Pont-de-Claix. Le projet Exalia abandonné : « un gâchis industriel, social et humain »

Par Manuel Pavard

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Christophe Ferrari, Séverine Dejoux et Olivier Six devant la plateforme chimique de Pont-de-Claix le 25 mars, après la décision défavorable du tribunal de commerce.
Les porteurs du projet Exalia ont annoncé ce mardi 9 juin l'abandon définitif du projet de reprise des actifs de Vencorex, sur la plateforme chimique de Pont-de-Claix. Profondément amers, Séverine Dejoux et Olivier Six mettent en cause le système de la liquidation judiciaire privilégiant la vente à la découpe et un gain immédiat à l'avenir industriel du site. L'ex-salariée de Vencorex et l'industriel alertent en outre sur la perte de souveraineté industrielle et les lourdes conséquences sociales, économiques et écologiques de cet échec.

Séve­rine Dejoux et Oli­vier Six avaient par­lé eux-mêmes de « mon­tagnes russes », le 3 avril. Ce jour-là, l’an­cienne sala­riée et élue CGT de Ven­co­rex et le PDG de CIC Orio, por­teurs du pro­jet de reprise Exa­lia, voyaient l’es­poir reve­nir au sor­tir d’une réunion encou­ra­geante à Ber­cy, dix jours après le coup de mas­sue du tri­bu­nal des acti­vi­tés éco­no­miques de Lyon (ex-tri­bu­nal de com­merce) qui avait reje­té leur offre. Conscients des dif­fi­cul­tés à venir, ils appe­laient tou­te­fois à ne pas s’emballer. Une pru­dence mal­heu­reu­se­ment jus­ti­fiée… Car ce mar­di 9 juin au matin, tous deux ont annon­cé dans un com­mu­ni­qué « l’a­ban­don défi­ni­tif » du pro­jet Exa­lia. Déci­sion à laquelle ils ont été « contraints ».

Cette fois, plus de place au doute mal­heu­reu­se­ment. Les por­teurs de pro­jet évoquent ain­si le « retrait défi­ni­tif et irré­vo­cable » de leur offre visant à la renais­sance indus­trielle de la pla­te­forme chi­mique de Pont-de-Claix. « Les impé­ra­tifs de délais, l’i­ner­tie et les ver­rous pro­cé­du­raux actuels condamnent défi­ni­ti­ve­ment un pro­jet qui repré­sen­tait pour­tant l’a­ve­nir d’une filière indus­trielle régio­nale et natio­nale stra­té­gique », déplorent Séve­rine Dejoux et Oli­vier Six, avec « un pro­fond sen­ti­ment de révolte, d’a­mer­tume ».

« Les aberrations de la gestion d’une liquidation judiciaire »

Outre les « cen­taines de mil­liers d’eu­ros inves­tis à fonds per­dus en études tech­niques et juri­diques », il s’a­git avant tout, selon eux, d’un « gâchis indus­triel, social et humain inac­cep­table ». Ce, à l’i­mage du « tra­vail colos­sal » abat­tu durant un an par l’é­quipe pilo­tant le pro­jet, fina­le­ment en pure perte. « L’é­chec d’Exa­lia est l’his­toire d’un pro­jet indus­triel stra­té­gique, solide et una­ni­me­ment sou­te­nu, per­cu­té par les aber­ra­tions de la ges­tion d’une liqui­da­tion judi­ciaire », résume le duo.

Les por­teurs de pro­jet sur le site de Pont-de-Claix, au len­de­main du rejet du tri­bu­nal de com­merce.

Un « fias­co » qui s’est écrit en deux temps. D’a­bord avec la déci­sion du 24 mars du tri­bu­nal de com­merce, qui a pré­fé­ré céder l’es­sen­tiel des ins­tal­la­tions au fer­railleur drô­mois All Metal, « sur la recom­man­da­tion du liqui­da­teur judi­ciaire ». Un choix « court-ter­miste », regrettent Séve­rine Dejoux et Oli­vier Six. Dic­tée par « la recherche d’un gain immé­diat de 1,5 mil­lions d’eu­ros », cette déci­sion « occulte tota­le­ment l’abysse finan­cier que devraient repré­sen­ter, à terme, les coûts réels de déman­tè­le­ment et de dépol­lu­tion de la pla­te­forme », sou­lignent-ils.

