La lutte contre le mal logement, c’est la raison d’être d’un Toit pour tous
Par Travailleur Alpin
/

Un Toit pour tous, c’est un ensemble de deux associations, d’un observatoire et d’une coopérative foncière possédant l’agrément de bailleur social. L’association Un Toit pour tous, à proprement parler, s’occupe de l’interpellation et de la mobilisation autour des questions du mal-logement. La coopérative foncière achète et réhabilite des logements. Elle en possède actuellement cinq cents qu’elle loue à des publics précaires. L’association Territoires accompagne les locataires dans le cadre d’une agence immobilière à vocation sociale et d’un pôle de travailleurs sociaux. L’observatoire produit des études pour Un Toit pour tous, d’autres associations et des collectivités publiques. Tout cet ensemble emploie une cinquantaine de personnes et mobilise une centaine de bénévoles.
Comme pour toute bonne soirée d’intégration, il faut trouver un lieu sympa et des activités. Pour le lieu, quoi de mieux qu’un endroit festif au cœur de la ville, dans un cadre intemporel, comme l’offre le Minimistan. Pour rappel, ce lieu est né de la réhabilitation d’un ancien couvent dans le quartier Très-Cloître de Grenoble. Il dispose d’un bar-restaurant dont l’atout majeur est une grande terrasse dans la cour intérieure de l’ancien bâtiment religieux. Des espaces de co-working, des salles de réunion, un atelier de distillerie viennent compléter les possibilités de cette structure de l’économie sociale et solidaire.
Une exposition de portraits de locataires
Pour débuter les festivités, Jean-Louis Chenevas, bénévole au service communication, nous présente l’exposition photographique Considérables installée depuis quelques semaines au Minimistan, dont il a réalisé lui-même des clichés. Celle-ci se décompose en deux parties. La première représente des locataires d’Un Toit pour tous dans leur appartement au cours de leur vie quotidienne. Certains se reposent sur leur canapé, d’autres cuisinent, un enfant fait ses devoirs. Ces activités, somme toute assez ordinaires, revêtent ici un aspect extraordinaire pour ces gens qui ont été privés pendant des années de logement et ont connu des parcours de vie extrêmement difficiles.
La deuxième partie a été réalisée en studio photo. Les locataires étaient invités à venir essayer de nombreux accessoires et de beaux costumes. Mais mis à part les enfants qui se sont beaucoup amusés à se déguiser, les adultes étaient venus avec leur propre tenue. L’objectif de la pose photographique en studio était de sortir les locataires de leur quotidien, de leur permettre de se projeter dans un ailleurs, une autre vie. Ainsi voit-on un locataire jouer au mannequin, un enfant porter un chapeau melon, des femmes en train de danser. De l’ensemble de cette exposition ressort une impression générale de joie. Un bénévole nous dit : « Quand je vois ces photos, je sais pourquoi je fais tout ça. »

Toujours pour rester dans le domaine artistique, s’ensuit une petite chorégraphie. La danseuse Gaëlle Revenu réalise des figures autour d’une chaise de bureau. Se dessinent à travers ses mouvements les épreuves de la vie, la souffrance de l’exil. La chaise représente toutefois le repère, le refuge que constitue un logement.
La soirée se poursuit avec une mini-conférence consacrée au mal-logement, en France et en Isère, présentée par l’Observatoire de l’hébergement et du logement (OHL). René Ballain, son président, nous raconte les grandes lignes de l’histoire du logement depuis 1945, puis nous explique comment est née la notion du « mal-logement » dans les années 90. Il était à l’époque membre de la fondation Abbé Pierre. Avec d’autres compagnons de l’association, il cherchait une notion plus globale que celle du « sans-abrisme ». Pour trouver cette notion, ils sont repartis d’une comparaison avec la situation des travailleurs qui n’étaient ni au chômage ni en CDI mais dans toute une série de contrats précaires sur des temps plus ou moins partiels, ce que l’on appelait à cette époque le « mal-emploi ». En 1999, un journaliste demande ce que signifie exactement le « mal-logement ». La fondation Abbé Pierre a pu construire alors une définition qui rend compte des difficultés concrètes des gens par rapport à leur logement. Cette notion englobe en réalité cinq grandes difficultés. Premièrement, l’absence de logement personnel. Deuxièmement, les difficultés d’accès au logement social à partir des années 80. Troisièmement, les mauvaises conditions d’habitation. Quatrièmement, les difficultés du maintien dans un logement dès lors qu’il y a une perte d’emploi ou un accident de la vie. Cinquièmement, une inégalité territoriale dans le sens où certaines personnes peuvent choisir leur lieu de résidence alors que d’autres n’ont pas le choix. Ces éléments définitionnels sont très importants selon René Ballain, car il considère que « c’est important d’avoir un cadre solide d’études pour l’interpellation ».
Les chiffres du mal logement
Marie Guillaumin, chargée d’études à l’OHL, prend ensuite le relais pour présenter des chiffres clés en France et en Isère. Cependant, derrière les chiffres, elle s’attelle surtout à décrire les conséquences sur les individus. Elle se rappelle d’une femme en difficulté qui a exprimé « la souffrance de passer la nuit dehors ». De nombreuses personnes laissent leur peau dans la rue. Le collectif « Les morts à la rue » a recensé 855 décès en France en 2024. En Isère, tous les dispositifs sont saturés. Une demande d’hébergement sur six aboutit et une demande de logement social sur cinq. Quant aux mauvaises conditions d’habitation, elles entraînent de multiples dégâts ; de la honte sociale, des dépenses conséquentes de chauffage dans des passoires thermiques, des pertes d’emploi à cause de la fatigue engendrée par le bruit du voisinage, des répercussions sur la santé ( allergies, saturnisme). Un logement non décent impacte les cinq sens, l’ouïe, l’odeur, la vue avec les murs abîmés, le toucher avec les décharges liées aux mauvaises installations électriques. René Ballain reprend la parole pour insister sur l’ampleur du mal-logement. « En France, ce sont plusieurs millions de personnes qui sont concernées. Une telle notion qui regroupe autant de situations a l’avantage toutefois d’être très mobilisatrice », rajoute-t-il avec une note d’optimisme.

