Grenoble. Les 150 occupants du siège de la Métropole relogés après dix mois de lutte

Par Manuel Pavard

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Les désormais ex-occupants de la Métro ont tenu une conférence de presse devant le bâtiment mardi 22 septembre, au soir de la fin de l'occupation.
L'occupation du siège de la Métropole de Grenoble, débutée il y a dix mois, a pris fin ce mardi 22 septembre. Les 150 travailleurs et travailleuses sans-logis - essentiellement des livreurs à vélo - et leurs familles ont en effet tous obtenu un toit, pour la plupart dans des bâtiments vides fournis par différentes communes (de gauche). L'aboutissement d'une lutte collective exemplaire, soutenue par de nombreuses organisations. Les ex-occupants manifesteront samedi 26 septembre devant la Métro, pour fêter la victoire mais aussi pour rappeler que le combat continue, avec des milliers de Grenoblois toujours privés de logement ou vivant dans des habitats indignes.

C’é­tait il y a dix mois. Le 19 novembre 2025, des livreurs à vélo et leurs familles, expul­sés de leurs loge­ments de la place des Géants où ils vivaient sous la coupe de mar­chands de som­meil, trou­vaient refuge au siège de Gre­noble-Alpes Métro­pole, place André-Mal­raux. Nul ne l’i­ma­gi­nait alors mais cette occu­pa­tion allait durer 308 jours. Trois cent huit jours à vivre à 150 per­sonnes dans une salle, avec des femmes enceintes et des enfants en bas âge, dans des condi­tions d’hy­giène et de pro­mis­cui­té très dif­fi­ciles… Jus­qu’à ce mar­di 22 sep­tembre : « Aujourd’­hui, les portes de la Métro se ferment », se sont ain­si féli­ci­tés les occu­pants le soir même, devant la presse.

Ama­dou, porte-parole des occu­pants et livreur à vélo CGT, au micro.

« Nous avions déci­dé de res­ter tant que les 150 per­sonnes n’au­raient pas été relo­gées », ont-ils expli­qué. « Les pro­messes ont été tenues de part et d’autre : la Métro­pole a relo­gé les 150, et nous quit­tons les lieux comme nous l’a­vions dit. » Après dix mois de lutte mar­quée par des ras­sem­ble­ments, des mani­fes­ta­tions, des confé­rences de presse, des inter­ven­tions en conseil métro­po­li­tain, la tren­taine de sans-logis qui demeu­raient sans solu­tion de relo­ge­ment au début de l’é­té ont eux aus­si obte­nu un toit.

« Certaines communes n’ont même pas voulu nous recevoir »

Des loge­ments attri­bués grâce à deux dis­po­si­tifs, ont-ils détaillé : « l’un por­té par la Métro­pole, avec l’as­so­cia­tion Un Toit pour tous ; l’autre dans des bâti­ments vides de l’É­ta­blis­se­ment public fon­cier local (EPFL), avec l’ac­cord des com­munes concer­nées ». Il s’a­git de Gre­noble, Saint-Mar­tin-d’Hères, Échi­rolles, Saint-Égrève, Mey­lan, La Tronche, Pont-de-Claix, Gières et Seys­si­net-Pari­set. Toutes ou presque toutes de gauche — Mey­lan a certes bas­cu­lé à droite aux der­nières muni­ci­pales mais la pro­cé­dure avait été enclen­chée par la pré­cé­dente majo­ri­té de gauche.

Les dra­peaux de l’UL CGT Grand Gre­noble, par­ti­cu­liè­re­ment active dans le sou­tien à l’oc­cu­pa­tion.

De fait, avant cette issue heu­reuse, rien n’a été facile dans les négo­cia­tions avec les col­lec­ti­vi­tés, se sou­viennent Raphaël Beth, mili­tant du DAL 38, et Ama­dou, ex-occu­pant et livreur à vélo syn­di­qué à la CGT. « La Métro­pole a été à notre écoute et a pris ses res­pon­sa­bi­li­tés », estime ce der­nier. En revanche, les muni­ci­pa­li­tés n’ont pas toutes pris leur part, loin s’en faut. « Quelques com­munes ont pro­po­sé des biens dès qu’on est arri­vés ici, d’autres ont cédé, avec l’ap­pui de la Métro. Mais il y a aus­si des com­munes qui n’ont jamais pro­po­sé quelque chose et cer­taines com­munes qui n’ont même pas vou­lu nous rece­voir », s’in­digne Ama­dou.

Il cite notam­ment le cas de Fon­taine : « On a visi­té une mai­son là-bas. Il n’y avait per­sonne dedans, pour­tant elle avait sept chambres, donc elle pou­vait accueillir beau­coup de per­sonnes. » Mais la ville de Fon­taine n’a pas répon­du aux sol­li­ci­ta­tions des occu­pants. Pas une grande sur­prise s’a­gis­sant d’une mai­rie de droite, néan­moins Ama­dou ne ménage pas non plus cer­taines muni­ci­pa­li­tés de gauche : « À Gières, on avait iden­ti­fié deux bâti­ments mais la plus grande mai­son a été refu­sée par la com­mune. » Quant à Gre­noble, celle-ci « n’a jamais vou­lu prendre de familles », regrette-t-il. « C’é­tait soit des hommes seuls, soit des couples sans enfants… Car c’é­tait des petits stu­dios. »

« Deux grands absents, la préfecture et le département »

Beau­coup de com­munes se sont long­temps ren­voyées la balle, crai­gnant que les autres n’as­sument pas leur part. Et puis, bien sûr, il y a « les deux grands absents, c’est-à-dire la pré­fec­ture de l’I­sère et le Dépar­te­ment », accuse Raphaël Beth. « La posi­tion de la pré­fec­ture, ça a été de dire à la Métro­pole, ‘si vous avez besoin de nous pour expul­ser, on est là’. Elle n’a pas varié ensuite, même sur des demandes très indi­vi­duelles, avec des per­sonnes prio­ri­taires, etc. Et le Dépar­te­ment, lui, n’a car­ré­ment jamais répon­du alors qu’­hé­ber­ger une par­tie des familles rele­vait pour­tant de sa com­pé­tence, via l’aide sociale à l’en­fance. »

Les occu­pants ont vive­ment remer­cié les nom­breux mili­tants et per­sonnes les ayant sou­te­nus durant dix mois.

