Tags antisémites. Édouard Schoene contre-attaque après son appel jugé « irrecevable »

Par Manuel Pavard

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Edouard Schoene et son avocat Me Bernard Schmid échangeant avec l'ancien élu écologiste Raymond Avrillier, avant l'audience à la cour d'appel de Grenoble, le 10 février 2026.
Invoquant un vice de forme, la cour d'appel de Grenoble a déclaré "irrecevable", ce jeudi 2 avril, l'appel formé par Édouard Schoene contre l'ordonnance de non-information rendue en août 2025, dans l'affaire des inscriptions antisémites et anticommunistes l'ayant visé, en mars 2023, à Fontaine. Mais l'ex-adjoint PCF entend lancer une nouvelle procédure de constitution de partie civile, concernant cette fois sa plainte déposée en novembre dernier pour de nouveaux faits antisémites. Avec toujours le même suspect dans le viseur : l'ancien élu d'extrême droite Franck Sinisi.

Édouard Schoene et son avo­cat, Me Ber­nard Schmid, espé­raient voir l’ins­truc­tion se pour­suivre, trois ans après les odieuses ins­crip­tions anti­sé­mites, anti­com­mu­nistes et pro-nazies décou­vertes dans la nuit du 18 au 19 mars 2023, dans le jar­din de son domi­cile, à Fon­taine. Las, l’ar­rêt ren­du ce jeu­di 2 avril par la chambre de l’ins­truc­tion de la cour d’ap­pel de Gre­noble est venu en par­tie dou­cher les espoirs du mili­tant et ancien élu com­mu­niste fon­tai­nois. « Les appels for­més par Édouard Schoene et son conseil doivent […] être décla­rés irre­ce­vables », indique-t-elle en effet.

Edouard Schoene et Me Schmid sou­haitent que la jus­tice enquête sur les élé­ments incri­mi­nant poten­tiel­le­ment Franck Sini­si.

Ceux-ci avaient inter­je­té appel de l’or­don­nance de non-infor­ma­tion ren­due le 20 août 2025 par la juge d’ins­truc­tion, qui reje­tait leur plainte avec consti­tu­tion de par­tie civile. Ce qui avait conduit à une convo­ca­tion devant la cour d’ap­pel le 10 février — avec une tren­taine de mani­fes­tants pré­sents sur place en sou­tien. Audience au cours de laquelle Me Schmid avait contes­té les argu­ments de la juge d’ins­truc­tion sur une pré­ten­due absence de qua­li­fi­ca­tion pénale. « J’ai cité dans la plainte des articles de la loi sur la liber­té de la presse pour l’incitation à la haine raciale et l’apologie de crime contre l’humanité. Et un article du code pénal pour les menaces de mort », avait indi­qué l’a­vo­cat.

« Avec mon avo­cat, Ber­nard Schmidt, nous pen­sons lan­cer une nou­velle pro­cé­dure de consti­tu­tion de par­tie civile, sur la base de ma plainte de novembre der­nier (sur de nou­veaux faits anti­sé­mites). »

Mais la pré­si­dente et sur­tout l’a­vo­cate géné­rale s’é­taient, elles, abri­tées der­rière un point de pro­cé­dure, cette der­nière repro­chant à Édouard Schoene d’a­voir dépo­sé son dos­sier au greffe du tri­bu­nal judi­ciaire et non de la cour d’appel. Et mal­heu­reu­se­ment, c’est ce vice de forme qu’a invo­qué la juri­dic­tion pour reje­ter sa demande, ce jeu­di 2 avril, refu­sant d’exa­mi­ner le fond de l’af­faire. La cour d’ap­pel estime ain­si dans son arrêt que les décla­ra­tions d’ap­pel de Me Schmid et son client « ne sont pas conformes aux pres­crip­tions des articles du code de pro­cé­dure pénale ».

Une tren­taine de mili­tants et sym­pa­thi­sants (du PCF, du MRAP, de la LICRA) étaient venus sou­te­nir Edouard Schoene, le 10 février, avant l’audience à la cour d’appel.

Déçu de cette déci­sion, Édouard Schoene n’en­tend pas pour autant aban­don­ner. « Avec mon avo­cat, Ber­nard Schmidt, nous pen­sons lan­cer une nou­velle pro­cé­dure de consti­tu­tion de par­tie civile, sur la base de ma plainte de novembre der­nier (sur de nou­veaux faits anti­sé­mites) », annonce-t-il. Il s’a­git en effet de nou­veaux tags anti­sé­mites et hai­neux retrou­vés, le 16 novembre 2025, sur la porte de la salle accueillant le mee­ting de la liste d’u­nion de la gauche « Fon­taine nous ras­semble », conduite par Clau­dine Didier, qui lan­çait sa cam­pagne muni­ci­pale ce jour-là. Des ins­crip­tions qui ciblaient à la fois la France insou­mise… et Édouard Schoene, lequel avait dépo­sé plainte dès le len­de­main.

Franck Sinisi devant le tribunal correctionnel le 10 avril

Pour ces faits comme pour ceux de 2023, le mili­tant PCF a un sus­pect dans le viseur : l’an­cien élu d’ex­trême droite Franck Sini­si, dont l’ombre plane sur l’en­semble des actes anti­sé­mites et racistes com­mis ces der­nières années à Fon­taine. Un per­son­nage au pro­fil par­ti­cu­liè­re­ment sul­fu­reux, déjà condam­né pour inci­ta­tion à la haine raciale en 2017, après avoir pro­po­sé, en plein conseil muni­ci­pal, de « récu­pé­rer les dents en or » des Roms. Ce qui lui avait valu d’être exclu du FN, avant de rejoindre Civi­tas.

Sur­tout, Franck Sini­si com­pa­raî­tra de nou­veau devant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Gre­noble le 10 avril pro­chain, pour « pro­vo­ca­tion publique à la haine ou à la vio­lence en rai­son de la reli­gion ». Il est cette fois mis en cause dans l’af­faire des ins­crip­tions racistes et des osse­ments de porc décou­verts devant une salle de prière musul­mane de Fon­taine, le 19 sep­tembre 2025. Son ADN ayant été retrou­vé sur l’un des os, il avait été pla­cé en garde à vue le 13 jan­vier der­nier.

Les os de porc et le sau­cis­son retrou­vés devant une salle de prière musul­mane, à Fon­taine, le 19 sep­tembre 2025.

Bien sûr, Franck Sini­si reste « pré­su­mé inno­cent » à ce stade, rap­pelle Me Schmid. Lequel évoque néan­moins « des indices concor­dants diri­geant les soup­çons » vers l’ex-conseiller muni­ci­pal d’ex­trême droite. Pour lui comme pour Édouard Schoene, aucun doute, il s’a­git « évi­dem­ment du même auteur » dans cette sombre série. D’où leur espoir de voir enfin la jus­tice lan­cer de véri­tables inves­ti­ga­tions et notam­ment « une exper­tise gra­pho­lo­gique ». Me Schmid fera d’ailleurs face à Franck Sini­si dès le 10 avril, cette fois en tant qu’a­vo­cat du MRAP.

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