La CGT Isère au cœur des luttes
Par Manuel Pavard
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Après avoir fêté ses 130 ans en 2025, la CGT est maintenant engagée dans la préparation de son 54e congrès confédéral, prévu du 1er au 5 juin à Tours. Le point d’orgue d’une année 2026 qui s’annonce chargée pour le syndicat, sur le plan des luttes nationales comme locales. Tour d’horizon avec Nicolas Benoit, secrétaire général de l’union départementale CGT Isère.

Assis dans son bureau, en cette fin avril, à la bourse du travail, Nicolas Benoit fulmine contre le gouvernement qui, soutenu par la droite, l’extrême droite et le patronat, « s’attaque au droit du travail sur le 1er mai ». Un symbole de lutte pour les droits des travailleurs que la CGT défend bec et ongles, à l’instar d’autres conquis sociaux, promet le secrétaire général de l’union départementale. Réélu fin 2024 lors du dernier congrès de l’UD, il balaie les principaux dossiers et échéances de 2026 pour le syndicat en Isère.
Comment se présente le prochain congrès de la CGT ?
Ce sera notre 54e congrès confédéral, du 1er au 5 juin, à Tours. L’idée, c’est que les syndicats puissent passer en revue les documents d’orientation et fassent leurs propres bilans, afin de travailler sur les perspectives, c’est-à-dire les résolutions qui seront proposées au débat et parfois amendées. Il ne s’agit pas seulement de décider mais surtout de regarder comment on peut appliquer ces résolutions. Il y aura plusieurs parties très intéressantes, notamment sur notre organisation : comment on se déploie et se forme, comment on prend des responsabilités dans les structures… Un millier de délégués participeront à ce congrès dont le thème central est l’organisation de la CGT. À savoir les luttes (les retraites), la façon de peser syndicalement sur les transformations du travail, et la stratégie de lutte, afin de se renforcer dans toutes les catégories socioprofessionnelles.
Y a‑t-il un temps fort plus spécifique pour l’UD CGT 38 en 2026 ?
On a un comité général le 13 octobre, qui permettra de faire le bilan, l’après-midi, de nos trois grandes résolutions votées au congrès de 2024 : les services publics dans les territoires, la vie syndicale et le renforcement de la CGT, et les questions féministes. On fera un point d’étape sur le travail accompli par nos différents collectifs, dans la perspective d’une restitution au prochain congrès départemental, début 2028. La matinée, elle, sera consacrée au management. Les secrétaires des syndicats conviés discuteront de ces questions qui pèsent sur la santé des travailleurs, pouvant conduire à des défections, démissions ou arrêts de travail, voire à des suicides. Les invités ne sont pas encore confirmés mais l’idée est d’avoir quelques regards extérieurs sur les aspects sociologiques et psychologiques liés au management ainsi que sur les conséquences sur la santé.
« On a relancé la préfète car on demande depuis fin 2024 des assises de l’industrie, l’emploi et de l’environnement en Isère. »
La question des droits des femmes était l’une des trois priorités fixées. Sur quels axes travaille la CGT ?
D’abord les violences sexistes et sexuelles (VSS) dans la CGT. Cela passe par former les responsables, les commissions exécutives des structures, les représentants du personnel, à ces éléments. Mais aussi par les mobilisations comme le 8 mars. Ensuite on va regarder tous les accords signés dans les entreprises avec le personnel féminin. En interne, on vise une forme de parité, avec un renforcement des femmes en responsabilité. On doit progresser mais le secrétariat de l’UD compte cinq femmes sur huit.
Autre thème actuel, la désindustrialisation, illustrée par le cas Vencorex… Quel rôle peut jouer la CGT ?
