« Le 1er Mai est à nous » : l’intersyndicale Isère unie et déterminée face aux attaques
Par Manuel Pavard
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« Le 1er Mai n’est pas un jour comme les autres, il est à nous ! » La journée internationale de lutte pour les droits des travailleurs et des travailleuses, à l’origine de nouveaux droits, « gagnés dans le sang aux États-Unis, par les ouvriers et ouvrières de Chicago, et en France avec Fourmies » [NDLR : respectivement en 1886 et 1891]. Léa Martinez-Comelli, secrétaire à la vie syndicale de la CGT 38, tient à ce rappel historique pour remettre les points sur les i. Comme ses camarades de l’intersyndicale Isère, elle a peu goûté l’offensive conjointe du gouvernement, de la droite, de l’extrême droite et du patronat, contre le 1er Mai.

Réunis à la bourse du travail de Grenoble, ce mardi 28 avril, les représentants de la CGT, de la FSU, de la CFDT et de Solidaires tiennent à afficher une « unité importante face aux attaques qui viennent d’un peu partout », souligne Catherine Le Coz (CFDT). Le 1er-Mai a en effet une saveur particulière cette année alors que la mobilisation des syndicats a permis de faire reculer une première fois Gabriel Attal et ses alliés patronaux. Lesquels tentent malgré tout de passer en force, concernant les salariés des boulangeries et des fleuristes.
« Le gouvernement s’assoit sur l’État de droit »
David Sujobert, co-secrétaire départemental de la FSU en Isère, fustige ainsi « le procédé du gouvernement, qui s’assoit sur l’État de droit et sur le vote démocratique d’une loi » en attaquant ce symbole de lutte politique et syndicale. « C’est très inquiétant », estime-t-il, car cela fournit « un boulevard pour un pouvoir autoritaire les années suivantes ». Et le syndicaliste d’égrener plusieurs exemples récents similaires : « Le dernier budget a été imposé par le 49.3, la réforme des retraites idem… »
Léa Martinez-Comelli raille quant à elle la communication de Gabriel Attal, qui a commencé à « diffuser son narratif sur la liberté de travailler le 1er mai ». L’ancien Premier ministre adopte même « une posture séparatiste en appelant à ne pas respecter la loi », s’indigne-t-elle. Derrière ces discours, c’est toute une idéologie qui est à l’œuvre. « Ils veulent en faire une fête du travail mais on n’est pas à Vichy, s’insurge la syndicaliste. Le 1er Mai, c’est la fête des travailleurs. »
« Ils veulent en faire une fête du travail mais on n’est pas à Vichy. Le 1er Mai, c’est la fête des travailleurs et des travailleuses. »
Les syndicats tirent en outre la sonnette d’alarme, la droite traditionnelle n’est pas la seule à la manœuvre. « Le Rassemblement national, caché, attend de prendre le pouvoir », prévient Catherine Le Coz. Tous rappellent d’ailleurs les politiques des municipalités RN, à l’image du maire de Liévin (Pas-de-Calais), qui a décidé de supprimer la cérémonie du 1er mai en hommage aux 42 mineurs morts le 27 décembre 1974. « Les masques tombent », constate David Sujobert.
« C’est la confirmation de ce que dénonce l’intersyndicale, abonde Léa Martinez-Comelli. Le RN est une imposture sociale. Il suffit de voir ce qu’ils votent à l’Assemblée nationale. » La responsable CGT évoque par ailleurs la rencontre entre Jordan Bardella et le Medef, illustrant la collaboration croissante entre le RN et le patronat. Patronat qui remet au goût du jour une vieille antienne des années 1930, adoptée à l’époque par une partie de la bourgeoisie, rappelle Léa Martinez-Comelli : « Plutôt Hitler que le Front populaire ».

L’intersyndicale pointe également « l’absence de contrôles » réalisés sur le travail illégal le 1er mai, la hiérarchie mettant des bâtons dans les roues des inspecteurs du travail, qui ont manifesté à ce sujet, lundi 27 avril, devant la DDETS, à Grenoble. D’où des « discriminations » vécues par certains salariés, contraints de travailler par leur employeur. Pour couronner le tout, « il manque plus de 700 inspecteurs du travail », selon la CGT, qui déplore « la fin des CHSCT, vrai problème pour freiner le patronat ».
« Revendiquer de nouveaux droits »
Dans ce contexte, il est vital de se mobiliser ce vendredi 1er mai « pour exiger le maintien du 1er Mai et des conquis sociaux, mais aussi pour revendiquer de nouveaux droits », assène Léa Martinez-Comelli. À Grenoble, Bourgoin-Jallieu, Roussillon et Vienne, les manifestants défileront ou se rassembleront pour réclamer « des mesures d’urgence contre la vie chère », pour « refuser la banalisation du racisme, de l’antisémitisme, du sexisme et des LGBTphobies ».
Sans oublier, ajoute Cyril Nicosia (Solidaires), pour « dénoncer la mise au pas des organisations contestataires s’opposant à l’autoritarisme guerrier ». Le syndicaliste cite ainsi les « envolées guerrières » d’Emmanuel Macron et la politique de la France qui « envoie des armes pour la campagne génocidaire en Palestine ». Ceci, alors que le 1er Mai représente, selon les syndicats, la solidarité entre travailleurs de tous les pays. « L’égalité, la liberté et la fraternité », résume la CGT.


