Tags antisémites contre Édouard Schoene : l’affaire devant la cour d’appel de Grenoble

Par Manuel Pavard

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Édouard Schoene et son avocat, Me Bernard Schmid, devant la salle n°16, avant l'audience à la cour d'appel de Grenoble, mardi 10 février au matin.
Près de trois ans après les odieuses inscriptions antisémites et anticommunistes l'ayant ciblé à Fontaine, en mars 2023, Édouard Schoene était convoqué devant la cour d'appel de Grenoble ce mardi 10 février. Le militant et ex-adjoint PCF fontainois avait en effet interjeté appel contre l'ordonnance de non-information rejetant, en août 2025, sa plainte avec constitution de partie civile. La décision sera rendue le 24 mars. L'enjeu ? La poursuite de l'instruction et notamment des investigations visant à déterminer l'éventuelle implication d'un ancien élu d'extrême droite, mis en cause dans une affaire similaire.

Les faits remontent à la nuit du 18 au 19 mars 2023. Des ins­crip­tions anti­sé­mites, anti­com­mu­nistes et pro-nazies étaient décou­vertes à Fon­taine, sur des pan­neaux jetés dans le jar­din d’É­douard Schoene ain­si que sur des affiches annon­çant le loto des Amis du Tra­vailleur alpin. Des mes­sages odieux : « Dran­cy Ausch­witz, le retour vite ! », « Juifs cocos, race de merde », « Grill chambre à gaz », « Judéo-com­mu­nistes », « Viva Mus­so­li­ni » ou encore « En sou­ve­nir de la famille Schoene à Dran­cy »… Le tout accom­pa­gné de croix gam­mées. Ce qui avait sus­ci­té une immense émo­tion, entraî­nant une grande mani­fes­ta­tion anti­fas­ciste, le 31 mars 2023, à Fon­taine.

Une tren­taine de mili­tants et sym­pa­thi­sants (du PCF, du MRAP, de la LICRA) sont venus sou­te­nir Edouard Schoene avant l’au­dience à la cour d’ap­pel.

Près de trois ans après pour­tant, le ou les cou­pables courent tou­jours. Ceci, mal­gré la plainte avec consti­tu­tion de par­tie civile dépo­sée en novembre 2024 par l’an­cien élu com­mu­niste fon­tai­nois et mal­gré les nom­breux élé­ments à charge — pour cer­tains nou­veaux — dont il dis­pose avec son avo­cat. C’est d’ailleurs pour convaincre la jus­tice de pour­suivre l’ins­truc­tion que Me Ber­nard Schmid a inter­je­té appel, au nom de son client, contre l’or­don­nance de non-infor­ma­tion ren­due le 20 août 2025 par la juge d’ins­truc­tion.

« J’ai cité dans la plainte des articles de la loi sur la liber­té de la presse pour l’in­ci­ta­tion à la haine raciale et l’a­po­lo­gie de crime contre l’hu­ma­ni­té. Et un article du code pénal pour les menaces de mort. »

Sou­te­nu sur place par une tren­taine de per­sonnes — dont des mili­tants du PCF, du MRAP et de la LICRA -, Édouard Schoene était ain­si convo­qué devant la cour d’ap­pel de Gre­noble ce mar­di 10 février au matin. Une audience qui a d’a­bord don­né lieu à des débats ubuesques concer­nant un point de pro­cé­dure. « En pré­sen­tant l’af­faire, la pré­si­dente a dit que mon dos­sier était irre­ce­vable. Selon l’a­vo­cate géné­rale, j’au­rais dû le dépo­ser au greffe du tri­bu­nal judi­ciaire et non de la cour d’ap­pel », s’é­tonne-t-il, pré­ci­sant avoir été mal orien­té à l’ac­cueil du palais de jus­tice — ce qu’a bien admis la cour.

Edouard Schoene et son avo­cat Me Schmid, aux côtés du lan­ceur d’a­lerte Ray­mond Avrillier, ancien élu éco­lo­giste à Gre­noble.

