Grenoble. « On prépare le bac, on nous envoie la BAC » : le ras-le-bol des lycéens
Par Manuel Pavard
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Assis sur un muret, derrière l’arrêt de tram Mounier, le petit groupe de lycéens n’est pas peu fier de sa « punchline ». Ousmane et Rayan [les prénoms ont été modifiés] la ressortent en chœur : « On prépare le bac et on nous envoie la BAC ! » Derrière la formule et la rime se cache toutefois une triste réalité. Car depuis la veille, une bonne partie des élèves du lycée Mounier ont expérimenté la répression policière et les jets de grenades lacrymogènes. Le prix à payer pour un établissement qui se trouve une nouvelle fois à l’épicentre de la contestation dans le département.

Dès le lundi 28 septembre, le lycée Mounier a ainsi été bloqué, à l’aide notamment de poubelles brûlées ou renversées, disséminées devant le portail d’entrée et sur les rams du tramway. Un blocage reconduit dès le début de matinée, ce mardi 29 septembre, à Mounier donc mais aussi aux lycées André-Argouges, Stendhal, Les Eaux-Claires, Vaucanson, Lesdiguières, Le Clos d’Or, Marie-Curie (à Échirolles)… Soit « une dizaine d’établissements scolaires, majoritairement dans l’agglomération grenobloise », selon la préfecture de l’Isère.

De retour de la manifestation des agents de la fonction publique, qu’ils ont rejoints le matin au sein d’un important cortège lycéen, les lycéens précités tentent de synthétiser leurs principales revendications. Celles-ci mêlent, pêle-mêle, des demandes liées à leurs conditions d’études — des classes trop chargées aux salles trop chauffées -, au manque de professeurs, à la sélection jugée « injuste » sur Parcoursup, aux nouvelles restrictions vestimentaires…
Les moyens et la liberté
« Même nous, aujourd’hui, on était en grève en tant que prof pour dire ‘le gouvernement nous prend pour des cons depuis très longtemps’. Et ça, les élèves le ressentent aussi, même s’il ne l’expriment pas de cette façon », explique une enseignante au lycée professionnel Mounier [NDLR : lycée polyvalent, Mounier propose des voies générale, technologique et professionnelle], syndiquée au SNUEP-FSU et venue en soutien sur le blocage, ce mardi midi.

Selon elle, les revendications lycéennes se répartissent en deux catégories principales. Tout d’abord la question des moyens et des conditions d’études, prioritaire dans tous les établissements mobilisés. « Le lycée Mounier est quand même plutôt bien doté mais ce n’est pas le cas partout : il y a plein de lycées où le bâti est en mauvais état, où il n’y a pas assez d’ordinateurs, pas assez de vidéo-projecteurs, etc. Tout ça, les élèves le voient et ça les saoule ! »
La deuxième grande question est, elle, liée à la « liberté » ou plutôt l’absence de liberté. « C’est la tenue professionnelle qu’on leur impose, c’est l’obsession autour du voile et des signes religieux », détaille l’enseignante. « Ils ressentent aussi une forme de discrimination sur le mode ‘t’es en jogging, t’es en crocs, bah tu dégages’. Donc plus globalement, ils en ont ras-le-bol ! »
« Nos élèves se sont habitués à cette répression. (…) Pour eux, manger des lacrymos, c’est devenu normal. »
Et puis, impossible de ne pas évoquer les interventions des forces de l’ordre, après une matinée passée à jouer au chat et à la souris pour de nombreux lycéens. Dans son bilan communiqué en fin de journée, la préfecture annonce dix-sept interpellations, « principalement pour des faits de violences à l’encontre de représentants de l’autorité publique et dégradations ». Mais pour la professeur de Mounier syndiquée au SNUEP, « la répression policière n’a fait qu’accentuer la colère » des lycéens.

Son constat est même terrible et particulièrement symptomatique d’une époque : « On se disait avec les collègues que nos élèves se sont habitués à cette répression. Là, ils voient les flics arriver, il y a une vague, ils courent tous et ils reviennent direct. Pour eux, manger des lacrymos, c’est devenu habituel, normal. Ils se disent que la police fait ça… Et clairement, ça les calme pas du tout, ils attendent la deuxième manche, pour refaire le match. »
Un élève de première passant à proximité ne dit pas autre chose : « Vous savez, quand on vient d’un quartier, on a grandi avec les contrôles et la violence policière… Ce n’est pas parce qu’on est au lycée que ça va s’arrêter. » Ce traitement répressif de la jeunesse désolé profondément l’enseignante : « À aucun moment, l’institution ne vient les voir en leur demandant quelles sont leurs demandes. On leur envoie une seule chose : la police ! »



