Guillaume Lissy nouveau président de la Métropole : « Avions-nous le choix ? »

Par Manuel Pavard

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Le nouveau président de la Métropole Guillaume Lissy et la maire de Grenoble Laurence Ruffin, première vice-présidente, affichent leur souhait de travailler en binôme et de redonner sa place à la ville-centre.
La Métropole de Grenoble a enfin un président ! Une semaine après l'interminable séance du 23 avril avortée par le malaise de Guillaume Lissy, le maire PS de Seyssinet-Pariset a été élu à la présidence ce jeudi 30 avril, grâce à un accord conclu dans la nuit entre la gauche et les "petites communes". Une alliance qui a vu ces groupes se répartir les vingt vice-présidences - dont quatre pour les élus communistes - avec deux premiers vice-présidents : la maire de Grenoble, Laurence Ruffin, et celui de Jarrie, Raphaël Guerrero, qui a retiré sa candidature. Mais non sans susciter de fortes tensions avec LFI.

« C’est un hon­neur immense pour moi et qui est cer­tai­ne­ment à la hau­teur de la charge très lourde qui vient de se por­ter sur mes épaules. » Les pre­miers mots de Guillaume Lis­sy, élu pré­sident de la Métro­pole de Gre­noble ce jeu­di 30 avril, avec 87 voix sur 110, étaient par­ti­cu­liè­re­ment élo­quents. Pas de place pour le triom­pha­lisme dans les paroles du suc­ces­seur de Chris­tophe Fer­ra­ri — dont l’ab­sence dans l’hé­mi­cycle a été très remar­quée — qui « mesure à la fois la com­plexi­té, la par­ti­cu­la­ri­té mais aus­si la sen­si­bi­li­té de la tâche » se pré­sen­tant devant lui.

Guillaume Lis­sy s’ins­talle dans son nou­veau fau­teuil, juste après son élec­tion.

Si son élec­tion a été bou­clée en à peine une heure ce jeu­di, le maire de Seys­si­net-Pari­set avait bien conscience en effet que le conseil métro­po­li­tain avait « tou­ché le fond » jeu­di 23 avril. Une chute qui l’a­vait d’ailleurs entraî­né direc­te­ment puisque c’est à la suite de son malaise, juste avant le tour déci­sif, vers 2 heures du matin, que la séance avait dû être repor­tée. Le tout après d’in­ter­mi­nables sus­pen­sions de séance et près de treize heures d’at­tente.

Guillaume Lissy vante un « accord gagnant-gagnant »

Mal­gré l’ac­cord de der­nière minute noué avec les insou­mis, qui avait conduit Allan Bru­non à reti­rer sa can­di­da­ture au troi­sième tour le 23 avril, Guillaume Lis­sy a repris les négo­cia­tions tout au long de la semaine, en quête d’une majo­ri­té plus confor­table. « Nous aurions pu élire un pré­sident au for­ceps, au troi­sième tour, mais aucune force ici n’a de majo­ri­té seule pour pilo­ter de manière stable et durable notre assem­blée déli­bé­rante », a‑t-il affir­mé.

Pen­dant le vote, au pre­mier plan les com­mu­nistes mar­ti­né­rois Jérôme Rubes et David Quei­ros, der­rière eux Guillaume Lis­sy.

Certes, « une majo­ri­té existe à gauche pour élire un pré­sident », en addi­tion­nant les voix des éco­lo­gistes, com­mu­nistes et socia­listes sou­te­nant Guillaume Lis­sy et celles des élus LFI. « Mais il n’y a pas assez d’é­lus pour assu­mer un bud­get », a sou­li­gné le nou­veau pré­sident. Ni « pour voter un exé­cu­tif, pour voter une déli­bé­ra­tion ou même une délé­ga­tion de signa­tures qui per­mettent de vali­der un bon de com­mande dans notre col­lec­ti­vi­té qui ne peut pas être para­ly­sée par nos seuls débats ».

Le conseil métro­po­li­tain écoute le nou­veau pré­sident pro­non­cer son pre­mier dis­cours.

C’est ce qui l’a pous­sé à cher­cher un « com­pro­mis », fina­le­ment enté­ri­né dans la soi­rée, quelques heures avant le début du conseil. « Un accord gagnant-gagnant » entre les forces de gauche et le groupe NMC repré­sen­tant les « petites com­munes ». « Ce n’est pas le maire de Seys­si­net-Pari­set qui l’emporte, c’est un trait d’u­nion entre Gre­noble, Échi­rolles, Saint-Mar­tin-d’Hères, et toutes les villes de la métro­pole ; entre la rura­li­té et la cen­tra­li­té », a lan­cé Guillaume Lis­sy. « Per­sonne ne perd. »

Allan Brunon dénonce une « honte »

Pour cela, il a fal­lu que Raphaël Guer­re­ro, can­di­dat la semaine pré­cé­dente, se désiste. « J’ai pris la déci­sion de m’ef­fa­cer au pro­fit du col­lec­tif », a décla­ré le maire de Jar­rie, réfu­tant le terme de « défaite ». « Le nous doit tou­jours pri­mer sur le je », a‑t-il ajou­té, sui­vi dans sa déci­sion par une par­tie de la droite et du centre, mais pas l’in­té­gra­li­té — neuf voix se sont por­tées sur Raphaël Guer­re­ro, pour­tant pas can­di­dat, ce jeu­di 30 avril.

