Grenoble. Heurts entre élus LFI et policiers municipaux : le conseil municipal reporté
Par Manuel Pavard
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« Une honte », « du jamais vu »… Les mots employés sont forts et traduisent l’indignation de Laurence Ruffin après ces nouveaux faits impliquant le groupe grenoblois de la France insoumise. Une affaire qui pourrait laisser des traces et marquer un point de non-retour dans les relations entre LFI et la majorité municipale à Grenoble. À la suite des heurts survenus ce mardi 29 septembre entre les élus insoumis et des policiers municipaux, la maire a en effet annoncé l’ouverture d’une enquête administrative et le report du conseil municipal, qui sera « reconvoqué dans un bref délai ».
Alors, que s’est-il passé exactement en marge de la séance, ce mardi matin ? Sur ce point, les versions diffèrent assez nettement selon les parties. Le conseil municipal venait de débuter par l’appel — les élus LFI n’étaient d’ailleurs pas encore présents — puis un hommage rendu par Laurence Ruffin à différentes personnes, dont Jean Giard, récemment disparu. « Pendant ces hommages, on a entendu du bruit et des heurts dans le hall, qui faisaient suite à des altercations entre les agents et des élus LFI qui voulaient tenir une manifestation », raconte-t-elle. « Or, notre règlement intérieur ne permet pas de manifestation au sein du conseil municipal. »
Pancartes ou stickers ?
Les insoumis ont voulu rentrer dans la salle du conseil, « ce qui a donné lieu à des violences de ces élus contre des policiers municipaux », poursuit la maire de Grenoble, qui a « dû suspendre la séance, le temps d’avoir les premiers éléments de l’enquête ». Selon ces premiers éléments, Allan Brunon, président du groupe LFI Grenoble, et ses colistiers entendaient protester contre le jumelage de Grenoble avec la ville israélienne de Rehovot. Un sujet que les insoumis espéraient inscrire à l’ordre du jour de ce conseil municipal, avant de voir leur délibération repoussée par la municipalité.

Certaines informations faisaient état de pancartes avec les inscriptions « Palestine Ruffin censure », que ces élus auraient tenté d’introduire au conseil. Affirmation que conteste fermement Allan Brunon. « Nous n’étions pas en train de manifester, nous avions des stickers sur nos ordinateurs », dément le conseiller municipal. « Par contre, c’est vrai qu’on n’a pas le droit de rentrer avec des banderoles mais je mets au défi quiconque de trouver une seule banderole de la part de mon groupe politique. »
« C’est d’autant plus grave que l’on est sur une journée de mobilisation où des milliers de Grenoblois sont dans la rue pour soutenir le service public. »
Quoiqu’il en soit, le ton est monté et les choses se sont rapidement envenimées entre les élus LFI et les policiers municipaux cherchant à leur barrer l’accès au conseil. Une violente empoignade, possiblement assortie de coups. De la part de qui ? Là encore, les récits s’opposent. Laurence Ruffin entend « laisser la justice faire son travail », le parquet de Grenoble confirmant avoir ouvert une enquête. Mais d’après les éléments qui lui ont été communiqués par la police municipale, il y aurait eu « des faits de violences et des coups portés de la part d’élus, ce qui est particulièrement grave ».
Trois agents de la police municipale, légèrement blessés, ont dû se rendre à l’hôpital et cinq de ces policiers municipaux ont déposé plainte pour « violences sur personne dépositaire de l’autorité publique ». « C’est d’autant plus grave que l’on est sur une journée de mobilisation où des milliers de Grenoblois sont dans la rue pour soutenir le service public. Et moi, je sais à quel point les agents sont essentiels pour la bonne réalisation de notre service public », assène Laurence Ruffin, désireuse de marquer son « complet désaccord envers ce type de fonctionnement qui abîme la démocratie ».
LFI dépose plainte également
De leur côté, les conseillers municipaux LFI livrent sans surprise une tout autre version des faits. Allan Brunon dénonce ainsi « les violences de ces agents de police qui nous ont insultés, qui nous ont attrapés à la gorge. Il y a un constat médical — le premier d’une série à venir — qui atteste du fait que ma collaboratrice a le poignet tuméfié. » La France insoumise a ainsi fourni à la presse une copie de ce certificat médical.