Comme à chaque fois, le pro­blème est lié au « manque criant de bud­get et d’in­ves­tis­se­ment de l’É­tat dans les ques­tions de loge­ment et d’hé­ber­ge­ment d’ur­gence, mais éga­le­ment de régu­la­ri­sa­tion », sou­ligne le mili­tant du DAL. Lequel évoque en effet ce qui fera l’ob­jet de leur « pro­chain com­bat, vis-à-vis de la pré­fec­ture ». Expli­ca­tions : « Il y a énor­mé­ment de per­sonnes qui sont héber­gées par la Métro­pole et la Ville de Gre­noble et qui pour­raient avoir accès au loge­ment social dès qu’ils sont régu­la­ri­sés — car ce sont pour la plu­part des gens qui tra­vaillent. » Ce qui aurait, pour­suit-il, « un double avan­tage. Déjà, pour les per­sonnes, de rejoindre des loge­ments de droit com­mun et ain­si de pou­voir vivre digne­ment. Et l’in­té­rêt pour la Ville et la Métro, c’est de pou­voir libé­rer des places d’hé­ber­ge­ment d’ur­gence pour d’autres per­sonnes qui en ont besoin. »

Une vingtaine de personnes sans solution

Raphaël Beth le rap­pelle en effet, si les 150 occu­pants pré­sents dès le début ont pu enfin être relo­gés, ce n’est pas le cas de tout le monde. « Il y a aus­si une ving­taine de per­sonnes qui sont arri­vées à la Métro ces der­niers mois et qui ont par­ti­ci­pé à ce com­bat en espé­rant que des loge­ments se libèrent. » Mais celles-ci ne fai­sant pas par­tie de l’ac­cord ini­tial, elles sont res­tées sur le car­reau. « Mal­heu­reu­se­ment, il n’y a pas eu de solu­tion pour eux alors que l’É­tat aurait pu faire appli­quer la loi et relo­ger les der­niers qui res­taient », déplore le mili­tant.

Outre cette ving­taine de sans-logis, « des cen­taines de per­sonnes sont venues toquer à la porte de la Métro tous les jours », raconte-t-il. « Des gens qu’on a dû sou­vent refou­ler en leur disant ‘on se bat pour tout le monde mais ce n’est pas pos­sible de t’ins­tal­ler ici’. » Des refus qui ont lais­sé des traces, selon lui. « Lais­ser des per­sonnes sans-abri dire non à d’autres per­sonnes sans-abri, c’est d’une inhu­ma­ni­té vrai­ment révol­tante », s’in­digne Raphaël Beth.

« On n’a pas deman­dé la cha­ri­té. On récla­mait sim­ple­ment l’ap­pli­ca­tion de la loi ! »

Une frus­tra­tion et des regrets qui se doublent tou­te­fois d’une réelle fier­té pour les occu­pants. « Cette mobi­li­sa­tion a per­mis de prou­ver que la lutte col­lec­tive paye », assènent-ils. Et d’a­jou­ter : « Nous ne nous sommes pas bat­tus seuls et pas pour nous seuls. » D’un côté, un large sou­tien reçu de la part de plu­sieurs asso­cia­tions (DAL, Cimade, CISEM, RESF…), syn­di­cats (CGT, Soli­daires, CNT, FSU) et par­tis de gauche (PCF, LFI, NPA, LO…). De l’autre, le sou­tien appor­té par les occu­pants aux luttes des tra­vailleurs sociaux, des sala­riés en grève de Teis­seire ou encore des familles dor­mant dans les écoles.

Les femmes ont joué un grand rôle dans cette lutte col­lec­tive exem­plaire.

Des liens tis­sés qui leur ont aus­si per­mis de sup­por­ter la vie quo­ti­dienne au siège de la Métro­pole, par­ti­cu­liè­re­ment dure. Avec la fatigue et le stress per­ma­nent, les dif­fi­cul­tés pour les livreurs à vélo, les mala­dies s’at­tra­pant beau­coup plus faci­le­ment… « On a per­du des vies ici », rap­pelle éga­le­ment Ama­dou, qui se remé­more les fausses couches subies par plu­sieurs femmes enceintes, direc­te­ment impu­tées par des méde­cins aux condi­tions de vie sur place. Le pire dans tout ça, sou­ligne Raphaël Beth, « c’est qu’on n’a pas deman­dé la cha­ri­té. On récla­mait sim­ple­ment l’ap­pli­ca­tion de la loi ! »

Rendez-vous samedi 26 septembre devant la Métro

Les ex-occu­pants du siège de la Métro­pole appellent à se retrou­ver same­di 26 sep­tembre, à par­tir de 13h30, devant le bâti­ment de la place André-Mal­raux. Une mani­fes­ta­tion « pour célé­brer la vic­toire et pour dire que le com­bat doit conti­nuer » !

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