« Le 1er Mai est à nous » : l’intersyndicale Isère unie et déterminée face aux attaques

Par Manuel Pavard

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Les représentants des syndicats isérois (de gauche à droite, FSU, CGT, CFDT et Solidaires) devant la fresque ornant la bourse du travail de Grenoble.
L'intersyndicale Isère organisait une conférence de presse ce mardi 28 avril, à la bourse du travail de Grenoble, pour présenter la mobilisation du vendredi 1er mai, journée internationale de lutte des travailleurs et des travailleuses, qui donnera lieu à plusieurs manifestations et rassemblements dans le département (à Grenoble, Bourgoin-Jallieu, Vienne et Roussillon). Dans un contexte de remise en cause du 1er Mai par le gouvernement, la droite et le patronat, les syndicats réaffirment l'importance de cette date, pour défendre les conquis sociaux et revendiquer de nouveaux droits.

« Le 1er Mai n’est pas un jour comme les autres, il est à nous ! » La jour­née inter­na­tio­nale de lutte pour les droits des tra­vailleurs et des tra­vailleuses, à l’o­ri­gine de nou­veaux droits, « gagnés dans le sang aux États-Unis, par les ouvriers et ouvrières de Chi­ca­go, et en France avec Four­mies » [NDLR : res­pec­ti­ve­ment en 1886 et 1891]. Léa Mar­ti­nez-Comel­li, secré­taire à la vie syn­di­cale de la CGT 38, tient à ce rap­pel his­to­rique pour remettre les points sur les i. Comme ses cama­rades de l’in­ter­syn­di­cale Isère, elle a peu goû­té l’of­fen­sive conjointe du gou­ver­ne­ment, de la droite, de l’ex­trême droite et du patro­nat, contre le 1er Mai.

Ban­de­role de tête de la mani­fes­ta­tion gre­no­bloise le 1er mai 2025.

Réunis à la bourse du tra­vail de Gre­noble, ce mar­di 28 avril, les repré­sen­tants de la CGT, de la FSU, de la CFDT et de Soli­daires tiennent à affi­cher une « uni­té impor­tante face aux attaques qui viennent d’un peu par­tout », sou­ligne Cathe­rine Le Coz (CFDT). Le 1er-Mai a en effet une saveur par­ti­cu­lière cette année alors que la mobi­li­sa­tion des syn­di­cats a per­mis de faire recu­ler une pre­mière fois Gabriel Attal et ses alliés patro­naux. Les­quels tentent mal­gré tout de pas­ser en force, concer­nant les sala­riés des bou­lan­ge­ries et des fleu­ristes.

« Le gouvernement s’assoit sur l’État de droit »

David Sujo­bert, co-secré­taire dépar­te­men­tal de la FSU en Isère, fus­tige ain­si « le pro­cé­dé du gou­ver­ne­ment, qui s’as­soit sur l’É­tat de droit et sur le vote démo­cra­tique d’une loi » en atta­quant ce sym­bole de lutte poli­tique et syn­di­cale. « C’est très inquié­tant », estime-t-il, car cela four­nit « un bou­le­vard pour un pou­voir auto­ri­taire les années sui­vantes ». Et le syn­di­ca­liste d’é­gre­ner plu­sieurs exemples récents simi­laires : « Le der­nier bud­get a été impo­sé par le 49.3, la réforme des retraites idem… »

Léa Mar­ti­nez-Comel­li raille quant à elle la com­mu­ni­ca­tion de Gabriel Attal, qui a com­men­cé à « dif­fu­ser son nar­ra­tif sur la liber­té de tra­vailler le 1er mai ». L’an­cien Pre­mier ministre adopte même « une pos­ture sépa­ra­tiste en appe­lant à ne pas res­pec­ter la loi », s’in­digne-t-elle. Der­rière ces dis­cours, c’est toute une idéo­lo­gie qui est à l’œuvre. « Ils veulent en faire une fête du tra­vail mais on n’est pas à Vichy, s’in­surge la syn­di­ca­liste. Le 1er Mai, c’est la fête des tra­vailleurs. »

