Grenoble. Nouvelle mobilisation lycéenne le 13 octobre : « le mouvement ne faiblit pas »

Par Manuel Pavard

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Sept lycéens et lycéennes représentant cinq lycées grenoblois ont animé la conférence de presse, aux côtés d'une étudiante syndiquée à l'Union étudiante de Grenoble (UEG).
À la veille d'une nouvelle journée de grève et de manifestation, à l'appel des organisations lycéennes, étudiantes et enseignantes, la coordination inter-lycées de Grenoble organisait une conférence de presse, ce lundi 12 octobre, à la Maison des associations. L'occasion, pour les lycéens, de rappeler leurs revendications, tout en réaffirmant leur détermination à ne rien lâcher tant que celles-ci n'auront pas été satisfaites. Avec en ligne de mire la grande mobilisation du 17 octobre et cet espoir d'une convergence des luttes tant redoutée par le gouvernement.

Pour le gou­ver­ne­ment, c’est la semaine de tous les dan­gers ; pour les lycéens, celle de tous les espoirs. Mais s’il y a bien une (rare) chose sur laquelle s’ac­cordent les deux par­ties, c’est sur l’im­por­tance de cette troi­sième semaine de mobi­li­sa­tion lycéenne — ren­for­cée par les étu­diants et ensei­gnants. Mani­fes­ta­tions mar­di 13 et jeu­di 15 octobre, retour atten­du des Gilets jaunes same­di 17 octobre, sans comp­ter les blo­cages de lycées et les appels à la grève dans l’É­du­ca­tion natio­nale dès ce lun­di 12 octobre : une séquence aus­si explo­sive qu’in­dé­cise. C’é­tait donc le bon moment pour la coor­di­na­tion inter-lycées de Gre­noble de faire entendre sa voix, à l’oc­ca­sion d’une confé­rence de presse orga­ni­sée à la Mai­son des asso­cia­tions.

Mani­fes­ta­tion lycéenne, le 6 octobre, à Gre­noble.

Sept lycéen·nes repré­sen­tant cinq lycées gre­no­blois (Argouges, Cham­pol­lion, Sten­dhal, Mou­nier et Eaux-Claires) — mais s’ex­pri­mant au nom de tous les lycées de l’ag­glo­mé­ra­tion et « en lien avec les élèves de Bour­goin-Jal­lieu, Mey­lan, Vizille, etc » — et une étu­diante de l’U­ni­ver­si­té Gre­noble Alpes (UGA), mili­tante à l’U­nion étu­diante de Gre­noble (UEG), s’a­dressent tour à tour à un par­terre de jour­na­listes, élus et syn­di­ca­listes. Un bel exemple d’u­ni­té et d’or­ga­ni­sa­tion de la part d’é­lèves qui, sou­vent, ne se connais­saient pas il y a moins d’un mois.

« Nous ne demandons pas à apprendre moins mais à apprendre mieux »

« Nous ne sommes pas ici pour récla­mer des pri­vi­lèges », expose en pré­am­bule une lycéenne. Mais bien pour poser « des ques­tions » res­tées à ce jour sans réponses. « Les classes sur­char­gées, les pro­fes­seurs man­quants, les AESH insuf­fi­sam­ment dis­po­nibles face aux besoins, les emplois du temps très denses, un manque de pro­fes­sion­nels de san­té et d’o­rien­ta­tion, les bâti­ments par­fois dégra­dés, voi­là la réa­li­té que nous vou­lons voir prise au sérieux », sou­ligne-t-elle.

Les lycéens rap­pellent les chiffres, édi­fiants. Exemple : « 9,8% des heures d’en­sei­gne­ment n’ont pas été assu­rées dans les éta­blis­se­ments publics du second degré en 2024–2025, notam­ment en rai­son du non-rem­pla­ce­ment des ensei­gnants absents. » Et de s’in­ter­ro­ger : « Com­ment deman­der à tous les lycéens d’at­teindre les mêmes objec­tifs lorsque le temps d’en­sei­gne­ment n’est pas tou­jours assu­ré ? Nous deman­dons des rem­pla­ce­ments plus effi­caces, des effec­tifs mieux adap­tés et des moyens humains à la hau­teur des besoins. »

Le cor­tège par­ti du cam­pus, le 8 octobre, en direc­tion de la pré­fec­ture.

