Grenoble. Un an après, expulsions prévues dans les mêmes logements à la Villeneuve

Par Manuel Pavard

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Amadou, livreur à vélo et ancien occupant du siège de la Métropole, est venu raconter son expérience, lui qui avait été expulsé d'un des appartements concernés, il y a un an.
Bis repetita à la Villeneuve ? Des associations, collectifs et syndicats ont pris la parole devant le siège d'Actis, ce mercredi 29 octobre, à Grenoble, pour alerter sur des expulsions programmées début novembre, galerie de l’Arlequin et place des Géants. Une procédure visant les mêmes logements que ceux dont avaient déjà été expulsées, en novembre 2025, les familles qui allaient ensuite occuper le siège de la Métropole durant dix mois. De nouveau livrés aux marchands de sommeil, ces appartements auraient pourtant dû être remis en location par le bailleur social.

Un curieux sen­ti­ment de déjà-vu. En fêtant la fin de l’oc­cu­pa­tion du siège de la Métro­pole de Gre­noble, fin sep­tembre, les mili­tants asso­cia­tifs ayant accom­pa­gné les familles relo­gées savou­raient cette vic­toire mais sans ver­ser dans l’eu­pho­rie. Tous conscients que les 150 anciens occu­pants de la Métro n’é­taient mal­heu­reu­se­ment qu’une goutte d’eau dans l’o­céan du mal-loge­ment. Ce qu’ils n’a­vaient pas pré­vu en revanche, c’est de revivre une situa­tion aus­si simi­laire.

Des mili­tants du DAL, de RESF et de l’in­ter­syn­di­cale enfants migrants se sont ras­sem­blés, aux côtés d’ex-occu­pants de la Métro, le 28 octobre, devant le siège social d’Ac­tis, à la Vil­le­neuve.

Ras­sem­blés ce mer­cre­di 28 octobre devant le siège social d’Ac­tis, les repré­sen­tants du DAL 38, de la FCPE Isère, de l’In­ter­syn­di­cale enfants migrants à l’école (FSU, CGT éduc’ac­tion, CNT édu­ca­tion, SUD édu­ca­tion) et de RESF 38 expliquent avoir été aler­tés, il y a quelques semaines, d’une série d’ex­pul­sions à venir, à par­tir du 2 novembre, dans l’en­semble du quar­tier de la Vil­le­neuve, à la gale­rie de l’Ar­le­quin comme sur la place des Géants.

Les 150 occu­pants du siège de la Métro­pole ont mené une lutte de dix mois avant d’être relo­gés.

À leur grande « sur­prise », ils découvrent que, par­mi les qua­rante-cinq loge­ments concer­nés, figurent notam­ment « les mêmes appar­te­ments que ceux dont ont été expul­sés, l’an der­nier, tout au long du mois de novembre 2025, une par­tie des anciens occu­pants du siège de la Métro­pole », indique au micro Manon, mili­tante du DAL. C’est après avoir été mis à la rue que de nom­breux livreurs à vélo avaient inves­ti avec leurs familles le bâti­ment de la place André-Mal­raux, le 19 novembre 2025, don­nant le coup d’en­voi d’une lutte de dix mois.

Les logements auraient dû être remis en location

À l’é­poque pour­tant, le bailleur social Actis jus­ti­fiait ces expul­sions par la néces­si­té de remettre en loca­tion des loge­ments que s’é­taient acca­pa­rés des mar­chands de som­meil. Or, un an après, rien n’a été fait et ces mêmes appar­te­ments étaient occu­pés par des familles pré­caires payant un loyer à des faux pro­prié­taires et vrais escrocs. Par­mi elles, on retrouve notam­ment les familles éva­cuées, le 21 juillet, du squat Léon-Blum, à Gre­noble.

