Municipales. L’intersyndicale Isère interpelle les candidats sur les droits des femmes

Par Manuel Pavard

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Comme chaque année (ici le 8 mars 2024), les syndicats participeront ce dimanche 8 mars 2026 à la manifestation féministe qui s'élancera à 15h40 de l'hôpital couple-enfant, à La Tronche.
À l'approche des municipales, l'intersyndicale de l'Isère (CGT, CFDT, FSU, Solidaires, CFE-CGC, Unsa, CFTC) adresse une lettre ouverte aux candidates et candidats, afin de les interpeller sur la place de l'égalité hommes-femmes dans leur programme. Elle attend ainsi des engagements sur l'égalité professionnelle, la prise en compte des violences faites aux femmes ou la santé reproductive et sexuelle, sans oublier de pointer le danger incarné par l'extrême droite. Des revendications que les syndicats porteront dans la rue ce dimanche 8 mars, à l'occasion de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes.

La lettre ouverte, datée du 3 mars, s’ins­crit dans une double actua­li­té. À cinq jours du 8 mars, Jour­née inter­na­tio­nale de lutte pour les droits des femmes, et douze du pre­mier tour des élec­tions muni­ci­pales. L’in­ter­syn­di­cale de l’I­sère (CGT, CFDT, FSU, Soli­daires, CFE-CGC, Unsa, CFTC) inter­pelle donc les dif­fé­rentes can­di­dates et can­di­dats du dépar­te­ment sur « l’ur­gence de pla­cer l’égalité femmes-hommes au coeur de [leurs]pro­grammes » res­pec­tifs. Elle attend de leur part « des enga­ge­ments clairs, chif­frés et oppo­sables ».

Ban­de­role lors de la mani­fes­ta­tion pour la Jour­née inter­na­tio­nale de lutte pour les droits des femmes, le 8 mars 2025, à Gre­noble.

Pre­mière ques­tion sou­le­vée, celle de « l’é­ga­li­té pro­fes­sion­nelle [qui] com­mence dans les ter­ri­toires », estime l’in­ter­syn­di­cale. Laquelle rap­pelle les inéga­li­tés per­sis­tantes, notam­ment au niveau sala­rial : « À tra­vail égal, les femmes gagnent tou­jours moins que les hommes. À la retraite, les pen­sions sont d’un quart en moins pour les femmes. Elles repré­sentent 62 % des per­sonnes payées au SMIC et subissent mas­si­ve­ment la pré­ca­ri­té et le temps par­tiel contraint. » À cet égard, la fonc­tion publique ter­ri­to­riale, qui emploie plus de 60 % de femmes, a un grand rôle à jouer.

Les syn­di­cats demandent donc aux têtes de liste de s’en­ga­ger à « mettre en œuvre une poli­tique de rat­tra­page sala­rial dans leurs fonc­tions publiques ter­ri­to­riales ; impo­ser des clauses d’égalité pro­fes­sion­nelle dans les mar­chés publics attri­bués par leurs com­munes ; péren­ni­ser ou mettre en place des struc­tures publiques petite enfance et de soin aux proches aidant et au grand âge, dont le défi­cit d’offre publique péna­lise l’activité pro­fes­sion­nelle des femmes ».

Des moyens contre les violences faites aux femmes ou pour l’accès à l’IVG

Second point évo­qué, les vio­lences faites aux femmes. Les fémi­ni­cides se pour­suivent à un niveau dra­ma­tique. Depuis le début de l’an­née 2026, on compte ain­si déjà seize femmes mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint. Et les vio­lences conju­gales ont aug­men­té de 16 % entre 2022 et 2024 en Isère. Or, l’in­ter­syn­di­cale pointe des « dis­po­si­tifs locaux insuf­fi­sants » et des « ter­ri­toires encore sous-dotés », par­ti­cu­liè­re­ment dans les zones rurales et de mon­tagne, qua­li­fiées de « déserts médi­caux et sociaux pour les vic­times ».

