Échirolles. Le combat d’une maire : « La gauche peut et doit parler de sécurité »
Par Manuel Pavard
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Demande de création d’un commissariat, fermeture du Carrare... Depuis son arrivée à la mairie d’Échirolles, Amandine Demore a pris à bras-le-corps la lutte contre le narcotrafic. L’édile et candidate communiste aux municipales entend montrer comment la gauche peut s’emparer du thème de la sécurité, tout en se différenciant des propositions démagogiques de la droite.

Elle l’a annoncé publiquement début février mais les faits se sont produits trois semaines plus tôt. Dans la nuit du 12 au 13 janvier, le véhicule de service d’Amandine Demore a été incendié, en bas de son immeuble. À l’heure où nous écrivions ces lignes, la maire d’Échirolles, qui a déposé plainte, n’avait pas de nouvelles et n’était « pas sûre d’en avoir ». D’après les enquêteurs, « il ne restait presque plus rien de la voiture, ils ont eu du mal à trouver des indices », rapporte celle qui avait déjà été la cible de menaces et intimidations, dans les mois précédents. « Une fois, ils ont bloqué ma voiture dans le centre-ville, avec une moto devant, une moto derrière, raconte-t-elle. Là, je me dis « et s’il sort une arme ? »… » Amandine Demore n’a guère de doutes sur les motivations et le profil des auteurs, qui la visent pour son action contre le trafic de stupéfiants. Mais cette fois, « ils ont franchi un cap », estime l’édile. Sa famille était en effet présente cette nuit-là et les trafiquants souhaitaient, selon elle, lui faire passer un message : « Ils voulaient me montrer qu’ils savaient où j’habitais. »
Si cette attaque l’a naturellement secouée, sa « détermination » reste toutefois intacte. Car Amandine Demore entend poursuivre sa politique à la mairie d’Échirolles. Tête de liste d’une coalition regroupant les communistes, les insoumis unitaires, le collectif citoyen pour Échirolles, elle brigue en mars 2026 un nouveau mandat. Lequel serait le premier complet, l’ancienne première adjointe ayant été élue par le conseil municipal en novembre 2023, pour succéder à Renzo Sulli, démissionnaire.
« C’est la première fois que le dossier du commissariat est à l’étude »
Pour être reconduite aux commandes de la ville, la candidate mise notamment sur son action et ses propositions en matière de sécurité. À commencer par son combat pour l’ouverture d’un commissariat de plein exercice à Échirolles — qui compte un poste de police permettant seulement le recueil de plaintes, sur les jours ouvrés et en journée. Amandine Demore a ainsi multiplié les initiatives : rassemblement réunissant près de 500 habitants en novembre 2024, pétition signée par plus de 5 000 Échirollois, lettres à Emmanuel Macron, échanges avec les ministres de l’Intérieur successifs… Dont le dernier, Laurent Nuñez, auquel elle a écrit un courrier exposant la situation. « Il m’a répondu fin janvier et pour la première fois, la porte s’entrouvre, se félicite la maire. Il dit qu’il est attentif à mes observations et qu’il les transmet à la Direction générale de la police nationale, en vue d’un ‘examen approprié de ma requête’. »
Son travail de sape commence donc à payer. « C’est la première fois que le dossier est à l’étude. Maintenant, la balle est dans leur camp », souligne Amandine Demore, à l’intention du ministère et de la DGPN. Et d’ajouter : « Je n’abandonnerai pas. La question est celle du retour à la police de proximité, avec des effectifs attachés au territoire et connaissant la population. » Sa demande est en outre loin d’être abusive puisque la cinquantaine de postes associée à la création d’un commissariat « ne comblerait même pas tous les besoins ».