Les repré­sen­tants de la coor­di­na­tion inter-lycées entendent bien tordre le cou à cer­taines idées reçues et aux cli­chés men­son­gers col­por­tés par les médias et élus de droite et d’ex­trême droite : « Nous ne deman­dons pas à apprendre moins, nous deman­dons à apprendre mieux ». Mieux mais aus­si plus intel­li­gem­ment. Car, ajoutent-ils, « l’exi­gence sco­laire ne doit pas deve­nir une course à l’é­pui­se­ment ».

Lycéens et étudiants unis contre Parcoursup

« Nous vou­lons une école qui fonc­tionne mieux », affirment par ailleurs les lycéens. « Et nous ne sommes pas contre les exi­gences, mais nous vou­lons que les moyens soient à la hau­teur de ces exi­gences. » Pour autant, tous affichent une convic­tion : celle que « [leur] ave­nir ne devrait pas res­sem­bler à une com­pé­ti­tion per­ma­nente ». Les valeurs ultra-libé­rales n’ont pas leur place dans l’é­du­ca­tion, estiment ces élèves, qui en viennent natu­rel­le­ment à « dénon­cer les limites de Par­cour­sup », fac­teur d’ag­gra­va­tion des inéga­li­tés de départ.

Sur ce point, les posi­tions dif­fèrent, entre celles et ceux qui sou­haitent « un accom­pa­gne­ment ren­for­cé sur Par­cour­sup » et les par­ti­sans d’une sup­pres­sion du dis­po­si­tif. Quoi­qu’il en soit, ce com­bat a aus­si per­mis de dres­ser des ponts avec celui des étu­diants de l’U­GA, qui luttent depuis le début de l’é­té pour ins­crire les sans-facs refu­sés sur Par­cour­sup. Des étu­diants qui, depuis une semaine, ont rejoint les lycéens dans la rue et seront de nou­veau à leurs côtés ce mar­di 13 octobre.

Les jeunes mani­fes­tants applau­dis par leurs aînés, le 6 octobre, place Vic­tor-Hugo.

« On est une jeu­nesse et on était sur les bancs des lycées il y a encore quelques mois ou quelques années pour la plu­part d’entre nous », explique la syn­di­ca­liste de l’UEG pré­sente ce lun­di. Elle cite le chiffre qui dit tout : « Avec Par­cour­sup, ce sont plus de 126 000 per­sonnes qui ont été reca­lées de la phase prin­ci­pale. La sélec­tion com­mence là mais elle conti­nue après avec Mon Mas­ter. » De fait, si l’en­sei­gne­ment supé­rieur a « ses thé­ma­tiques qui lui sont propres », à l’ins­tar du coût de la vie étu­diante, la plu­part des reven­di­ca­tions étu­diantes font écho à celles des lycéens et même des ensei­gnants. Tous vic­times, à leur niveau, du manque de moyens.

« La répres­sion poli­cière révolte de plus en plus les gens, dont les profs et nos parents. Et les gens qui étaient réti­cents à prendre part au mou­ve­ment sont tel­le­ment cho­qués par cette vio­lence qu’au final, ils nous rejoignent. »

L’é­tu­diante n’hé­site pas en outre à féli­ci­ter ses jeunes cama­rades. « Ils sont en train de nous mon­trer la voie, ça fait long­temps qu’on n’a pas vu un mou­ve­ment social ayant une telle force », salue-t-elle. Un mou­ve­ment dont la puis­sance effraie le gou­ver­ne­ment et les pou­voirs publics qui, une fois encore, répondent par la force brute et bru­tale. Main arra­chée, mâchoire fra­cas­sée, jeune ébor­gné… Les images des vio­lences poli­cières sont res­tées impri­mées sur les rétines et dans les têtes. Avec près de 7 000 inter­pel­la­tions depuis le début du mou­ve­ment lycéen, la répres­sion a ain­si atteint un niveau inédit.

« On ne s’y atten­dait pas for­cé­ment », avoue un lycéen de Mou­nier au micro. Pour une par­tie des élèves néan­moins, ce n’est pas une nou­veau­té. « Dans mon lycée, à Mou­nier, il y a beau­coup de jeunes des quar­tiers popu­laires, pour­suit-il, donc on est habi­tués à se faire contrô­ler par les poli­ciers, à rece­voir des insultes racistes, ce genre de choses… » Tous sont en tout cas pro­fon­dé­ment cho­qués de l’ex­ploi­ta­tion média­tique de leur mou­ve­ment, avec ces chaînes, comme CNews ou BFM, qui « pré­fèrent par­ler en boucle des pou­belles brû­lées que des jeunes gazés et tabas­sés par des CRS ».