Pan­carte sur les fémi­ni­cides d’une mani­fes­tante gre­no­bloise, le 8 mars 2025.

Là aus­si, trois reven­di­ca­tions prin­ci­pales. Les can­di­dats sont priés de « main­te­nir et aug­men­ter les sub­ven­tions aux asso­cia­tions locales d’aide aux vic­times ; créer ou péren­ni­ser des places d’hébergement d’urgence spé­ci­fi­que­ment dédiées aux femmes vic­times de vio­lences ; sou­te­nir la for­ma­tion des agent·e·s muni­ci­paux (polices muni­ci­pales, CCAS, per­son­nels sco­laires) au repé­rage et à l’accueil des vic­times ».

Troi­siè­me­ment, la situa­tion de la san­té repro­duc­tive et sexuelle, « un ser­vice public en dan­ger », selon les orga­ni­sa­tions syn­di­cales. Les femmes, déjà for­te­ment tou­chées par la baisse des dota­tions aux hôpi­taux et la fer­me­ture de lits, connaissent, dans cer­tains ter­ri­toires, de grosses dif­fi­cul­tés pour l’ac­cès à l’IVG, « droit fon­da­men­tal pour­tant consti­tu­tion­na­li­sé ». Quant à l’é­du­ca­tion à la vie affec­tive et sexuelle, celle-ci reste « lar­ge­ment insuf­fi­sante ».

Ban­de­role sur l’é­du­ca­tion à la sexua­li­té à la mani­fes­ta­tion du 8 mars 2025.

L’in­ter­syn­di­cale appelle les futurs élus à « sou­te­nir acti­ve­ment les centres de pla­ni­fi­ca­tion et d’éducation fami­liale de leurs ter­ri­toires ; favo­ri­ser l’implantation et le main­tien de struc­tures de soin gyné­co­lo­gique et obs­té­trique ; pro­mou­voir dans leurs com­munes des actions d’éducation à l’égalité et à la sexua­li­té, l’EVAR et l’EVARS, dans vos écoles muni­ci­pales, en lien avec l’Éducation natio­nale et les asso­cia­tions pro­gres­sistes et fémi­nistes ».

L’extrême droite, « danger spécifique pour les femmes »

Enfin, les syn­di­cats achèvent cette lettre ouverte par un qua­trième point en forme de mise en garde. Ils alertent en effet sur « la mon­tée des idées d’ex­trême droite et des dis­cours mas­cu­li­nistes et fémo­na­tio­na­listes » — à l’i­mage de l’ir­rup­tion de Némé­sis. « Un dan­ger spé­ci­fique pour les femmes », affirment-ils. De fait, « l’extrême droite porte un pro­jet de socié­té qui, par­tout où elle gou­verne, se tra­duit par des coupes dans les ser­vices publics, un recul des droits des femmes et une hos­ti­li­té assu­mée envers les asso­cia­tions fémi­nistes », constate l’in­ter­syn­di­cale.

« Les pre­mières vic­times de cette idéo­lo­gie sont les femmes, pour­suit-elle. Celles qui subissent des vio­lences et trou­ve­ront moins de struc­tures pour les accueillir, celles qui tra­vaillent et ver­ront leurs droits sociaux déman­te­lés, celles qui sont raci­sées et subi­ront une double dis­cri­mi­na­tion, celles qui sont LGBTQIA+ et seront niées dans leur exis­tence. »

Les orga­ni­sa­tions isé­roises lancent un aver­tis­se­ment : « Voter pour des listes qui pac­tisent avec l’extrême droite ou qui ne placent pas l’égalité au cœur de leur pro­jet, c’est prendre la res­pon­sa­bi­li­té de fra­gi­li­ser encore davan­tage la situa­tion des femmes dans nos com­munes. » Avant de conclure : « Les femmes de l’I­sère comptent sur vous pour ne pas les oublier une fois les urnes refer­mées. »

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