Alors qu’on était sociétaires de la SCIC, Exalia est une structure privée donc on n’y participe pas, malgré nos liens avec Séverine [Dejoux, ex-déléguée CGT de Vencorex]. Mais la CGT a été l’outil qui a permis de débloquer la situation. S’il n’y avait pas eu ces assises du made in France et la venue du ministre, on en serait sûrement resté à la décision du tribunal de commerce, avec un État désengagé. Le lendemain, on a relancé la préfète car on demande depuis fin 2024 des assises de l’industrie, de l’emploi et de l’environnement en Isère. Tous les jours, il y a de nouveaux cas : Soitec, Ferropem… On est entré dans une nouvelle période avec des fermetures claires d’entreprises et on s’attend d’ici septembre à des effets d’opportunité avec la crise du pétrole. On a donc besoin de ces assises mais ici, la préfecture ne sait pas faire. Pourtant, la CGT a organisé une conférence sur l’industrie pour la préfecture de l’Allier, et les acteurs se projettent déjà sur une seconde conférence.
Quelles autres échéances à noter cette année ?
Le 19 juin, une journée sur le travail à l’IES. Puis le 23 juin, la conférence des UL et des professions, à Renage. Ensuite, il y aura une initiative, début juillet, pour les 90 ans des congés payés, ouverte aux comités d’entreprise et partenaires extérieurs. Enfin, temps fort de la fin 2026, les élections professionnelles dans la fonction publique (d’État, territoriale, hospitalière), du 3 au 10 décembre. C’est un moment qu’on prépare six mois en avance, où on va voir les salariés et agents, et où on essaye aussi de les syndiquer, pour renforcer notre organisation.
Propos recueillis par Manuel Pavard

Un ministre face aux propositions industrielles de la CGT
La CGT organisait le 26 mars, au Pont-de-Claix, les assises du « made in France ». Avec en point d’orgue, une table ronde sur la situation industrielle, qui a permis à Sophie Binet d’interpeller le ministre de l’Industrie et d’exposer ses propositions.
« N’attendez pas de moi que je critique un tribunal. » Le ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, était à la peine, le 26 mars au Pont-de-Claix, au lendemain de la décision du tribunal des affaires économiques de préférer un ferrailleur au projet industriel Exalia pour liquider les actifs de Vencorex. Fidèle à la doxa en vigueur depuis des décennies, il défend l’idée qu’un site industriel qui ferme peut être remplacé par des implantations de PME. Ce qu’on appelle la reconversion.
Mais la réalité s’impose : les plans de suppressions d’emplois se multiplient et le solde est dramatique. « La politique de l’offre est un naufrage », constatait Sophie Binet. Lors de ces assises du « made in France », la CGT a avancé un bilan national : 545 plans de licenciements depuis 2024, concernant 126 233 emplois menacés ou supprimés, dont 55 018 dans l’industrie.
« La politique de l’offre est un naufrage »
La secrétaire générale de la CGT a donc interpellé le ministre : priorité au made in France dans les marchés publics, contraintes sur les politiques d’achat des grandes entreprises, développement des circuits courts, stratégie industrielle assumée avec nationalisation de secteurs clés comme le médicament ou l’acier.
Elle a également détaillé plusieurs propositions concrètes. D’abord, la réforme des tribunaux de commerce, instances patronales privilégiant la vente au plus offrant sans considération pour l’emploi ni pour les filières industrielles. Ensuite, une transformation de la gouvernance des grandes entreprises avec davantage de représentants des salariés dans les conseils d’administration. De fait, les stratégies actuelles restent orientées vers les profits et les dividendes, au détriment de l’emploi et de l’avenir industriel.
Autre exigence : donner un droit de regard aux comités sociaux et économiques sur les aides publiques. Comme l’a révélé Fabien Gay, rapporteur de la commission d’enquête sénatoriale, 211 milliards d’euros sont en effet versés aux entreprises sans contrôle réel, constituant le premier budget de l’État.