Pan­cartes dans le cor­tège lycéen, le 6 octobre, à Gre­noble.

Les lycéens appré­cient en revanche de voir le gou­ver­ne­ment pris à son propre piège. Celui espé­rait en effet — tac­tique clas­sique — ter­ro­ri­ser et décou­ra­ger les jeunes mani­fes­tants et bien sûr leurs parents. En réa­li­té, « ça fait l’ef­fet inverse », constate une lycéenne. « La répres­sion poli­cière révolte de plus en plus les gens, dont les profs et nos parents. Et les gens qui étaient réti­cents à prendre part au mou­ve­ment sont tel­le­ment cho­qués par cette vio­lence qu’au final, ils nous rejoignent. »

Aucune manipulation ni récupération

Quant aux accu­sa­tions de col­lu­sion, voire de mani­pu­la­tion par cer­tains par­tis de gauche, notam­ment LFI, cela les fait sou­rire. « Nous, les lycéens, on est poli­ti­sés et intel­li­gents, on a nos propres reven­di­ca­tions », assènent-ils. « Il n’y a aucun récu­pé­ra­tion poli­tique. C’est juste que les mili­tants de gauche sont dans la rue et sur les blo­cages avec nous, et on a des valeurs com­munes — plus qu’a­vec la droite — donc leur sou­tien est bien­ve­nu. »

La coor­di­na­tion inter-lycées a désor­mais en ligne de mire les grosses mobi­li­sa­tions à venir. Celle de ce mar­di 13 octobre d’a­bord, avec trois cor­tèges par­tant de dif­fé­rents points de l’ag­glo­mé­ra­tion gre­no­bloise [NDLR : voir enca­dré] pour se rejoindre et for­mer un cor­tège unique, qui relie­ra Cha­vant à la pré­fec­ture, via le rec­to­rat. Puis, rebe­lote jeu­di 15 octobre, avec une nou­velle mani­fes­ta­tion dans les rues de Gre­noble. Avant le grand ren­dez-vous du same­di 17 octobre qui doit mar­quer, par­tout en France, le retour des Gilets jaunes, en lutte notam­ment contre l’aug­men­ta­tion du coût de la vie et l’aus­té­ri­té bud­gé­taire.

« Ça ne s’arrêtera pas tant que l’on n’a pas ce qu’on veut »

Une date qui fait cau­che­mar­der le gou­ver­ne­ment. Lequel redoute plus que tout cette fameuse « conver­gence des luttes » qu’ap­pellent de leurs vœux les lycéens et lycéennes pré­sents dans la salle. Et si les auto­ri­tés misaient sur les vacances sco­laires, qui débutent en fin de semaine, pour éteindre les feux de la contes­ta­tion, elles risquent d’être déçues, pré­vient la coor­di­na­tion. « On va blo­quer nos lycées jus­qu’aux vacances, ensuite, on va s’or­ga­ni­ser encore plus que main­te­nant et on blo­que­ra autre chose. »

La conver­gence des luttes entre sala­riés, lycéens et étu­diants, cau­che­mar du gou­ver­ne­ment.

Un chose est sûre, les lycéens ne sont pas prêts à agi­ter le dra­peau blanc et réfutent fer­me­ment les pro­pos de la pré­fec­ture évo­quant un essouf­fle­ment du mou­ve­ment. « La mobi­li­sa­tion ne fai­blit pas et ne fai­bli­ra pas », lancent-ils d’une seule voix. Et d’a­ver­tir : « Pour nous, ce n’est que le début. Et ça ne s’ar­rê­te­ra pas tant que l’on n’a pas ce qu’on veut ! »

Mardi 13 octobre, trois départs, un point de convergence, une direction

Trois points de départ sont pré­vus pour la mani­fes­ta­tion gre­no­bloise, ce mar­di 13 octobre : à 10h30 à l’ar­rêt Biblio­thèques uni­ver­si­taires, sur le cam­pus de l’U­GA ; à 10h devant l’Ins­ti­tut de géo­gra­phie alpine, ave­nue Marie-Rey­noard ; à 11h devant le lycée Les Eaux-Claires. Les trois cor­tèges se rejoin­dront ensuite du côté de Cha­vant, aux alen­tours de midi, pour prendre la direc­tion du rec­to­rat, avant l’ar­ri­vée place de Ver­dun, devant la pré­fec­ture de l’I­sère.

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