Can­di­dat le 23 avril, Raphaël Guer­re­ro s’est désis­té et sera pre­mier vice-pré­sident, comme Lau­rence Ruf­fin.

Cette alliance a néan­moins fait une vic­time, la France insou­mise, désor­mais exclue de l’é­qua­tion. « Quelle honte ! », a ton­né à plu­sieurs reprises Allan Bru­non, qui a donc déci­dé d’être de nou­veau can­di­dat, obte­nant dix voix. Et qui a adres­sé des mots très durs à Guillaume Lis­sy, évo­quant « le spectre d’une fusion tech­nique avec la droite réac­tion­naire, la pire qui soit ». Plu­tôt que le com­pro­mis invo­qué par le pré­sident, l’é­lu LFI a, lui, fus­ti­gé « une fusion tech­nique de com­pro­mis­sion et même de sou­mis­sion ».

Allan Bru­non a crié sa colère face à ce qu’il qua­li­fie de « sou­mis­sion » à la droite.

Allan Bru­non l’a mar­te­lé, « nous ne vou­lions aucune vice-pré­si­dence ». Cela n’a pour­tant pas suf­fi, a‑t-il regret­té, accu­sant le reste de la gauche d’a­voir « pré­fé­ré dis­cu­ter avec la droite plu­tôt qu’a­vec LFI ». Et l’in­sou­mis d’i­ro­ni­ser sur les pré­ten­dus « bons ges­tion­naires » qui devraient faire « DRH d’une grande entre­prise, et non de la poli­tique à la Métro­pole de Gre­noble ». Ce, non sans glis­ser un petit tacle aux élus de la majo­ri­té gre­no­bloise, obli­gés d’a­va­ler des cou­leuvres, à savoir « plu­sieurs vice-pré­si­dents de droite ».

« Alors que l’ex­trême droite est aux portes du pou­voir, pou­vions-nous décem­ment ne pas essayer de trou­ver un che­min entre nous ? »

« Ces mots [NDLR : d’Al­lan Bru­non] me touchent », a réagi Guillaume Lis­sy, depuis le fau­teuil de pré­sident. « Ces frac­tures ter­ri­to­riales, ces fos­sés poli­tiques, ces res­sen­ti­ments per­son­nels peuvent-ils être dépas­sés ? », s’est-il inter­ro­gé, avouant avoir « des doutes pro­fonds ». Mais dans le contexte actuel, mar­qué par la crise cli­ma­tique et sociale, l’ex­clu­sion, les guerres, « alors que l’ex­trême droite est aux portes du pou­voir, pou­vions-nous décem­ment ne pas essayer de trou­ver un che­min entre nous ? », a‑t-il deman­dé aux élus LFI et plus lar­ge­ment à l’en­semble du conseil métro­po­li­tain.

Guillaume Lis­sy dit mesu­rer la dif­fi­cul­té de la tâche qui l’at­tend.

« J’en­tends les cri­tiques mais avions-nous le choix ? », a pour­sui­vi Guillaume Lis­sy. Face à des élus de gauche dont il dit com­prendre « l’in­com­pré­hen­sion, l’in­quié­tude, les doutes », le pré­sident s’est vou­lu ras­su­rant, assu­rant « ne renier aucune de [ses] convic­tions et valeurs ». « La Métro­pole aura donc un pré­sident clai­re­ment à gauche », a‑t-il pro­mis. « Mais aus­si clai­re­ment déter­mi­né à écou­ter et à trou­ver le che­min du com­pro­mis avec ceux qui pensent autre­ment, dans l’in­té­rêt du ter­ri­toire et de ses habi­tants. »

Un « président chef d’orchestre » et deux-vice-présidents

Pour celui qui pro­pose d’être « ani­ma­teur d’une majo­ri­té plu­rielle » et se voit avant tout comme « un pré­sident chef d’or­chestre », un autre enjeu majeur consis­tait à récon­ci­lier la métro­pole et la ville-centre. Pas une mince affaire après un der­nier man­dat mar­qué par les divi­sions de la gauche et la riva­li­té entre Chris­tophe Fer­ra­ri et Éric Piolle. « Je veux dire à la maire de Gre­noble que nous devons por­ter une parole com­mune, qui soit celle de la ville et de la métro­pole, sans concur­rence, en com­plé­men­ta­ri­té », a indi­qué Guillaume Lis­sy.

Lau­rence Ruf­fin, pre­mière vice-pré­si­dente, aux côtés du pré­sident : un tan­dem qui espère rap­pro­cher ville-centre et métro­pole.

