Échirolles. Mobilisation contre une fermeture de classe à l’école Marcel-Cachin

Par Manuel Pavard

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Enseignants et parents d'élèves ont manifesté devant le portail de l'école Marcel-Cachin avant le début des cours, jeudi 2 avril au matin.
Les enseignants et parents d'élèves de l'école Marcel-Cachin, à Échirolles, se sont rassemblés devant l'établissement, jeudi 2 avril, à l'appel de la CGT éduc'action, pour protester contre une fermeture de classe prévue à la rentrée prochaine. Soutenus par des représentants syndicaux (CGT et CNT) et des élus de la municipalité, les manifestants fustigent une décision qui se répercutera sur l'ensemble des niveaux. Et qui ne tient pas compte des spécificités de l'école, classée en REP+. Au total, près d'une centaine de classes doivent fermer en Isère, selon la carte scolaire dévoilée vendredi 3 avril.

Leurs craintes ont mal­heu­reu­se­ment été confir­mées par la carte sco­laire 2026–2027, dévoi­lée le len­de­main par les ser­vices de l’É­du­ca­tion natio­nale en Isère. Comme le redou­taient parents et ensei­gnants, l’é­cole élé­men­taire Mar­cel-Cachin, à Échi­rolles, per­dra bien une classe de CP à la ren­trée de sep­tembre. Fer­me­ture qui a conduit ces der­niers à se mobi­li­ser, avec la CGT éduc’ac­tion, appe­lant à un ras­sem­ble­ment sur les lieux jeu­di 2 avril, à la veille de l’an­nonce.

Plu­sieurs élus étaient pré­sents, dont la maire d’É­chi­rolles Aman­dine Demore.

Les mani­fes­tants se sont ain­si réunis dès 8h15 le matin, devant le por­tail de l’é­cole. À leurs côtés, des repré­sen­tants syn­di­caux CGT et CNT, mais aus­si des élus locaux : la maire PCF d’É­chi­rolles Aman­dine Demore, le pre­mier adjoint Pierre Labriet, élu à l’é­du­ca­tion, et l’ad­joint aux finances Auré­lien Farge. Sans oublier la Batu­ka­VI, venue sou­te­nir la lutte en musique.

« Si la classe n’avait pas fermé, on aurait pu avoir des effectifs plus allégés »

Les pan­cartes bran­dies lors du ras­sem­ble­ment tra­dui­saient, elles, les rai­sons de la colère et de la mobi­li­sa­tion. « Classes sur­char­gées = éga­li­té mena­cée » ; « Fer­mer une classe, c’est fer­mer des chances » ; « En classe comme un pois­son dans l’eau et pas comme une sar­dine en boîte »… Les CP, qui pas­se­ront de quatre à trois classes à la ren­trée, ne seront en effet pas les seuls tou­chés par cette mesure. « C’est toute l’é­cole qui perd une classe : si elle n’a­vait pas fer­mé, on aurait pu avoir des effec­tifs un peu plus allé­gés et mieux répar­tir les CM1/CM2 », sou­ligne une ensei­gnante.

La mobi­li­sa­tion est née d’é­changes entre les parents d’é­lèves délé­gués et les ensei­gnants de l’é­cole Mar­cel-Cachin.

Ici comme dans les autres éta­blis­se­ments concer­nés, les ser­vices aca­dé­miques invoquent la baisse démo­gra­phique pour jus­ti­fier les fer­me­tures de classes — près d’une cen­taine dans toute l’I­sère. Mais cette nou­velle carte sco­laire ne prend pas en compte les par­ti­cu­la­ri­tés de l’é­cole Mar­cel-Cachin, accusent les mani­fes­tants. À savoir une école située dans un quar­tier popu­laire, à la Ville Neuve d’É­chi­rolles, et clas­sée en réseau d’é­du­ca­tion prio­ri­taire (REP+).

La CGT éduc’ac­tion, for­te­ment impli­quée dans le mou­ve­ment.

De fait, un effec­tif de 23 ou 24 élèves par classe, consi­dé­ré comme « nor­mal » dans d’autres écoles élé­men­taires, sera déjà presque trop impor­tant à Mar­cel-Cachin. « En REP+, à par­tir de 25 élèves, c’est plus com­pli­qué », affirme l’en­sei­gnante, inquiète devant la pers­pec­tive de se retrou­ver avec « des effec­tifs de 26–27 élèves à la ren­trée ».