Autre sujet phare, le Carrare. En septembre 2024, la maire avait fait fermer et évacuer l’immeuble, alors point de deal majeur de l’agglomération, en plein centre-ville d’Échirolles. Un an et demi plus tard, des copropriétaires ont réclamé officiellement sa réouverture, le 20 février, après avoir réalisé les travaux exigés. Amandine Demore reste, elle, prudente : « La première commission de sauvegarde s’est tenue sous l’autorité de la préfète, avec métropole, ville, copropriétaires, et a donné des pistes de réflexion : redressement de la copropriété ou recyclage ? ». La configuration du Carrare, avec 82 petits appartements (studios ou T1) et « très peu de propriétaires occupants », ne facilite pas les choses. Sans oublier « une inquiétude partagée par tous — y compris les copropriétaires. Comment empêcher le narcotrafic de se réinstaller ? »
Sur ce point, une commune ne peut faire de miracles sans aide de l’État, concède l’élue PCF. Néanmoins, « la gauche peut et doit parler de sécurité, ce n’est pas un sujet de droite », affirme-t-elle, rappelant que les violences touchent d’abord les quartiers populaires. Pour elle, « c’est nous qui avons la solution sur la sécurité ». Avec des sujets, comme les caméras, qu’assume désormais la gauche. Et en « misant sur l’humain » : prévention et médiation, police de proximité… Amandine Demore n’a d’ailleurs aucune leçon à recevoir de la droite : « La déclaration de Sarkozy, « je ne veux plus voir les policiers jouer au ballon avec les gamins », c’est la plus grosse bêtise qu’il ait dite ! Je serais heureuse de voir ça. » La maire appelle par ailleurs à « revoir les modalités d’action ». Exemple, les opérations Place nette : « On a un bon partenariat en Isère avec la police, la préfecture, le parquet. Mais il faut penser aux sorties d’opération. Aujourd’hui, les habitants craignent même d’en avoir une dans leur quartier car après le départ des agents, les dealers reviennent et c’est encore pire qu’avant. »

Anthony Caillé, CGT Intérieur : « Nationaliser la police municipale »
Enquêteur à la Brigade de répression du banditisme et secrétaire général de la CGT Intérieur Police, Anthony Caillé vient de publier « Que peut la police ? » (Éditions de l’Atelier). Entretien avant sa venue à Échirolles, le 26 février, à l’invitation du PCF.
Dans quel état se trouve la police nationale aujourd’hui ?
Sarkozy a tout « flingué » et aujourd’hui, on est toujours sur une politique de perte d’effectifs (environ 140 000 policiers titulaires il y a vingt ans, 111 000 en 2022), même si on est un peu moins mal lotis que d’autres avec la LOPMI. Les policiers sont épuisés : 20 millions d’heures supplémentaires impayées, quelques millions de procédures en souffrance, 27 suicides en 2024 et à peu près autant en 2025, beaucoup de démissions et d’arrêts maladie… Ils s’interrogent sur le sens du métier car aujourd’hui, la police a uniquement une mission répressive et ne fait pas de prévention (hormis quelques exceptions, comme lors des JO 2024).
Comment refonder le lien si abîmé entre la police et la population ?
D’abord, revenir à des concours par filière de métiers : pour les enquêteurs, pour le commissariat… Puis la formation, qui ne doit plus dépendre du seul pouvoir de la police nationale mais se dérouler dans les universités, durant deux-trois ans, avec de l’histoire, du droit, de la sociologie. Le policier, qui arrive avec ses biais, sortirait avec une vue sur la société plus juste. Et avec une licence. Troisièmement, l’embauche : il faut remettre de la police de proximité et la sacraliser en créant une direction générale de la police de proximité — à laquelle seraient rattachés des effectifs dans les commissariats. Enfin, renouer avec notre mission de service public, au service de tous.
La CGT Intérieur se dit contre la police municipale. Pour quelles raisons ?
