Pont-de-Claix. Le projet Exalia abandonné : « un gâchis industriel, social et humain »
Par Manuel Pavard
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Séverine Dejoux et Olivier Six avaient parlé eux-mêmes de « montagnes russes », le 3 avril. Ce jour-là, l’ancienne salariée et élue CGT de Vencorex et le PDG de CIC Orio, porteurs du projet de reprise Exalia, voyaient l’espoir revenir au sortir d’une réunion encourageante à Bercy, dix jours après le coup de massue du tribunal des activités économiques de Lyon (ex-tribunal de commerce) qui avait rejeté leur offre. Conscients des difficultés à venir, ils appelaient toutefois à ne pas s’emballer. Une prudence malheureusement justifiée… Car ce mardi 9 juin au matin, tous deux ont annoncé dans un communiqué « l’abandon définitif » du projet Exalia. Décision à laquelle ils ont été « contraints ».
Cette fois, plus de place au doute malheureusement. Les porteurs de projet évoquent ainsi le « retrait définitif et irrévocable » de leur offre visant à la renaissance industrielle de la plateforme chimique de Pont-de-Claix. « Les impératifs de délais, l’inertie et les verrous procéduraux actuels condamnent définitivement un projet qui représentait pourtant l’avenir d’une filière industrielle régionale et nationale stratégique », déplorent Séverine Dejoux et Olivier Six, avec « un profond sentiment de révolte, d’amertume ».
« Les aberrations de la gestion d’une liquidation judiciaire »
Outre les « centaines de milliers d’euros investis à fonds perdus en études techniques et juridiques », il s’agit avant tout, selon eux, d’un « gâchis industriel, social et humain inacceptable ». Ce, à l’image du « travail colossal » abattu durant un an par l’équipe pilotant le projet, finalement en pure perte. « L’échec d’Exalia est l’histoire d’un projet industriel stratégique, solide et unanimement soutenu, percuté par les aberrations de la gestion d’une liquidation judiciaire », résume le duo.

Un « fiasco » qui s’est écrit en deux temps. D’abord avec la décision du 24 mars du tribunal de commerce, qui a préféré céder l’essentiel des installations au ferrailleur drômois All Metal, « sur la recommandation du liquidateur judiciaire ». Un choix « court-termiste », regrettent Séverine Dejoux et Olivier Six. Dictée par « la recherche d’un gain immédiat de 1,5 millions d’euros », cette décision « occulte totalement l’abysse financier que devraient représenter, à terme, les coûts réels de démantèlement et de dépollution de la plateforme », soulignent-ils.
La deuxième étape correspond à la seconde offre formulée par les promoteurs d’Exalia. Refusant d’abandonner, ceux-ci se sont appuyés sur le soutien de leurs partenaires, notamment le « support financier renforcé de l’État et de la ville du Pont-de-Claix », pour tenter de racheter les actifs restants et négocier le rachat des installations nécessaires auprès du ferrailleur. Proposition qui s’est là encore heurtée à un refus, malgré d’intenses discussions.
« La vente à la découpe plutôt que la continuité d’un projet industriel »
Pour le binôme, le responsable est clairement désigné : « le cadre procédural de la liquidation judiciaire et la rigidité de l’application de ce cadre revendiquée par le liquidateur judiciaire. En privilégiant la vente à la découpe plutôt que la continuité d’un projet industriel d’avenir, le liquidateur a revendiqué la prévalence d’une logique comptable immédiate sur l’intérêt général », dénonce-t-il.

Les porteurs de projet pointent « un coup d’arrêt dramatique ». Exalia avait pour vocation « de recréer plus de 250 emplois directs à court terme, de sauver une mine de sel stratégique et de permettre le développement sur la plateforme du Pont-de-Claix, d’une chimie d’avenir, moderne et décarbonée ». Les conséquences de cet abandon s’annoncent lourdes, avec une « perte de souveraineté majeure » et la disparition d’un « actif hautement stratégique » pour le pays.
Séverine Dejoux et Olivier Six avertissent : « Le projet Exalia devait sécuriser la production nationale de matières premières stratégiques indispensables à nos industries clés, notamment pour le nucléaire, l’armement, le traitement de l’eau et à la chaîne agroalimentaire. » Ainsi, « l’arrêt de cette production force désormais la France à importer massivement ces composants essentiels ». D’où une nouvelle « dépendance » et d’inévitables « surcoûts » pour les entreprises et les collectivités. Sans compter le coût humain pour les ex-salariés de Vencorex arrivés en fin de droits, qui espéraient encore une embauche chez Exalia.
Perte de souveraineté, surcoût et hérésie écologique
Les deux partenaires fustigent enfin « une hérésie écologique », avec l’augmentation de l’empreinte carbone de produits importés de l’étranger — au lieu d’une production locale « moderne et décarbonée ». « C’est un contresens écologique total à l’heure de la transition environnementale », s’insurgent-ils.
Séverine Dejoux et Olivier Six appellent à tirer les leçons de ce « désastre inadmissible ». Cet échec est en effet « inacceptable », concluent les porteurs du projet Exalia. « Il doit aujourd’hui servir de contre-exemple absolu et de jurisprudence de ce qui ne doit plus jamais se produire en France. Le droit des procédures collectives ne peut plus être le fossoyeur de notre souveraineté industrielle. »