« Ils veulent en faire une fête du tra­vail mais on n’est pas à Vichy. Le 1er Mai, c’est la fête des tra­vailleurs et des tra­vailleuses. »

Les syn­di­cats tirent en outre la son­nette d’a­larme, la droite tra­di­tion­nelle n’est pas la seule à la manœuvre. « Le Ras­sem­ble­ment natio­nal, caché, attend de prendre le pou­voir », pré­vient Cathe­rine Le Coz. Tous rap­pellent d’ailleurs les poli­tiques des muni­ci­pa­li­tés RN, à l’i­mage du maire de Lié­vin (Pas-de-Calais), qui a déci­dé de sup­pri­mer la céré­mo­nie du 1er mai en hom­mage aux 42 mineurs morts le 27 décembre 1974. « Les masques tombent », constate David Sujo­bert.

« C’est la confir­ma­tion de ce que dénonce l’in­ter­syn­di­cale, abonde Léa Mar­ti­nez-Comel­li. Le RN est une impos­ture sociale. Il suf­fit de voir ce qu’ils votent à l’As­sem­blée natio­nale. » La res­pon­sable CGT évoque par ailleurs la ren­contre entre Jor­dan Bar­del­la et le Medef, illus­trant la col­la­bo­ra­tion crois­sante entre le RN et le patro­nat. Patro­nat qui remet au goût du jour une vieille antienne des années 1930, adop­tée à l’é­poque par une par­tie de la bour­geoi­sie, rap­pelle Léa Mar­ti­nez-Comel­li : « Plu­tôt Hit­ler que le Front popu­laire ».

L’in­ter­syn­di­cale affiche son uni­té et sa déter­mi­na­tion pour défendre le 1er Mai.

L’in­ter­syn­di­cale pointe éga­le­ment « l’ab­sence de contrôles » réa­li­sés sur le tra­vail illé­gal le 1er mai, la hié­rar­chie met­tant des bâtons dans les roues des ins­pec­teurs du tra­vail, qui ont mani­fes­té à ce sujet, lun­di 27 avril, devant la DDETS, à Gre­noble. D’où des « dis­cri­mi­na­tions » vécues par cer­tains sala­riés, contraints de tra­vailler par leur employeur. Pour cou­ron­ner le tout, « il manque plus de 700 ins­pec­teurs du tra­vail », selon la CGT, qui déplore « la fin des CHSCT, vrai pro­blème pour frei­ner le patro­nat ».

« Revendiquer de nouveaux droits »

Dans ce contexte, il est vital de se mobi­li­ser ce ven­dre­di 1er mai « pour exi­ger le main­tien du 1er Mai et des conquis sociaux, mais aus­si pour reven­di­quer de nou­veaux droits », assène Léa Mar­ti­nez-Comel­li. À Gre­noble, Bour­goin-Jal­lieu, Rous­sillon et Vienne, les mani­fes­tants défi­le­ront ou se ras­sem­ble­ront pour récla­mer « des mesures d’ur­gence contre la vie chère », pour « refu­ser la bana­li­sa­tion du racisme, de l’an­ti­sé­mi­tisme, du sexisme et des LGBT­pho­bies ».

Sans oublier, ajoute Cyril Nico­sia (Soli­daires), pour « dénon­cer la mise au pas des orga­ni­sa­tions contes­ta­taires s’op­po­sant à l’au­to­ri­ta­risme guer­rier ». Le syn­di­ca­liste cite ain­si les « envo­lées guer­rières » d’Em­ma­nuel Macron et la poli­tique de la France qui « envoie des armes pour la cam­pagne géno­ci­daire en Pales­tine ». Ceci, alors que le 1er Mai repré­sente, selon les syn­di­cats, la soli­da­ri­té entre tra­vailleurs de tous les pays. « L’é­ga­li­té, la liber­té et la fra­ter­ni­té », résume la CGT.

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