Grenoble. Pluie d’hommages à Lilian Dejean, un an après sa mort
Par Manuel Pavard
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C’était le 8 septembre 2024… Témoin d’un accident de la circulation, boulevard Jean-Pain, entre le Stade des Alpes et la mairie de Grenoble, Lilian Dejean tentait d’empêcher la fuite du chauffard qui dégainait alors une arme et ouvrait le feu. L’agent municipal au service de la propreté urbaine, en poste ce matin-là, s’effondrait, mortellement touché de deux balles au thorax. Le meurtre du père de famille de 49 ans, unanimement apprécié, avait suscité une immense émotion, à Grenoble et même au-delà.

Un an après, jour pour jour, « le traumatisme et la déchirure sont toujours là », a souligné Éric Piolle en ouvrant, ce lundi 8 septembre 2025, la journée d’hommage à Lilian Dejean. L’annonce de sa mort « nous a fracassés », a également reconnu le maire de Grenoble, évoquant le choc ressenti bien sûr par sa famille, ses proches et ses collègues, mais aussi par « l’ensemble des agents du service public, partout en France ». Des témoignages de solidarité avaient ainsi été envoyés des quatre coins de l’Hexagone, tandis que de nombreuses collectivités avaient observé une minute de silence en sa mémoire. Des marques de sympathie qui avaient « énormément touché » Jean-Marc Dejean, comme il l’a rappelé ce lundi.

Entouré de sa famille et des nombreux anciens collègues et camarades de son frère Lilian, ce dernier a assisté aux diverses cérémonies organisées pour ce triste anniversaire. Première étape, en début de matinée, à la déchèterie Jacquard où la Métropole de Grenoble a dévoilé la fresque murale qui sera réalisée en l’honneur de l’agent assassiné. Sélectionnée par un comité réunissant la famille et des élus, l’artiste Valoushka a donné le premier coup de pinceau de cette œuvre « très colorée », chargée de symboles (l’hibiscus, le colibri…) renvoyant aux « origines guadeloupéennes » dont Lilian Dejean était si fier.

Sur la fresque — qui sera inaugurée d’ici le 3 octobre -, une citation symbolise le « geste désintéressé » accompli par ce « héros discret du quotidien », explique la street-artiste montpelliéraine : « Les héros tombent mais leur chute élève les consciences ». Une phrase résumant parfaitement celui « qui aurait pu détourner le regard mais qui ne l’a pas fait ». Des propos tenus par la préfète de l’Isère Catherine Séguin, et répétés dans des termes très proches par Éric Piolle et Jean-Marc Dejean.

Tous trois se sont exprimés à la tribune installée sur les marches situées derrière l’hôtel de ville de Grenoble. Peu après le temps de recueillement organisé par la CGT, à l’abri des regards des médias, au pied du Stade des Alpes, les agents municipaux se sont rassemblés en masse, ce lundi midi, pour assister à cette cérémonie officielle. L’occasion de voir la préfète remettre à la famille la Légion d’honneur, décernée à titre posthume à Lilian Dejean.

Un homme qui a eu « le courage » de se dresser « debout face à l’inacceptable », a aussi salué Catherine Séguin, au moment de dévoiler — ultime temps de ces cérémonies — la plaque apposée en hommage à Lilian Dejean sur le parvis de l’hôtel de ville. Une manière de rappeler « aux passants, aux générations futures, à ses collègues et à nos concitoyens » cet épisode tragique.

« Quand des gens sont dans le besoin, (…) il n’y a que deux choix possibles : aider ou détourner le regard », a asséné Jean-Marc Dejean au micro. Avant de conclure, les yeux humides, en pensant à son frère : « Et si certaines consciences se sont élevées grâce à son acte, quoi qu’il arrive, il aura réussi sa vie. »


