Grenoble. 1er Mai, salaires, pouvoir d’achat… La CGT appelle à la mobilisation
Par Manuel Pavard
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Le choix du lieu comme de la date ne devait rien au hasard. Ce mardi 16 juin, l’union départementale CGT Isère avait convié la presse et une poignée de militants à un rassemblement devant la chambre de commerce et d’industrie de Grenoble, place Robert-Schuman, pour envoyer un message. « La CCI, c’est le centre d’affaires et le lieu où le patronat exerce », souligne Nicolas Benoit, secrétaire général de la CGT 38. « On ne pense pas qu’on sera reçus — de toute manière, on n’a pas fait de demande — mais on est là pour exiger du patronat qu’il ouvre le coffre-fort et sorte la machine à cash… Car à un moment, ça suffit d’engraisser les actionnaires et les grands groupes qui délocalisent et licencient ! »

Quant au 16 juin, il s’agissait du jour où le Sénat examinait un projet de loi visant à créer une exception au droit du travail pour le seul jour férié du 1er Mai, normalement chômé et payé. Et malheureusement, les sénateurs, majoritairement de droite, ont adopté, par 229 voix contre 110, ce texte autorisant les boulangers et les fleuristes à faire travailler leurs salariés le 1er Mai.

« Un nouveau coup contre les salariés », s’emporte Nicolas Benoit, qui replace cet épisode dans la vaste offensive menée depuis plusieurs mois par le patronat, le gouvernement et l’ensemble de la droite — extrême droite comprise. Le 1er mai dernier en effet, « des commerces ont ouvert, notamment dans le Nord-Isère, avec le soutien du Premier ministre, M. Lecornu, qui s’est engagé à ne pas respecter la loi, en tout cas à en dispenser ces personnes », rappelle le syndicaliste, dénonçant « une honte absolue ».
« Avec l’inflation, vivre de son travail devient un parcours du combattant »
Autres sujets de mobilisation, les salaires, l’inflation et le pouvoir d’achat. Thèmes étroitement imbriqués, en particulier à l’approche des vacances estivales. Le secrétaire de l’UD fustige notamment cette incongruité incitant les employeurs à ne surtout pas revaloriser les rémunérations : « Plus les salaires sont bas, plus les exonérations de cotisations sociales sont élevées. » Conséquences, les patrons « tassent les salaires sur le bas. Et en attaquant le salaire brut et les cotisations sociales, ce n’est pas seulement notre fiche de paie qui diminue, ce sont nos droits en cas de licenciement, d’accident du travail, de maladie, de congés parentaux et de retraite », énumère-t-il.
À partir du 22 juin, la CGT lance une grande initiative nationale sur la question des salaires. « On demande la réouverture de négociations dans les entreprises et dans les collectivités. Il y a besoin de pouvoir d’achat sinon les gens ne pourront pas partir en vacances », anticipe Nicolas Benoit, évoquant ce qui est « devenu pour beaucoup un luxe quasi inaccessible ». Plus globalement, poursuit-il, « avec l’inflation, vivre de son travail devient un parcours du combattant ». Et ce, pour « s’évader quelques jours en vacances » comme pour les choses du quotidien : « faire le plein de carburant, remplir le frigo, acheter des vêtements pour enfants… »
L’échelle mobile des salaires, une mesure minimale
Concernant le carburant justement, « les annonces du Premier ministre sont insuffisantes », déplore le représentant syndical. « On ne nous fera pas avaler des miettes ! » La CGT revendique ainsi, pêle-mêle, « un service public de l’énergie, le blocage des prix du carburant, une véritable augmentation générale des salaires, l’égalité salariale, la garantie de vivre dignement de notre travail ».

Quid de l’inflation et de ses effets délétères sur le pouvoir d’achat ? « La CGT exige une loi pour indexer les salaires sur les prix », explique Nicolas Benoit. « Quand les prix augmentent, les salaires doivent augmenter d’autant. C’est le principe de l’échelle mobile des salaires, appliqué en France jusqu’en 1983 et toujours en vigueur en Belgique aujourd’hui. Ce n’est pas une mesure extrême, c’est une mesure de justice pour ne pas perdre notre niveau de vie. »
DDETS, CHU, Seb, des mobilisations partout
Côté mobilisation, la CGT Isère a déjà coché plusieurs dates sur son calendrier. À commencer par ce jeudi. « Le 18 juin, nous serons aux côtés des personnels de la DDETS pour soutenir nos inspecteurs du travail que leur propre direction criminalise », annonce le secrétaire général. « Ils subissent des pressions intolérables et nous ne les laisserons pas tomber. » L’intersyndicale du ministère du Travail (SUD TAS, CGT TEFP, CNT Travail, FSU TEFE) donne ainsi rendez-vous à 10h30 devant les locaux de l’avenue Marie-Reynoard, pour dire « stop à l’autoritarisme patronal ».
Dès le lendemain, vendredi 19 juin, à 11 heures, direction le CHU Grenoble Alpes pour un rassemblement de soutien aux infirmiers de bloc opératoire (IBODE) et agents de service hospitalier (ASH), à l’appel de la CGT. « Ces personnels soignants qui se donnent sans compter pour nos proches ne peuvent plus supporter les conditions de travail dégradées. Allons les soutenir massivement », lance Nicolas Benoit.

Toujours ce vendredi 19 juin, à midi, les unions départementales CGT 38, 69 et 74 et la CGT du groupe Seb (détenteur de Tefal) appellent les militants à se mobiliser à Écully (Rhône), devant le siège de la société. « Le groupe Seb, non content d’avoir injustement sanctionné une mandatée syndicale CGT dans l’exercice de son mandat syndical, a porté plainte contre notre secrétaire générale Sophie Binet, pour avoir dénoncé la répression syndicale dans l’entreprise, confirmant par ce seul acte, son attitude répressive à l’encontre de tout exercice des droits syndicaux », s’insurgent les syndicats dans un communiqué commun.
Là encore, « c’est une honte », s’indigne Nicolas Benoit. Et celui-ci de dénoncer « la casse de l’emploi alors qu’ils [NDLR : les filiales du groupe Seb : Calor, Tefal, Moulinex, etc] jettent dehors 500 salariés sans justification économique et sans aucune perspective industrielle » ainsi que « la dissimulation de la pollution avérée aux perfluorés et le risque sanitaire pour le personnel et la population ».
« Maintenant, il faut que la richesse qui est créée dans le pays revienne aux salarié·es et aux agents et agentes des collectivités. »
Le 54e congrès confédéral de la CGT a lancé, début juin à Tours, « un appel clair. La mobilisation s’intensifie à partir du 22 juin sur les salaires », prévient-il. Le responsable de l’UD cite notamment l’appel à la grève, dès le 22, des personnels d’Agir à dom Meylan, pour exiger des augmentations. Puis le 26 juin, le rassemblement des agents du Centre hospitalier Alpes Isère (CHAI) de Saint-Égrève devant le conseil départemental, « pour interpeller les élus, exiger des moyens humains et financiers et exiger l’arrêt des économies faites sur le dos du personnel ».

Des exemples parmi d’autres pour la CGT Isère, qui entend bien impulser une large dynamique, « secteur après secteur ». Car aujourd’hui, le coupe est pleine, estime Nicolas Benoit. Avant de formuler un vœu qui devrait relever de l’évidence : « Maintenant, il faut que la richesse qui est créée dans le pays revienne aux salarié·es et aux agents et agentes des collectivités. »