« Aucune solu­tion n’avait alors été pro­po­sée aux douze enfants et dix-neuf adultes — dont des femmes enceintes et des per­sonnes en situa­tion de han­di­cap — qui y vivaient, contrai­re­ment à l’obligation qui incombe à l’État de mettre à l’abri toute per­sonne qui en a le besoin. Elles n’ont alors eu d’autre choix que de s’en remettre aux mar­chands de som­meil pour ne pas res­ter à la rue », déplorent les asso­cia­tions.

Manon, mili­tante du DAL 38, lit le com­mu­ni­qué com­mun des dif­fé­rentes orga­ni­sa­tions, devant deux pères de famille vic­times d’ex­pul­sion.

L’an­née der­nière, « on avait bien com­pris que c’é­tait impé­ra­tif pour Actis d’ex­pul­ser ces loge­ments puis­qu’ils devaient être mis en loca­tion », iro­nise Manon. Mais « aujourd’­hui, on voit que ce n’est pas le cas », ajoute-t-elle. Le choix, ou plu­tôt le non-choix du bailleur social, inter­pelle. « Manque de moyens ? Manque d’en­vie ? » : la mili­tante du DAL 38 est indé­cise. Pré­sents au ras­sem­ble­ment, les élus muni­ci­paux LFI Khe­mis­ti Bou­be­ker et Robin­son Ros­si n’hé­sitent pas à tacler Actis, avouant ne pas com­prendre « pour­quoi ces appar­te­ments n’ont pas été réno­vés et remis à la loca­tion ».

Des familles « triplement victimes »

Venu appor­ter son sou­tien, Ama­dou, ex-occu­pant de la Métro et membre du syn­di­cat CGT des livreurs à vélo, met quant à lui en garde les familles vivant actuel­le­ment dans ces loge­ments de la Vil­le­neuve. « Il y a des per­sonnes qui vont être mises dehors mais on sait déjà qu’il n’y aura pas de solu­tions d’hé­ber­ge­ment pour ces gens-là », pré­vient-il. Chat échau­dé craint l’eau froide en effet. Ama­dou se sou­vient que même la « pré­sence de femmes enceintes et d’en­fants en bas âge » n’a­vait pas suf­fi à convaincre les ser­vices pré­fec­to­raux et dépar­te­men­taux.

Ama­dou, ex-occu­pant de la Métro et livreur à vélo, le jour du départ du bâti­ment, le 22 sep­tembre der­nier.

« Nous savons qu’il est peu pro­bable, cette fois encore, que des solu­tions de relo­ge­ment soient pro­po­sées aux occu­pants des loge­ments concer­nés », confirme Manon, qui dénonce la triple peine infli­gée à toutes ces familles pré­caires. Celles-ci sont ain­si « vic­times des man­que­ments de l’État face à la loi qui doit garan­tir un héber­ge­ment à toute per­sonne sans-abri ; vic­times des mar­chands de som­meil ; vic­times des pro­cé­dures d’expulsion enga­gées par le bailleur, faci­li­tées par la loi Kas­ba­rian anti-squat ».

Une quinzaine d’écoliers du quartier vivent dans ces logements

Expul­ser ces per­sonnes aura par ailleurs de lourdes consé­quences sur leurs démarches et accom­pa­gne­ments en cours, en matière d’ac­cès aux soins, à leurs droits… Ou à l’é­du­ca­tion pour les enfants, sco­la­ri­sés pour cer­tains dans les écoles du quar­tier. « À ce jour, plus d’une quin­zaine d’en­fants de nos écoles vivraient dans des loge­ments sus­cep­tibles d’être concer­nés », pré­cisent ain­si deux ensei­gnants du quar­tier, lisant une lettre ouverte signée par 120 membres des équipes édu­ca­tives et des per­son­nels des écoles de la Vil­le­neuve, du col­lège Lucie-Aubrac et de l’é­cole Jean-Racine.

