Grenoble. Laurence Ruffin en meeting : « espoir », « bonheur » et « courage »
Par Manuel Pavard
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« C’est un moment fort pour moi. » S’adressant aux quelque mille personnes massées sous le chapiteau installé au Jardin de ville, ce mercredi 11 mars au soir, pour ce dernier grand meeting, à quelques jours du premier tour, Laurence Ruffin n’a caché ni son émotion ni sa fierté. Sa prise de parole, au terme d’une campagne « enthousiasmante », qui a vu les membres de son équipe frapper à « 30 000 portes », venait en outre ponctuer « une journée particulière ». Journée marquée par la venue à Grenoble de soutien de poids à ses côtés.

C’est d’abord le militant écologiste et associatif marseillais Amine Kessaci — dont le frère a été assassiné en novembre dernier dans la cité phocéenne — qui a rencontré, dans l’après-midi, la tête de liste de l’union de la gauche. Malgré les menaces de mort qui le visent, le jeune homme de 22 ans, escorté et protégé par de nombreux policiers, avait tenu à faire le déplacement.

« Il est venu nous soutenir, nous parler de son combat, des enfants de Marseille, de l’aide aux devoirs, de la lutte contre le narcotrafic, de la vie associative », a raconté Laurence Ruffin. « Ce drame nous pousse à agir pour défendre ces familles victimes, surtout dans les quartiers populaires », a‑t-elle ajouté, évoquant son « point commun avec Amine. On considère que la ville est le bon endroit pour agir. »
Un « duel qui se profile » entre deux visions opposées
Autres personnalités intervenant, elles, au meeting, Clémentine Autain, députée de Seine-Saint-Denis, Pierre Jouvet, député européen et secrétaire général du Parti socialiste, et bien sûr son frère, François Ruffin, député de la Somme. Un trio qui, lors de la conférence de presse précédant le meeting comme sur la scène du Jardin de ville, a insisté sur l’importance du scrutin grenoblois. Ceci, « dans un moment politique intense où le monde vacille et la France inquiète », a souligné Clémentine Autain.

Dans ce contexte, la liste de rassemblement et d’union de la gauche a la capacité « d’améliorer le quotidien et d’apporter des solutions concrètes », a‑t-elle poursuivi. Et de citer, pêle-mêle, la création de centres de santé, les 30 % de logements sociaux, le plafonnement des loyers, la gratuité des transports le week-end ou encore l’amplification de la sécurité sociale de l’alimentation. Un enjeu local donc, mais également national, à savoir « éviter la trumpisation en France ». Pour Clémentine Autain, c’est en effet « notre union de la gauche et des écologistes qui empêche les personnages trumpistes comme Carignon d’accéder au pouvoir ».

Pierre Jouvet a lui aussi comparé les deux candidats, en perspective du « duel qui se profile ». D’un côté, Alain Carignon, symbole du « retour en arrière » et des « alliances des droites et de l’extrême droite ». De l’autre, Laurence Ruffin qui incarne les valeurs historiques de Grenoble, « résistance et liberté », et le trait d’union avec « Hubert Dubedout, celui qui a créé ce lien qu’on appellerait aujourd’hui la démocratie participative ». « C’est le projet et l’histoire que porte Laurence, face à un homme du passé avec un lourd passif judiciaire », a martelé le dirigeant socialiste, tirant à boulets rouges sur « l’homme politique le plus condamné ».

« Cet homme qui a le culot de venir donner des leçons, d’expliquer comment il faudrait gérer une ville […], ce même homme qui, avant de partir avec les menottes derrière les barreaux, vous a laissé un trou de 146 millions d’euros à Grenoble, que les municipalités successives ont mis des années à épurer », a taclé Pierre Jouvet. Face au danger de la droite, il y a « un vote efficace dimanche » et un « bulletin de vote d’espoir », a affirmé l’eurodéputé PS. Lequel s’est dit ravi du retour de son parti dans le giron de la gauche grenobloise rassemblée.

Pierre Jouvet a par ailleurs, comme François Ruffin avant lui, loué « le bonheur en politique », notion dont « on ne parle pas » mais que symbolise parfaitement la candidature de Laurence Ruffin. « Il faut tout faire pour lever les obstacles au bonheur pour les Grenoblois », a lancé le député de la Somme, qui n’a pas tari d’éloges sur sa sœur, « la meilleure » de la famille. « Je suis l’ombre, elle est la lumière », a plaisanté François Ruffin, avant de confier aux électeurs grenoblois : « Vous avez une chance immense. Mon seul regret, c’est que vous allez priver la France de Laurence, qui devrait déjà être notre ministre de l’Économie. »
« Un moment charnière »
Après avoir remercié ses soutiens et son équipe, Laurence Ruffin a quant à elle présenté son parcours, ses liens avec la capitale des Alpes et les grandes lignes de son projet. « Grenoble, c’est la ville que j’ai choisie pour vivre », a‑t-elle expliqué. « C’est aussi la ville où j’ai été pendant dix-sept dirigeante d’une entreprise coopérative. Ce que j’ai voulu y porter, c’est une structure dans laquelle on se sent bien, où on est heureux, où les salariés sont associés… Ce qu’on a appelé une petite république. »

Ces méthodes et ce modèle coopératifs, elle espère les appliquer — à une tout autre échelle évidemment — ou du moins s’en inspirer à la mairie de Grenoble. Le tout en s’appuyant, s’est-elle félicitée, sur une liste composée pour moitié de représentants des treize partis et mouvements alliés (Les Écologistes, PCF, PS, Génération.s, L’Après, ADES, Parti animaliste, Debout !, Nouvelle donne, Insoumis unitaires, Radicaux de gauche, Réseau citoyen, Go Citoyenneté), et pour moitié de membres de la société civile.

Laurence Ruffin n’a pas esquivé l’ampleur de la tâche qui l’attend en cas de victoire le 22 mars. Ni la responsabilité qui lui incomberait alors. « On est à un moment charnière », a‑t-elle souligné, évoquant la situation internationale, les guerres en Ukraine, en Iran, au Liban, la montée de l’extrême droite et du racisme, dans le monde comme en France, le dérèglement climatique… « Dans ce moment de bascule, à Grenoble, on peut proposer autre chose, a assuré la candidate. Car Grenoble a une histoire riche dans laquelle on s’inscrit. C’est ici qu’a eu lieu la Journée des Tuiles, c’est ici qu’a été créé le premier Planning familial, c’est ici qu’on s’est battu pour le lycée Mounier, pour que l’eau redevienne publique », a‑t-elle égrené.
« Parler aux électeurs de gauche mais pas seulement »
Se plaçant dans les pas de ses prédécesseurs de la gauche grenobloise, Laurence Ruffin a toutefois tenu à marquer également sa singularité. Ce « besoin d’un nouveau cycle, d’un nouveau projet » dont elle a esquissé les grandes lignes, détaillant quelques mesures. Un projet « exigeant sur le fond et apaisé sur la forme ». Car la tête de liste souhaite « parler aux électeurs de gauche mais pas seulement ». Et de préciser : « On veut une politique de gauche efficace, une politique du courage. Une gauche qui s’intéresse à tous ceux qui nous disent être éloignés de nous. On veut parler à tous ceux qui ne viennent pas à nos réunions. C’est de ça qu’est né notre projet. »

Rebondissant sur les propos tenus auparavant par ses soutiens, Laurence Ruffin a indiqué à son tour vouloir « du bonheur partagé ». Avant de conclure, rejointe sur scène par ses colistiers et colistières : « Le 15 mars, dites oui à Grenoble ! »



