Université Grenoble Alpes. L’Unef lance la lutte contre la sélection après Parcoursup
Par Manuel Pavard
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Sur le campus de l’Université Grenoble Alpes, à Saint-Martin-d’Hères, les allées comme les amphis se vident progressivement, à mesure que sonne la fin de l’année universitaire dans les différentes filières. Mais pour les militants de l’Unef, l’heure n’est pas encore aux vacances. Assemblée générale le 5 mai, rassemblement le 12 mai — aux côtés de la CGT Université de Grenoble, de l’UEG ou de Solidaires étudiant-e‑s -, manifestations les 21 et 26 mai, conférence de presse le 2 juin, rencontre avec le président de l’UGA le 4 juin… Ces dernières semaines, le syndicat étudiant fait feu de tout bois, à la fois contre la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers et contre la sélection à l’entrée à l’université.

Deux luttes distinctes mais complémentaires car s’opposant à la vision, défendue par l’Unef, d’une université ouverte à toutes et tous. Preuve de l’utilité de ces combats, les trois semaines de mobilisation contre le décret Baptiste ont fini par faire reculer la présidence de l’UGA. Le ministre de l’Enseignement supérieur entendait en effet supprimer l’exonération des frais d’inscription différenciés pour les étudiants extra-communautaires. Lesquels devaient, selon le plan « Bienvenue en France » instauré en 2019, s’acquitter de droits multipliés par quinze ou seize : 2895 euros pour une année de licence et 3941 euros pour une année de master — contre respectivement 178 et 254 euros actuellement.

Finalement, seuls ces derniers montants seront dus pour l’année universitaire 2026–2027, l’Université Grenoble Alpes ayant décidé d’accorder une exonération totale des droits différenciés à tout étudiant qui en fait la demande. En revanche, l’augmentation prévue par le décret devrait s’appliquer à partir de septembre 2027. D’où la prudence affichée par le syndicat, qui se félicite toutefois de cette « première victoire ».
Parcoursup, 80 000 demandes à Grenoble, qui compte 60 000 étudiants
Désormais, les regards sont majoritairement tournés vers celles et ceux que l’on surnomme les « sans-facs ». Autrement dit les recalés de Parcoursup et Mon Master, soit des centaines de milliers de jeunes refusés en licence ou en master dans l’ensemble des universités françaises. C’est donc pour lancer sa campagne que l’Unef s’est adressée aux médias, devant le bâtiment de la présidence, le mardi 2 juin, jour du début de la phase d’admission sur Parcoursup.

« On entame une phase de permanence : toutes celles et tous ceux qui ont été refusés en licence et en master pourront nous contacter pour commencer à monter un collectif des sans-facs », explique Léonce Doulat, président de l’Unef Grenoble. Objectif, « exiger des inscriptions auprès de l’université ». De fait, poursuit l’étudiant, « chaque université en France a le pouvoir d’inscrire qui elle veut. C’est ce qu’on appelle un recours gracieux, qui relève du président de la fac. »

Combien sont-ils aujourd’hui à postuler à l’UGA et à se retrouver le bec dans l’eau, à trois mois de la rentrée ? « Parcoursup, c’est 80 000 demandes à Grenoble », indique Léonce Doulat. Mais difficile de déterminer précisément lesquelles s’apparentent à des sans-facs puisque les néo-bacheliers ont formulé plusieurs vœux — soit dans plusieurs universités, soit différents vœux dans la même fac. Néanmoins, « les 80 000 demandes sont juste pour les L1 alors que Grenoble compte 60 000 étudiants au total, donc il n’y a pas 60 000 places en licence. Ce n’est pas du tout à la hauteur », souligne-t-il, pointant « un manque de places criant ».
« Une sélection par l’argent assumée et décomplexée »
Léonce Doulat entend s’appuyer sur la dernière campagne menée par l’Unef qui a réussi à inscrire la dizaine d’étudiants mobilisés au sein du collectif des sans-facs, au début de l’année 2025–2026. Parmi eux, Cyprien, ex-sans-fac aujourd’hui étudiant en master, après avoir dû batailler à la même époque, l’an passé. « L’administration va dire aux lycéens qui sont refusés en licence ou aux étudiants de licence qui ne sont pas pris en master que c’est de leur faute », s’insurge-t-il. « Tout au long de ma licence, les profs nous ont répété que tous ceux qui valideraient leur licence seraient acceptés en master. Pourtant, j’ai validé mon année et on m’a refusé dans mon master qui était la suite logique. »

Dénonçant une « politique mise en place pour attaquer la jeunesse », Cyprien appelle l’ensemble des étudiants et des jeunes exclus via Parcoursup ou Mon Master à « s’organiser collectivement pour combattre les politiques d’austérité, les politiques racistes, nationalistes et anti-sociales ».

Autre sans-fac, Alara, étudiante turque en L3 souhaitant intégrer un master, fustige, elle, le bien mal-nommé plan « Bienvenue en France ». « Sous ce titre cynique, le gouvernement a institutionnalisé une sélection par l’argent assumée et décomplexée », accuse-t-elle. Appliquer des frais différenciés de 3000 à 4000 euros revient, selon elle, à « fermer les portes de l’enseignement supérieur public à des milliers de jeunes ».
« Refuser cet avenir qu’on nous réserve »
Alara incarne ainsi la synthèse entre les luttes contre « Bienvenue en France » et Parcoursup / Mon Master. Deux systèmes et dispositifs qui cachent une même logique de sélection à l’entrée à l’université. « Parcoursup, c’est la face immergée de l’iceberg », affirme Léonce Doulat. Et de citer « les coupes de budget chaque année, avec des places supprimées dans toutes les facs, la hausse des frais d’inscription qui est une sélection au portefeuille ». Quant à Parcoursup, « c’est une sélection sociale et raciste », estime-t-il. « Si tu ne viens pas du bon lycée, si tu es enfant d’immigré, tu n’as pas les mêmes chances d’aller à la fac. »

Pour le militant de l’Unef, la volonté du gouvernement de « casser l’université » est également à relier au reste de l’actualité : « Ils mettent en place le nouveau service national, pensé exactement pour ceux qui sont refusés à Parcoursup. Si tu ne vas pas à la fac, que fais-tu de ta vie ? Soit tu vas travailler à McDo, soit tu fais le nouveau service militaire. C’est un peu ce que le gouvernement nous propose. » Face à cela, le but de la campagne des sans-facs est double, conclut Léonce Doulat. Il s’agit ainsi « d’exiger le droit d’étudier — qui est un droit fondamental — et de refuser cet avenir qu’on nous réserve ».


