Grenoble. Le GHM repris par la Fondation Boissel : « on se débarrasse enfin d’Avec »
Par Manuel Pavard
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« Une étape importante pour l’avenir de la Mut’ », selon la ville et la métropole de Grenoble ; « une page se tourne », pour Thierry Carron, délégué syndical FO du GHM et secrétaire du CSE… Très attendue, la décision rendue ce jeudi 15 octobre par le tribunal judiciaire de Grenoble, sur l’avenir du Groupe hospitalier mutualiste (GHM) de Grenoble, a été accueillie avec une satisfaction et un soulagement quasi unanimes. Les juges ont choisi le plan de cession de la Fondation Georges-Boissel, basée à Bourgoin-Jallieu, préféré au plan de continuation déposé par Paul de Rosen, président de l’Union mutualiste pour la gestion du Groupe hospitalier mutualiste (UMG-GHM), considéré comme « l’homme de paille » de l’ex-PDG d’Avec, Bernard Bensaid.

« On se débarrasse enfin du groupe Avec et de Bernard Bensaid », savoure ainsi Thierry Carron, qui n’a cessé de combattre l’ancien repreneur, aux côtés du collectif des usagers, au cours de ces dernières années. Dès son arrivée aux manettes, en 2020, le groupe Avec (anciennement Doctegestio) a en effet mis en place un système de prédation vorace, ponctionnant notamment quelque 8 millions d’euros dans la trésorerie du GHM. Lequel n’a pu récupérer in fine qu’environ 1,6 million d’euros.
Un repreneur qui « ne vient pas pour nous prendre de l’argent »
Heureusement, le vent a fini par tourner pour le groupe Avec, qui a depuis accumulé les déboires judiciaires. Le tribunal de commerce de Bobigny a ainsi prononcé sa liquidation judiciaire en octobre 2025, décision dont la société a fait appel en juillet dernier. Quant à Bernard Bensaid, celui-ci a été renvoyé en correctionnelle pour « détournement de fonds publics et privés » et « prise illégale d’intérêts ». L’homme d’affaires comparaîtra le 2 février 2027 devant le tribunal judiciaire de Grenoble, l’audience, prévue initialement le 8 septembre 2026, ayant été renvoyée à la demande de ses avocats.

Dans ces conditions, les salariés comme la majorité des acteurs locaux (collectivités, associations d’usagers, etc.) avaient clairement exprimé leur préférence pour le projet de la Fondation Boissel. « Le plan de continuation de Paul de Rosen ne reposait sur rien : pas d’argent sur la table, aucune garantie bancaire et pour la gouvernance, deux mutuelles placées en liquidation judiciaire », fustige le représentant FO.
En revanche, apprécie Thierry Carron, le nouveau repreneur est « un acteur local à but non lucratif, qui ne vient pas pour nous prendre de l’argent ». Et qui permettra à la Mut’ de poursuivre son activité, sous le statut d’Établissement de santé privé d’intérêt collectif (Espic).
« La santé n’est pas une marchandise »
Laurence Ruffin et Guillaume Lissy partagent le soulagement du syndicaliste face au départ définitif du groupe Avec. Dans un communiqué commun, la maire de Grenoble et le président de Grenoble-Alpes Métropole « saluent » la décision du tribunal. « Elle écarte la poursuite d’une trajectoire qui a profondément fragilisé l’établissement et ouvre la perspective d’un retour à un modèle inscrit dans l’économie sociale et solidaire », se félicitent-ils.
Pour les deux élus, « cette décision doit être l’occasion de réaffirmer une conviction fondamentale : la santé n’est pas une marchandise. Elle ne peut être considérée comme une activité ordinaire, soumise aux seules exigences de rendement financier. » De même, ajoutent Laurence Ruffin et Guillaume Lissy, « les établissements de santé ne sont pas des actifs que l’on achète, que l’on revend ou que l’on démantèle au gré des intérêts économiques. Ils sont des biens communs, indispensables à la cohésion sociale et à l’égalité entre les habitantes et les habitants. »
« Il aura fallu un combat de six années »
De leur côté, l’union de quartier Berriat Saint-Bruno Europole et les Amis des cliniques mutualistes de Grenoble soulignent, dans un communiqué publié ce vendredi 16 octobre, que cette première victoire n’est pas tombée du ciel. Car pour extirper le GHM des griffes du vautour Bensaid, « il aura fallu un combat de six années », mené par les syndicats, l’union de quartier et les Amis des cliniques mutualistes de Grenoble, avec le soutien de la métropole puis de la ville.

Les deux associations ne versent toutefois pas dans l’euphorie. « C’est à la fois une décision positive – la Fondation Boissel est un acteur non-lucratif et de proximité – et négative puisqu’elle entraîne le licenciement d’une centaine de salariés qui n’y sont pour rien dans la prédation financière mise en place par Avec et la dégradation qui s’en est suivie », estiment-elles.
Les deux centres dentaires vont fermer leurs portes
Selon Thierry Carron, il y aura sans doute « un peu moins de personnes licenciées que prévu », de l’ordre de « 90 ou 91 licenciements sur les 1350 salariés ». Mais « nous ne pouvons pas nous réjouir totalement », reconnaît-il. Les deux centres dentaires de Grenoble (rue du Général-Ferrié) et Meylan vont ainsi fermer leurs portes tandis que le centre de consultation gynécologique de Meylan devrait être rapatrié sur Grenoble, d’après le délégué FO.
Les collectifs d’usagers et les salariés ont prévenu l’Agence régionale de santé (ARS) en juin, concernant la fermeture des centres dentaires. Celle-ci travaille sur le sujet, tout comme la municipalité et la métropole. « Nous restons également vigilants sur les activités non reprises et qui constituent un sujet important notamment sur l’offre de soin dentaire », indiquent Laurence Ruffin et Guillaume Lissy. À ce stade, ce sont néanmoins plusieurs milliers de patients qui se retrouvent sur le carreau.

Thierry Carron l’avoue, l’offre de reprise de la Fondation Boissel n’était pas parfaite mais selon lui, « c’est le mieux qu’on pouvait obtenir ». Il y avait en effet « un seul repreneur », rappelle-t-il. « On ne pouvait pas être jusqu’au-boutiste et risquer de le faire partir. En juillet, les deux centres dentaires et celui de gynécologie ont perdu 800 000 euros [NDLR : en cumulé]. Pour un repreneur qui raisonne en termes économiques, ce n’était malheureusement pas très tentant. »
Encore des procédures judiciaires en cours
Que va-t-il se passer maintenant ? « Le 1er novembre, Boissel va rentrer en fonction », précise le représentant syndical. Une autre phase s’ouvrira alors pour le Groupe hospitalier mutualiste qui prendra le nom de « Cité hospitalière des Alpes ». Le groupe Avec, lui, peut faire appel et le fera certainement. Mais « l’appel n’est pas suspensif », explique Thierry Caron.

Plusieurs procédures judiciaires restent cependant en cours. Celle concernant Bernard Bensaid donc, le 2 février prochain, mais pas seulement. « L’action au fond que nous avons déposée en avril 2022 et qui a été paralysée par la multiplication des appels de Bernard Bensaid doit être jugée », confient en effet l’union de quartier Berriat et les Amis des cliniques mutualistes. « En jeu : les 9 millions d’euros du fonds de dotation et les 50 millions d’euros de la vente des murs versés à Adrea/Aesio (et quelques autres mutuelles). » Le combat n’est donc pas fini, assurent les associations, qui promettent de « continuer à défendre les intérêts » de la Cité hospitalière des Alpes.