Pour un État stratège
Enfin, la CGT plaide pour un État stratège. Car le recours au marché comme régulateur est un échec face aux politiques d’intervention massive des États-Unis ou de la Chine. « Aujourd’hui, la BPI se comporte comme la pire des banques privées », a accusé Sophie Binet, pointant son « refus de financer des projets de Scop ».
La journée s’est poursuivie par des échanges entre syndicalistes et ministre, évoquant projets industriels et dispositifs publics, jusqu’à des pistes comme la valorisation du cuivre des réseaux télécoms. Confirmation du rôle central des salariés et de la CGT dans la bataille pour la réindustrialisation.
Luc Renaud

Rester en tête dans la fonction publique
En décembre 2026, 5,8 millions d’agents éliront leurs représentants syndicaux. Un scrutin crucial pour la CGT, en Isère comme ailleurs.
Le 10 décembre 2026, plus de 5,8 millions d’agents de la fonction publique seront appelés à voter pour désigner leurs représentants – le vote électronique ouvrant, lui, le 3 décembre. Tous les quatre ans, ces élections professionnelles permettent de mesurer la représentativité syndicale dans les trois versants – État, territoriale et hospitalière – et de désigner les élus siégeant dans les comités sociaux et les différentes instances (CAP, CCP).
Premier syndicat de la fonction publique avec un peu plus de 20 % des voix en 2022, la CGT entend conforter sa place, notamment dans la territoriale et l’hospitalière où elle reste largement implantée. Ceci, sans négliger l’autre enjeu majeur : celui de la participation.
Déjà en recul lors des précédents scrutins, parfois sous les 40 % dans certains secteurs, la mobilisation des agents apparaît ainsi comme une bataille décisive, selon Nicolas Benoit, secrétaire général de l’UD CGT 38. « On a rencontré la préfecture car on ne veut pas que ça se passe comme les élections TPE organisées par l’État, où la participation est de 4 % », assène-t-il.
En Isère, où la fonction publique territoriale et hospitalière occupe une place importante, la CGT est déjà à pied d’œuvre pour informer les agents. L’occasion aussi d’en syndiquer certains. Dans le contexte actuel, ces élections restent un levier essentiel pour peser sur les choix publics et défendre les services. Nicolas Benoit avertit : « Le score de la CGT est ce qui va déterminer demain notre capacité à négocier avec le ministère. »
Manuel Pavard
1200
adhérents
pour la CGT en Isère, en 2026, selon les derniers chiffres de l’union départementale.
En pole dans la fonction publique
Avec environ 20,9 % des voix aux élections professionnelles de 2022, la CGT reste le premier syndicat de la fonction publique. Elle est talonnée par FO (18,7 %) et la CFDT (18,6 %). Suivent l’UNSA (11,7 %) et la FSU (9,1 %). La CGT est surtout portée par ses scores dans les fonctions publiques territoriale et hospitalière où elle approche respectivement les 28 et 30 %. Ses résultats sont en revanche moins bons dans la fonction publique d’État (environ 10,9 %), avec une position plus fragile notamment dans les ministères et l’Éducation nationale.
5,8
millions d’agents
sont appelés à voter en décembre 2026, dans les trois versants de la fonction publique. Ce qui fait de ces élections professionnelles l’un des plus grands scrutins du pays.
Un syndicaliste convoqué
Déjà convoqué au commissariat en février dernier, Baptiste Anglade, éducateur spécialisé et syndicaliste CGT, devait voir, le 16 avril, le délégué du procureur, convocation finalement reportée au 2 juin. Objectif : un « classement sous conditions en vue d’un avertissement pénal probatoire ». Ce, à la suite d’une plainte de la direction de l’école en travail social Ocellia, qui lui reproche sa participation à un piquet de grève, le 10 septembre 2025.
Devant le commissariat en février comme devant l’hôtel de ville en avril, des manifestants sont venus soutenir Baptiste Anglade, à l’appel de 48 organisations syndicales, politiques et associatives, qui dénoncent l’intimidation et la répression syndicale.