« En tant que pro­fes­sion­nels, nous sommes par­ti­cu­liè­re­ment pré­oc­cu­pés car nous connais­sons les graves consé­quences sur nos élèves de cette pré­ca­ri­té », pour­suivent-ils. D’où leur demande de « sus­pendre les opé­ra­tions d’ex­pul­sion annon­cées le temps qu’un exa­men des situa­tions fami­liales soit réa­li­sé et que des solu­tions adap­tées soient recher­chées ».

« J’ai payé 3000 euros à un faux propriétaire »

Dans un tel contexte, les asso­cia­tions et col­lec­tifs réaf­firment leur incom­pré­hen­sion, se deman­dant « pour­quoi ces expul­sions sont menées chaque année si elles ne per­mettent jamais de rendre ces loge­ments au par­cours loca­tif clas­sique ». Le phé­no­mène n’est en outre pas cir­cons­crit à la Vil­le­neuve et Actis. Illus­tra­tion avec Ali, père de famille avec trois enfants — dont un en situa­tion de han­di­cap — qui a reçu un avis d’ex­pul­sion de son loge­ment géré par le bailleur Alpes Isère Habi­tat (AIH), à Saint-Mar­tin-d’Hères. « Je me suis fait arna­quer par un faux pro­prié­taire », se désole-t-il. « J’ai payé 3000 euros et il a dis­pa­ru ensuite. »

Les anciens occu­pants du siège de la Métro­pole et leurs sou­tiens se sont retrou­vés devant Actis, un an après le début de leur com­bat com­mun.

« Tan­dis que les loge­ments sociaux vides sont lais­sés à la mer­ci des mar­chands de som­meil et que les bâti­ments vides et réqui­si­tion­nables se comptent par mil­liers, les remises à la rue s’enchaînent et le nombre de per­sonnes sans toit ne cesse d’augmenter », s’in­surgent les asso­cia­tions, qui pointent éga­le­ment la pénu­rie de places d’hé­ber­ge­ment pro­po­sées par l’É­tat.

« On se tient prêt à agir si la réponse des pou­voirs publics n’est pas à la hau­teur. »

Au vu de la situa­tion, pour­rait-on revivre une nou­velle occu­pa­tion mas­sive d’un bâti­ment ins­ti­tu­tion­nel, comme avec le siège de la Métro­pole ? Per­sonne ne le sou­haite et tout le monde espère encore trou­ver une autre issue. Mais la balle n’est pas dans leur camp, sou­ligne Raphaël, mili­tant du DAL. « On se tient prêt à agir si la réponse des pou­voirs publics n’est pas à la hau­teur », lâche-t-il en guise d’a­ver­tis­se­ment. Tout en rap­pe­lant que ce sont les familles qui déci­de­ront de la forme que prend la lutte.

Plei­ne­ment mobi­li­sés, le DAL, l’in­ter­syn­di­cale enfants migrants, la FCPE et RESF rap­pellent leurs reven­di­ca­tions : la fin des expul­sions sans relo­ge­ments décents et adap­tés pour chaque per­sonne concer­née, la baisse des loyers dans le pri­vé et le social, la créa­tion des places d’hébergement décentes et adap­tées, la réqui­si­tion des loge­ments et bâti­ments vacants dans la métro­pole gre­no­bloise, la régu­la­ri­sa­tion de toutes les per­sonnes sans-papiers qui vivent ici, tra­vaillent ici, étu­dient ici.

Le siège social d’Ac­tis est situé à quelques enca­blures de la place des Géants où sont situés une par­tie des loge­ments mena­cés d’ex­pul­sion.

Le DAL 38 a éga­le­ment sai­si la Défen­seure des droits, le pro­cu­reur de la Répu­blique, la pré­fète de l’Isère, et écrit à la mai­rie de Gre­noble, à la Métro­pole, et à Actis. L’as­so­cia­tion espère main­te­nant un retour rapide… Car le 2 novembre arrive dans quelques jours.

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