus­té­ri­té, les poli­tiques racistes, natio­na­listes et anti-sociales ».

Ala­ra, étu­diante turque en L3 et sans-fac, a vive­ment dénon­cé la « sélec­tion par l’argent » à l’u­ni­ver­si­té.

Autre sans-fac, Ala­ra, étu­diante turque en L3 sou­hai­tant inté­grer un mas­ter, fus­tige, elle, le bien mal-nom­mé plan « Bien­ve­nue en France ». « Sous ce titre cynique, le gou­ver­ne­ment a ins­ti­tu­tion­na­li­sé une sélec­tion par l’argent assu­mée et décom­plexée », accuse-t-elle. Appli­quer des frais dif­fé­ren­ciés de 3000 à 4000 euros revient, selon elle, à « fer­mer les portes de l’en­sei­gne­ment supé­rieur public à des mil­liers de jeunes ».

« Refuser cet avenir qu’on nous réserve »

Ala­ra incarne ain­si la syn­thèse entre les luttes contre « Bien­ve­nue en France » et Par­cour­sup / Mon Mas­ter. Deux sys­tèmes et dis­po­si­tifs qui cachent une même logique de sélec­tion à l’en­trée à l’u­ni­ver­si­té. « Par­cour­sup, c’est la face immer­gée de l’i­ce­berg », affirme Léonce Dou­lat. Et de citer « les coupes de bud­get chaque année, avec des places sup­pri­mées dans toutes les facs, la hausse des frais d’ins­crip­tion qui est une sélec­tion au por­te­feuille ». Quant à Par­cour­sup, « c’est une sélec­tion sociale et raciste », estime-t-il. « Si tu ne viens pas du bon lycée, si tu es enfant d’im­mi­gré, tu n’as pas les mêmes chances d’al­ler à la fac. »

Sur la ban­de­role ten­due devant le bâti­ment de la pré­si­dence, un slo­gan sym­bo­li­sant la lutte de l’U­nef et des sans-facs.

Pour le mili­tant de l’U­nef, la volon­té du gou­ver­ne­ment de « cas­ser l’u­ni­ver­si­té » est éga­le­ment à relier au reste de l’ac­tua­li­té : « Ils mettent en place le nou­veau ser­vice natio­nal, pen­sé exac­te­ment pour ceux qui sont refu­sés à Par­cour­sup. Si tu ne vas pas à la fac, que fais-tu de ta vie ? Soit tu vas tra­vailler à McDo, soit tu fais le nou­veau ser­vice mili­taire. C’est un peu ce que le gou­ver­ne­ment nous pro­pose. » Face à cela, le but de la cam­pagne des sans-facs est double, conclut Léonce Dou­lat. Il s’a­git ain­si « d’exi­ger le droit d’é­tu­dier — qui est un droit fon­da­men­tal — et de refu­ser cet ave­nir qu’on nous réserve ».

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