C’est au tour de différents groupes de bénévoles de se présenter. Il existe le groupe web pour la communication sur le site numérique, le groupe copropriétés pour être présent aux assemblées générales, le groupe des bricoleurs, le groupe des permanences DALO /DAHO, le groupe GAST (Groupe d’appui et soutien technique) qui vient donner les avis architectes.
Marie Odile vient à la tribune. Elle raconte son expérience dans le groupe Permanence numérique. Elle l’a rejoint à la retraite, mais elle était déjà adhérente depuis quinze ans. Leur mission est d’aider des demandeurs de logement et d’hébergement dans leurs démarches en ligne. Quand une personne trouve un logement, c’est un succès pour eux. Ils ressentent beaucoup de satisfaction.
L’activité des différents groupes de bénévoles
Un autre bénévole du groupe Bricolage et mécénat s’exprime à son tour. Pendant sa période d’activité professionnelle, il travaillait dans une grande entreprise à proximité d’Un Toit pour tous. C’est tout naturellement à la retraite qu’il a décidé de tenter l’aventure dans l’association. Il nous relate plus particulièrement son quotidien au sein du groupe Bricolage. Sur sollicitation des travailleurs sociaux, les membres du groupe interviennent chez les locataires pour de menus travaux (refaire les joints de douche, le montage de tringles à rideaux, de meubles). À chaque fois, ils sont très bien reçus par les locataires avec le café, les gâteaux. Les locataires peuvent même les assister dans les travaux. Quand cela est possible, les bénévoles essaient même de les rendre plus autonomes pour les petites réparations de façon à ce qu’ils se sentent moins dépendants. Pour les plus gros travaux, c’est un autre service d’Un Toit pour tous qui intervient. Ce qu’il apprécie beaucoup chez Un Toit pour tous, c’est la bonne ambiance et les belles rencontres avec les locataires.
Vient le tour de l’ancienne présidente, Michelle Daran. de prendre la parole. Élue à la mairie de Grenoble en mars 2026, elle a démissionné de ses fonctions d’Un Toit pour tous. Pour elle aussi, l’ambiance a beaucoup compté dans son engagement. Elle a commencé à l’OHL car elle avait rencontré René Ballain à l’université quand ils étaient tous les deux chercheurs. Puis elle a évolué vers le conseil d’administration. Ce qu’elle admire beaucoup dans l’association, c’est l’intelligence et les trésors d’astuces de ses membres. « Il a fallu beaucoup d’astuces pour créer la coopérative foncière. » « A chaque fois qu’Un Toit pour tous a connu des difficultés, il s’est toujours trouvé des gens astucieux pour trouver des nouvelles pistes ».
C’est maintenant l’heure de l’apéritif. Salariés et bénévoles apprennent à mieux se connaître. Tout le monde ressort encore plus motivé que jamais car c’est toujours plaisant d’agir au sein d’une structure organisée, professionnelle, astucieuse et où surtout règne une bonne ambiance.
Marion Toiture