Heu­reu­se­ment, les réti­cences de la repré­sen­tante du par­quet n’ont pas empê­ché Me Schmid d’a­bor­der briè­ve­ment le fond. Et d’in­va­li­der les argu­ments jus­ti­fiant l’or­don­nance de non-infor­ma­tion. « La juge d’ins­truc­tion a consi­dé­ré que les faits ne revê­taient aucune qua­li­fi­ca­tion pénale », rap­porte l’a­vo­cat, en pro­fond désac­cord avec cette ana­lyse. Et de pré­ci­ser : « J’ai cité dans la plainte des articles de la loi sur la liber­té de la presse pour l’in­ci­ta­tion à la haine raciale et l’a­po­lo­gie de crime contre l’hu­ma­ni­té. Et un article du code pénal pour les menaces de mort. » Trois infrac­tions que l’on peut aisé­ment relier aux pro­pos incri­mi­nés, selon lui.

Des faits nouveaux émanant probablement « du même auteur »

Édouard Schoene et son défen­seur misent en outre sur deux épi­sodes récents, sus­cep­tibles d’ac­cré­di­ter leur thèse. « Depuis que nous avons inter­je­té appel […], des faits nou­veaux se sont pro­duits, qui relèvent pro­ba­ble­ment de la même série d’a­gis­se­ments », sou­ligne Me Schmid dans ses conclu­sions adres­sées à la cour d’ap­pel. La pre­mière affaire date du 16 novembre 2025 lorsque des ins­crip­tions anti­sé­mites et hai­neuses ont été décou­vertes sur la porte de la salle accueillant le mee­ting de lan­ce­ment de cam­pagne de la liste « Fon­taine nous ras­semble ». Des attaques visant plus par­ti­cu­liè­re­ment LFI et… Édouard Schoene — qui a por­té plainte le len­de­main.

Pour l’a­vo­cat, il s’a­git « évi­dem­ment du même auteur ». Et ce, d’au­tant que « des indices concor­dants dirigent les soup­çons vers un ancien conseiller muni­ci­pal de la ville de Fon­taine, Franck Sini­si ». Si cet ex-élu d’ex­trême droite reste « pré­su­mé inno­cent » à ce stade, rap­pelle Me Schmid, le per­son­nage, sul­fu­reux, traîne de lourdes cas­se­roles judi­ciaires, ayant déjà été condam­né pour inci­ta­tion à la haine raciale, après avoir tenu des pro­pos dis­cri­mi­na­toires envers les Roms, en 2017. Une affaire qui lui avait valu d’être exclu du FN — avant son adhé­sion à Civi­tas.

Les sou­tiens d’É­douard Schoene devant la salle d’au­dience.

Pour cou­ron­ner le tout, Franck Sini­si est actuel­le­ment mis en cause dans un second dos­sier de nature simi­laire. Il a été pla­cé en garde à vue le 13 jan­vier, dans le cadre de l’en­quête sur les tags racistes et les osse­ments de porc décou­verts devant une salle de prière musul­mane de Fon­taine, le 19 sep­tembre der­nier. Son ADN a en effet été retrou­vé sur un des os. Défé­ré au par­quet, il com­pa­raî­tra devant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Gre­noble le 10 avril.

« On demandera une expertise graphologique »

Quant à la cour d’ap­pel, celle-ci ren­dra sa déci­sion le 24 mars pro­chain. Édouard Schoene et son avo­cat espèrent trois choses : l’an­nu­la­tion de l’or­don­nance de non-infor­ma­tion du 20 août 2025 ; l’ou­ver­ture d’une infor­ma­tion diri­gée contre X en matière d’a­po­lo­gie de crime contre l’hu­ma­ni­té, d’in­ci­ta­tion à la haine raciale et de menaces de morts ; enfin, la mise en œuvre de mesures d’ins­truc­tion afin de déter­mi­ner l’é­ven­tuelle impli­ca­tion de Franck Sini­si dans les faits men­tion­nés.

« Si l’ins­truc­tion se pour­suit, on deman­de­ra une exper­tise gra­pho­lo­gique », annonce Me Schmid. Avant de par­ta­ger sa convic­tion, tou­jours à pro­pos de l’an­cien conseiller muni­ci­pal FN : « À sup­po­ser que ce soit lui, il fini­ra par être confon­du. »

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