Déjà, en nationalisant les 30 000 policiers municipaux, on aurait 30 000 agents de police de proximité. On remet en question la fragmentation de la sécurité, qui est un service public. Or, il y a rupture d’égalité entre les citoyens, selon leur commune. Ensuite, le principe de redevabilité : à qui la police municipale rend-elle des comptes ? Au maire. C’est donc un instrument politique. En plus, ça coûte un pognon de dingue ! Les maires dépensent sans compter pour la police municipale, au détriment d’autres services. Ils filent de plus en plus de pouvoir aux policiers municipaux qui ne peuvent pourtant pas faire de police judiciaire, d’enquête ou de garde à vue, seulement des contrôles et interpellations. Notons aussi qu’il n’existe aucune doctrine d’emploi de la police municipale. Dans les communes où les agents sont armés, ils font ce qu’ils veulent, sans cahier des charges.
Qu’est-ce qu’une politique de gauche en matière de sécurité ?
Avant tout des actions de prévention. Remettre du collectif dans les quartiers, des médiateurs, des services… C’est aussi le rôle des mairies, qui ne peuvent pas se substituer à l’État sur le régalien. Une vraie politique de gauche de sécurité, c’est une sécurité sociale.
Manuel Pavard

Fontaine. La droite, c’est l’échec
La municipalité sortante de Fontaine a choisi le tout répressif et supprimé les dispositifs de prévention. Et c’est l’échec. Agir contre l’insécurité passe par la présence humaine.
Loin de la communication du maire sortant Franck Longo, les statistiques officielles sont sans appel. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, à Fontaine, les délits ont augmenté de 15,7 %, les violences physiques – hors cercle familial –, de 107 %, les coûts et blessures de 59 % les escroqueries de 45 % et les cambriolages de 5 % en 2024. Tandis que la délinquance progresse de 13,6 %, atteignant un niveau inédit dans le même temps.
Les choix de la municipalité de droite se sont avérés largement contre-productifs. Les médiateurs ont été supprimés, les services prévention ont fermé rue Aristide Briand et à la MJC, liquidée. Des fermetures et abandons au profit d’une politique du tout répressif : la vidéosurveillance n’a pas enrayé la dégradation de la situation.
Fermetures et campagnes médiatiques
Le tout répressif, c’est pourtant la voie dans laquelle la municipalité persiste aveuglément. Le maire et ses adjoints pourront verbaliser certaines infractions au moyen de procès-verbaux électroniques aux côtés des agents de la police municipale. Chaque mois, en 2025, le journal municipal consacre une page à vanter la répression, la sanction, ainsi que l’appel à la délation. Outre le déploiement de soixante-dix caméras, les habitants ont accès à une plateforme en ligne leur permettant de contacter la police municipale pour dénoncer des actes dont ils auraient été témoins.
Il n’en demeure pas moins que la tranquillité publique et la sécurité ne se décrètent pas à coup de déclarations médiatiques. Elle se construit dans la durée, par la présence humaine. A Fontaine le sentiment d’insécurité est réel pour une partie de la population et la dégradation de la situation est une réalité. La disparition des lieux de socialisation, des adultes référents et des dispositifs de prévention de proximité voulus par la municipalité sortante a contribué à cette évolution négative.
Maryvonne Mathéoud

Les propositions de la gauche fontainoise
Claudine Didier, qui conduit la liste d’union de la gauche « Fontaine nous rassemble », a présenté les propositions de son équipe pour combattre l’insécurité. Le développement d’une police municipale de proximité, tout d’abord, complémentaire de l’État, fondée sur la présence à pied, la connaissance fine des quartiers et la formation à la médiation. Une action conjointe avec l’État et la justice, ensuite, chacun dans son rôle dans une coordination régulière, associant mairie, police, bailleur, justice et faire de la prévention une priorité partagée. L’objectif sera de former à la médiation les agents municipaux, animateurs et éducateurs. Des « marches exploratoires », notamment avec les femmes, les seniors et les personnes en situation de handicap permettront d’améliorer l’éclairage, l’entretien et l’aménagement des espaces publics.
Maryvonne Mathéoud