Pour que « la ville de Gre­noble retrouve sa place », ce der­nier a donc annon­cé que Lau­rence Ruf­fin serait sa pre­mière vice-pré­si­dente. Res­pon­sa­bi­li­té que l’é­dile par­ta­ge­ra, dans l’ordre pro­to­co­laire, avec Raphaël Guer­re­ro, lui aus­si pre­mier vice-pré­sident. Tous deux ont été élus res­pec­ti­ve­ment avec 91 et 83 voix, à l’is­sue du scru­tin qui a sui­vi ce jeu­di après-midi.

Quatre vice-présidents du groupe CCC

Par­mi les vingt vice-pré­si­dents, Lau­rence Ruf­fin est accom­pa­gnée de trois autres élus de sa majo­ri­té muni­ci­pale : Mar­got Belair, Gilles Moreau et Oli­vier Ber­trand. Notons éga­le­ment les quatre vice-pré­si­dences accor­dées aux élus com­mu­nistes et appa­ren­tés du groupe Com­munes, coopé­ra­tion et citoyen­ne­té (CCC) : Pierre Labriet (Échi­rolles), Jérôme Rubes (Saint-Mar­tin-d’Hères), Michelle Vey­ret (Saint-Mar­tin-d’Hères) et Auré­lien Farge (Échi­rolles). Les dif­fé­rentes délé­ga­tions seront connues dans les pro­chains jours.

Les élus com­mu­nistes et appa­ren­tés du groupe CCC, qui ont obte­nu quatre vice-pré­si­dences.

Natu­rel­le­ment, cer­tains noms ont fait grin­cer des dents à gauche. Dif­fi­cile en effet pour celles et ceux les ayant affron­tés lors de cam­pagnes muni­ci­pales par­fois très dures ou de débats pas­sés hou­leux, de voir des Laurent Tho­viste, Michel Ven­dra ou Syl­vain Laval deve­nir vice-pré­si­dents. L’é­lu gre­no­blois Alan Confes­son a ain­si admis son inca­pa­ci­té à voter, à titre per­son­nel, pour le der­nier nom­mé, détaillant ses nom­breux griefs envers le pré­sident du Smmag.

Les vingt vice-présidents
  • Lau­rence Ruf­fin (Gre­noble)
  • Raphaël Guer­re­ro (Jar­rie)
  • Pierre Labriet (Échi­rolles)
  • Syl­vain Laval (Saint-Mar­tin-le-Vinoux)
  • Mar­got Belair (Gre­noble)
  • Jérôme Rubes (Saint-Martin‑d’Hères)
  • Laurent Tho­viste (Fon­taine)
  • Michelle Vey­ret (Saint-Martin‑d’Hères)
  • Audrey Guyo­mard (Bres­son)
  • Laurent Ama­dieu (Saint-Égrève)
  • Michel Ven­dra (Sas­se­nage)
  • Cyrille Ple­net (Séchi­lienne)
  • Jean-Yves Por­ta (Vaul­na­veys-le-Haut)
  • Gilles Moreau (Gre­noble)
  • Eric Ros­set­ti (Quaix-en-Char­treuse)
  • Xavier Osmond (Eybens)
  • Marc Depi­nois (Mont-Saint-Mar­tin)
  • Oli­vier Ber­trand (Gre­noble)
  • Fabrice Huge­lé (Seys­sins)
  • Auré­lien Farge (Échi­rolles).

Lau­rence Ruf­fin a tou­te­fois affi­ché sa foi en ce « nou­veau cha­pitre métro­po­li­tain, fon­dé sur la coopé­ra­tion entre com­munes » ain­si que sa confiance envers le « binôme » qu’elle forme désor­mais avec Guillaume Lis­sy. Pour la maire de Gre­noble, « cette majo­ri­té porte un pro­jet clair avec des prio­ri­tés sur le loge­ment, les mobi­li­tés, la tran­si­tion éner­gé­tique, l’économie de proxi­mi­té et le renou­veau démo­cra­tique. Le pre­mier chan­tier sera celui du loge­ment. Cette majo­ri­té s’engage à trai­ter le loge­ment comme un droit fon­da­men­tal et à résoudre col­lec­ti­ve­ment la situa­tion des per­sonnes occu­pant le siège de la Métro­pole. »

Au pre­mier plan, le maire éco­lo­giste de Saint-Égrève Laurent Ama­dieu, élu vice-pré­sident avec 82 voix.

Mal­gré les dif­fi­cul­tés, mal­gré les piques envoyées par Allan Bru­non, la nou­velle pre­mière vice-pré­si­dente a par­ta­gé sa convic­tion : « Chaque com­mune, de la plus grande à la plus petite, trou­ve­ra sa juste place. » Lau­rence Ruf­fin s’y engage, « Gre­noble pren­dra toute sa part pour mettre en œuvre ce pro­jet ambi­tieux au ser­vice de toutes les habi­tantes et habi­tants de la Métro­pole ».

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