Échirolles. Mobilisation contre une fermeture de classe à l’école Marcel-Cachin
Par Manuel Pavard
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Leurs craintes ont malheureusement été confirmées par la carte scolaire 2026–2027, dévoilée le lendemain par les services de l’Éducation nationale en Isère. Comme le redoutaient parents et enseignants, l’école élémentaire Marcel-Cachin, à Échirolles, perdra bien une classe de CP à la rentrée de septembre. Fermeture qui a conduit ces derniers à se mobiliser, avec la CGT éduc’action, appelant à un rassemblement sur les lieux jeudi 2 avril, à la veille de l’annonce.

Les manifestants se sont ainsi réunis dès 8h15 le matin, devant le portail de l’école. À leurs côtés, des représentants syndicaux CGT et CNT, mais aussi des élus locaux : la maire PCF d’Échirolles Amandine Demore, le premier adjoint Pierre Labriet, élu à l’éducation, et l’adjoint aux finances Aurélien Farge. Sans oublier la BatukaVI, venue soutenir la lutte en musique.
« Si la classe n’avait pas fermé, on aurait pu avoir des effectifs plus allégés »
Les pancartes brandies lors du rassemblement traduisaient, elles, les raisons de la colère et de la mobilisation. « Classes surchargées = égalité menacée » ; « Fermer une classe, c’est fermer des chances » ; « En classe comme un poisson dans l’eau et pas comme une sardine en boîte »… Les CP, qui passeront de quatre à trois classes à la rentrée, ne seront en effet pas les seuls touchés par cette mesure. « C’est toute l’école qui perd une classe : si elle n’avait pas fermé, on aurait pu avoir des effectifs un peu plus allégés et mieux répartir les CM1/CM2 », souligne une enseignante.

Ici comme dans les autres établissements concernés, les services académiques invoquent la baisse démographique pour justifier les fermetures de classes — près d’une centaine dans toute l’Isère. Mais cette nouvelle carte scolaire ne prend pas en compte les particularités de l’école Marcel-Cachin, accusent les manifestants. À savoir une école située dans un quartier populaire, à la Ville Neuve d’Échirolles, et classée en réseau d’éducation prioritaire (REP+).

De fait, un effectif de 23 ou 24 élèves par classe, considéré comme « normal » dans d’autres écoles élémentaires, sera déjà presque trop important à Marcel-Cachin. « En REP+, à partir de 25 élèves, c’est plus compliqué », affirme l’enseignante, inquiète devant la perspective de se retrouver avec « des effectifs de 26–27 élèves à la rentrée ».
Moins de temps pour l’inclusion et pour les élèves allophones
L’établissement échirollois compte en outre « deux classes Ulis (Unité localisée pour l’inclusion scolaire)thérapeutiques », poursuit-elle. Des enfants nécessitant donc un accompagnement particulier : « On a besoin d’avoir du temps pour eux. » Autre spécificité, l’école Marcel-Cachin accueille un certain nombre d’élèves allophones [NDLR : avec une langue maternelle qui n’est pas le français] dont les arrivées s’échelonnent tout au long de l’année — certains restant jusqu’à l’été, d’autres seulement quelques semaines ou mois. Beaucoup s’inscrivent en CM1 ou CM2, avec un vécu souvent très lourd. « On n’aura pas la même disponibilité pour ces élèves », déplore l’enseignante.

Si celle-ci se félicite du soutien affiché par les élus de la ville d’Échirolles, elle avoue un certain « pessimisme » depuis l’officialisation de la carte scolaire. Une fois la décision actée, difficile en effet de faire reculer l’institution. « Actuellement, l’Éducation nationale est dans une logique de récupérer des classes et faire des économies », constate-t-elle. Une politique à l’œuvre dans le premier comme le second degré. Face à la nouvelle donne démographique, le ministère a choisi la diète, préférant fermer des classes et supprimer des postes d’enseignants plutôt que d’améliorer les conditions de travail du personnel et d’apprentissage des élèves.

Blocage symbolique à l’école Ampère contre une fermeture de classe
Après la journée nationale de grève des enseignants, mardi 31 mars, contre la pénurie de moyens dans l’Éducation nationale, des mobilisations ont été recensées dans plusieurs établissements isérois, à la veille de l’officialisation de la carte scolaire, vendredi 3 avril. Comme à Marcel-Cachin, les parents d’élèves de l’école Ampère, à Grenoble, ont ainsi bloqué symboliquement l’établissement, jeudi 2 avril au matin, avant l’ouverture des classes. Ceci, pour « pour exprimer leur opposition au projet de fermeture de classe prévu pour la rentrée 2026 », expliquent les parents délégués dans un communiqué.

Ces derniers jugent en effet la décision « déconnectée des réalités du terrain ». Là encore, cette mesure ne tient pas compte des spécificités de l’établissement : « la présence d’un dispositif UEEA accueillant des élèves avec troubles du spectre autistique, impliquant des temps d’inclusion dans les classes ordinaires ; une école primaire fonctionnant sur deux sites distincts ; des difficultés récurrentes de remplacement des enseignants et des AESH ; une forte mixité sociale, avec un nombre important d’élèves allophones ou en situation de précarité ».
Selon les projections actuelles, la fermeture d’une classe entraînerait « une hausse significative des effectifs, avec certaines classes de maternelle atteignant jusqu’à 28 élèves », ajoutent les parents délégués. Alertant sur la « dégradation prévisible des conditions d’apprentissage », ils réclament la suspension du projet de fermeture à l’école Ampère ainsi qu’une « transparence accrue sur les critères et les données ayant conduit à ces arbitrages ».