La deuxième étape cor­res­pond à la seconde offre for­mu­lée par les pro­mo­teurs d’Exa­lia. Refu­sant d’a­ban­don­ner, ceux-ci se sont appuyés sur le sou­tien de leurs par­te­naires, notam­ment le « sup­port finan­cier ren­for­cé de l’É­tat et de la ville du Pont-de-Claix », pour ten­ter de rache­ter les actifs res­tants et négo­cier le rachat des ins­tal­la­tions néces­saires auprès du fer­railleur. Pro­po­si­tion qui s’est là encore heur­tée à un refus, mal­gré d’in­tenses dis­cus­sions.

« La vente à la découpe plutôt que la continuité d’un projet industriel »

Pour le binôme, le res­pon­sable est clai­re­ment dési­gné : « le cadre pro­cé­du­ral de la liqui­da­tion judi­ciaire et la rigi­di­té de l’application de ce cadre reven­di­quée par le liqui­da­teur judi­ciaire. En pri­vi­lé­giant la vente à la découpe plu­tôt que la conti­nui­té d’un pro­jet indus­triel d’a­ve­nir, le liqui­da­teur a reven­di­qué la pré­va­lence d’une logique comp­table immé­diate sur l’in­té­rêt géné­ral », dénonce-t-il.

La secré­taire géné­rale de la CGT Sophie Binet avait évo­qué le dos­sier avec le ministre de l’In­dus­trie Sébas­tien Mar­tin, lors des assises CGT du made in France, le 26 mars, à Pont-de-Claix.

Les por­teurs de pro­jet pointent « un coup d’ar­rêt dra­ma­tique ». Exa­lia avait pour voca­tion « de recréer plus de 250 emplois directs à court terme, de sau­ver une mine de sel stra­té­gique et de per­mettre le déve­lop­pe­ment sur la pla­te­forme du Pont-de-Claix, d’une chi­mie d’avenir, moderne et décar­bo­née ». Les consé­quences de cet aban­don s’an­noncent lourdes, avec une « perte de sou­ve­rai­ne­té majeure » et la dis­pa­ri­tion d’un « actif hau­te­ment stra­té­gique » pour le pays.

Séve­rine Dejoux et Oli­vier Six aver­tissent : « Le pro­jet Exa­lia devait sécu­ri­ser la pro­duc­tion natio­nale de matières pre­mières stra­té­giques indis­pen­sables à nos indus­tries clés, notam­ment pour le nucléaire, l’armement, le trai­te­ment de l’eau et à la chaîne agroa­li­men­taire. » Ain­si, « l’ar­rêt de cette pro­duc­tion force désor­mais la France à impor­ter mas­si­ve­ment ces com­po­sants essen­tiels ». D’où une nou­velle « dépen­dance » et d’i­né­vi­tables « sur­coûts » pour les entre­prises et les col­lec­ti­vi­tés. Sans comp­ter le coût humain pour les ex-sala­riés de Ven­co­rex arri­vés en fin de droits, qui espé­raient encore une embauche chez Exa­lia.

Perte de souveraineté, surcoût et hérésie écologique

Les deux par­te­naires fus­tigent enfin « une héré­sie éco­lo­gique », avec l’aug­men­ta­tion de l’empreinte car­bone de pro­duits impor­tés de l’é­tran­ger — au lieu d’une pro­duc­tion locale « moderne et décar­bo­née ». « C’est un contre­sens éco­lo­gique total à l’heure de la tran­si­tion envi­ron­ne­men­tale », s’in­surgent-ils.

Séve­rine Dejoux et Oli­vier Six appellent à tirer les leçons de ce « désastre inad­mis­sible ». Cet échec est en effet « inac­cep­table », concluent les por­teurs du pro­jet Exa­lia. « Il doit aujourd’­hui ser­vir de contre-exemple abso­lu et de juris­pru­dence de ce qui ne doit plus jamais se pro­duire en France. Le droit des pro­cé­dures col­lec­tives ne peut plus être le fos­soyeur de notre sou­ve­rai­ne­té indus­trielle. »

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