Le groupe LFI assure par ailleurs que la conseillère municipale Kenza Doukhi a subi « une entorse attestée par médecin suite à l’agression d’un agent de la police municipale ». Ce qui lui a valu un arrêt de travail prescrit jusqu’au 20 octobre, ainsi qu’une béquille et une attelle pendant dix jours. Allan Brunon, lui aussi blessé selon ses dires, annonce ainsi que la France insoumise va également déposer plainte pour « violences » contre les agents impliqués.
Laurence Ruffin « n’accepte aucun acte de violence »
Pour Laurence Ruffin, c’est pourtant ce dernier qui est le premier responsable de la situation actuelle. Elle pointe ainsi les « dérives de violences manifestes de la part du président local de la FI ». Dérives qui se traduisent de différentes manières, selon elle. « On voit qu’on a, de conseil municipal en conseil municipal, une augmentation de la violence », s’insurge l’édile. « Je pense que l’affaire Barbara Butch était elle-même un élément marquant de cette montée de la violence, avec le fait de s’en prendre à une femme seule sur scène et de montrer qu’on est prêt à tout pour faire du buzz médiatique ».
La maire le répète, « il n’est pas acceptable d’avoir des actes de violence, quelles que soient les raisons », dans l’enceinte du conseil municipal et plus globalement à Grenoble. Rappelant qu’il n’y a « pas de co-construction sur des dossiers puisque LFI est dans l’opposition et pas dans l’exécutif », Laurence Ruffin réaffirme néanmoins avoir « toujours porté à Grenoble l’union de la gauche, des écologistes et des citoyens ».

Pour elle, « ce qui relie la gauche dans son ensemble, c’est la défense des services publics, de la santé, de l’école, la justice fiscale… » Des sujets sur lesquels la gauche doit pouvoir s’unir et se rassembler, à l’échelle locale comme au niveau national… Mais pas à n’importe quel prix. Et de marteler : « Sur la manière de faire, nous n’acceptons aucun acte de violence ! »
Pour le PCF, « ce n’est pas en cartonnant la gauche qu’on est plus fort contre la droite et l’extrême droite »
La section de Grenoble Meylan du PCF a réagi dans un communiqué, jugeant la situation « inacceptable ». Sans nier les désaccords qui peuvent exister à gauche, elle estime que ceux-ci doivent être assumés « sur le terrain politique, dans le respect des personnes et du cadre démocratique », et non par « la violence » ou « l’intimidation ». Pour les communistes, La France insoumise a fait le choix de l’opposition à Grenoble, une position qu’ils considèrent comme « parfaitement légitime », celle-ci devant permettre de contester, proposer des alternatives et contrôler l’action de la majorité. Cependant, « la radicalité d’une position politique ne se mesure pas à la violence des mots ou des comportements », soulignent-ils mais aux propositions et aux actes.
La section PCF demande en outre que les faits survenus au conseil municipal soient « clairement établis et mis en lumière ». Avant d’élargir sa critique au contexte national : « À l’heure où la droite et l’extrême droite progressent, ce n’est pas en cartonnant la gauche que nous serons plus forts pour les combattre », affirme-t-elle. Et d’ajouter : « Ce n’est pas par la violence que l’on élargit l’indispensable soutien à la lutte du peuple palestinien contre le génocide et l’épuration ethnique dont il est l’effroyable victime. »
« Entre mouvements de gauche, nous continuerons à avoir des désaccords, parfois même importants », poursuivent les communistes grenoblois. « Mais nous voulons les avoir sur le terrain politique, dans le respect des personnes et du cadre démocratique. » Le PCF assure ainsi vouloir continuer à « construire une majorité qui empêchera la droite et l’extrême droite de dominer le pays ». Ceci, « pour les citoyens et citoyennes, pour l’intérêt général, pour combattre l’injustice sociale face à un gouvernement qui gonfle les fortunes et réduit le pouvoir d’achat, pour la paix dans le monde et la solidarité avec les peuples victimes de l’oppression, en Palestine notamment », conclut la section.