Moins de temps pour l’inclusion et pour les élèves allophones

L’é­ta­blis­se­ment échi­rol­lois compte en outre « deux classes Ulis (Uni­té loca­li­sée pour l’inclusion sco­laire)thé­ra­peu­tiques », pour­suit-elle. Des enfants néces­si­tant donc un accom­pa­gne­ment par­ti­cu­lier : « On a besoin d’a­voir du temps pour eux. » Autre spé­ci­fi­ci­té, l’é­cole Mar­cel-Cachin accueille un cer­tain nombre d’é­lèves allo­phones [NDLR : avec une langue mater­nelle qui n’est pas le fran­çais] dont les arri­vées s’é­che­lonnent tout au long de l’an­née — cer­tains res­tant jus­qu’à l’é­té, d’autres seule­ment quelques semaines ou mois. Beau­coup s’ins­crivent en CM1 ou CM2, avec un vécu sou­vent très lourd. « On n’au­ra pas la même dis­po­ni­bi­li­té pour ces élèves », déplore l’en­sei­gnante.

Pierre Labriet, pre­mier adjoint, Aman­dine Demore, maire d’É­chi­rolles, et Auré­lien Farge, adjoint aux finances.

Si celle-ci se féli­cite du sou­tien affi­ché par les élus de la ville d’É­chi­rolles, elle avoue un cer­tain « pes­si­misme » depuis l’of­fi­cia­li­sa­tion de la carte sco­laire. Une fois la déci­sion actée, dif­fi­cile en effet de faire recu­ler l’ins­ti­tu­tion. « Actuel­le­ment, l’É­du­ca­tion natio­nale est dans une logique de récu­pé­rer des classes et faire des éco­no­mies », constate-t-elle. Une poli­tique à l’œuvre dans le pre­mier comme le second degré. Face à la nou­velle donne démo­gra­phique, le minis­tère a choi­si la diète, pré­fé­rant fer­mer des classes et sup­pri­mer des postes d’en­sei­gnants plu­tôt que d’a­mé­lio­rer les condi­tions de tra­vail du per­son­nel et d’ap­pren­tis­sage des élèves.

Des pan­cartes et slo­gans inci­sifs.
Blocage symbolique à l’école Ampère contre une fermeture de classe

Après la jour­née natio­nale de grève des ensei­gnants, mar­di 31 mars, contre la pénu­rie de moyens dans l’É­du­ca­tion natio­nale, des mobi­li­sa­tions ont été recen­sées dans plu­sieurs éta­blis­se­ments isé­rois, à la veille de l’of­fi­cia­li­sa­tion de la carte sco­laire, ven­dre­di 3 avril. Comme à Mar­cel-Cachin, les parents d’é­lèves de l’é­cole Ampère, à Gre­noble, ont ain­si blo­qué sym­bo­li­que­ment l’é­ta­blis­se­ment, jeu­di 2 avril au matin, avant l’ou­ver­ture des classes. Ceci, pour « pour expri­mer leur oppo­si­tion au pro­jet de fer­me­ture de classe pré­vu pour la ren­trée 2026 », expliquent les parents délé­gués dans un com­mu­ni­qué.

Les parents d’é­lèves ras­sem­blés devant l’é­cole Ampère avant l’ou­ver­ture, jeu­di 2 avril. DR

Ces der­niers jugent en effet la déci­sion « décon­nec­tée des réa­li­tés du ter­rain ». Là encore, cette mesure ne tient pas compte des spé­ci­fi­ci­tés de l’é­ta­blis­se­ment : « la pré­sence d’un dis­po­si­tif UEEA accueillant des élèves avec troubles du spectre autis­tique, impli­quant des temps d’inclusion dans les classes ordi­naires ; une école pri­maire fonc­tion­nant sur deux sites dis­tincts ; des dif­fi­cul­tés récur­rentes de rem­pla­ce­ment des ensei­gnants et des AESH ; une forte mixi­té sociale, avec un nombre impor­tant d’élèves allo­phones ou en situa­tion de pré­ca­ri­té ».

Selon les pro­jec­tions actuelles, la fer­me­ture d’une classe entraî­ne­rait « une hausse signi­fi­ca­tive des effec­tifs, avec cer­taines classes de mater­nelle attei­gnant jusqu’à 28 élèves », ajoutent les parents délé­gués. Aler­tant sur la « dégra­da­tion pré­vi­sible des condi­tions d’ap­pren­tis­sage », ils réclament la sus­pen­sion du pro­jet de fer­me­ture à l’é­cole Ampère ain­si qu’une « trans­pa­rence accrue sur les cri­tères et les don­nées ayant conduit à ces arbi­trages ».

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