Inspection du travail : mobilisation face aux sanctions demandées pour Pierre et Benoît

Par Manuel Pavard

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Un nouveau rassemblement intersyndical et interprofessionnel se tenait jeudi 24 septembre, durant la pause méridienne, devant la DDETS 38, à Grenoble.
Une mutation disciplinaire pour Pierre, un blâme contre Benoît. Telles sont les sanctions demandées par la commission administrative paritaire (CAP), qui s'est réunie le 15 septembre, à l'encontre des deux inspecteurs du travail et représentants syndicaux Sud Travail, accusés de harcèlement après avoir dénoncé les pratiques discriminatoires de leur hiérarchie. Les agents de l'inspection du travail de l'Isère poursuivent donc la grève entamée le 7 septembre et ont de nouveau réclamé l'abandon immédiat des poursuites lors du rassemblement organisé, ce jeudi 24 septembre, devant la DDETS 38, à l'appel des syndicats Sud, CGT, FSU et CNT.

Le bras de fer se pour­suit. Ils étaient encore près de 180 à se ras­sem­bler ce jeu­di 24 sep­tembre, entre 12 et 14 heures, devant les locaux de la Direc­tion dépar­te­men­tale de l’emploi, du tra­vail et des soli­da­ri­tés de l’Isère (DDETS 38), à Gre­noble, à l’ap­pel de plu­sieurs orga­ni­sa­tions syn­di­cales (CGT TEFP, Sud Tra­vail Affaires sociales, FSU TEFE, CNT). En majo­ri­té des agents de l’ins­pec­tion du tra­vail de l’I­sère, en grève recon­duc­tible depuis le 7 sep­tembre. Mais aus­si des col­lègues venus spé­cia­le­ment de région pari­sienne, de Lyon, de Cler­mont-Fer­rand, de Mar­seille… Et des membres d’autres sec­teurs pro­fes­sion­nels. Tous soli­daires de Pierre et Benoît, et déter­mi­nés à « faire recu­ler le ministre ».

Les agent·es et leurs sou­tiens, plus que jamais déterminé·es à pour­suivre la lutte.

Les deux ins­pec­teurs du tra­vail, repré­sen­tants Sud Tra­vail à la for­ma­tion spé­cia­li­sée (équi­valent du CHSCT dans le public), étaient en effet convo­qués le 15 sep­tembre der­nier en com­mis­sion admi­nis­tra­tive pari­taire (CAP), à Paris. Une sorte de conseil de dis­ci­pline en somme, tou­jours menée dans le cadre de l’af­faire qui les empoi­sonne depuis de trop longues semaines. À savoir le pré­ten­du « har­cè­le­ment moral » envers une supé­rieure hié­rar­chique dont ils avaient aupa­ra­vant dénon­cé les pra­tiques mana­gé­riales dis­cri­mi­na­toires et har­ce­lantes.

« Les dés étaient pipés »

Le 15 sep­tembre donc, Pierre et Benoît, sou­te­nus par quelque 350 mani­fes­tants — dont de nom­breux repré­sen­tants syn­di­caux et poli­tiques -, ont ten­té de don­ner leur ver­sion des faits devant la com­mis­sion. Peine per­due. « Au final, ils auraient lu une recette de cui­sine, c’é­tait pareil », iro­nise un syn­di­ca­liste pré­sent aux ras­sem­ble­ments pari­sien et gre­no­blois. Pour lui, aucun doute, « les dés étaient pipés ».

Nou­veau ras­sem­ble­ment devant la DDETS 38.

L’ad­mi­nis­tra­tion a ain­si ren­du son avis dès que la CAP a fini de déli­bé­rer. Elle demande une muta­tion dis­ci­pli­naire pour Pierre et un blâme pour Benoît. Pour­quoi une telle dif­fé­rence ? « Si c’est Pierre qui est aujourd’­hui le plus lour­de­ment mena­cé, c’est parce qu’il est agent de contrôle dans l’UC (uni­té de contrôle) de la RUC (res­pon­sable d’u­ni­té de contrôle) contre laquelle un signa­le­ment de har­cè­le­ment moral dis­cri­mi­na­toire a été dépo­sé », estiment les syn­di­cats.

« Une mutation détruit un individu »

Le mili­tant Sud Tra­vail pré­ci­té esquisse une autre « hypo­thèse ». Peut-être que l’ad­mi­nis­tra­tion a « vou­lu indi­vi­dua­li­ser les sanc­tions, pour que la dis­cri­mi­na­tion syn­di­cale ne saute pas aux yeux », avance-t-il. L’i­dée serait ain­si de faire croire qu’elle a étu­dié chaque cas atten­ti­ve­ment. Quoi­qu’il en soit, « les deux dos­siers sont aus­si vides l’un que l’autre », tacle l’agent, qui dis­tingue néan­moins les deux sanc­tions pro­po­sées.

Pierre et Benoît chau­de­ment applau­dis et accla­més.

Pour Benoît, récla­mer un « simple blâme » — que pour­rait aus­si lui infli­ger sa hié­rar­chie en interne — après une telle pro­cé­dure s’ap­pa­rente qua­si­ment à « une pre­mière vic­toire ». Il n’en est pas de même en revanche pour Pierre. « C’est un vrai choc, même si on s’y atten­dait en par­tie — on pen­sait que ce serait le cas pour tous les deux », recon­naît leur col­lègue de l’ins­pec­tion du tra­vail, rap­pe­lant que cela impli­que­rait « une désor­ga­ni­sa­tion totale de sa vie per­son­nelle et fami­liale. Une muta­tion détruit un indi­vi­du », s’in­surge-t-il.

Poursuite de la grève, AG et jonction avec la journée du 29

Reste à savoir si l’a­vis consul­ta­tif de la CAP sera sui­vi par le minis­tère, auquel revient la déci­sion finale. « Nous ne lais­se­rons pas l’ad­mi­nis­tra­tion faire un exemple avec Pierre », pro­met en tout cas l’in­ter­syn­di­cale, qui s’en­gage à contes­ter les sanc­tions le moment venu. L’ob­jec­tif main­te­nant est donc de mettre la pres­sion sur le minis­tère pour « aug­men­ter le rap­port de force et [le] faire recu­ler ».

La grève conti­nue à l’ins­pec­tion du tra­vail de l’I­sère.

« On est ultra déter­mi­nés à conti­nuer à la lutte », annonce le syn­di­ca­liste Sud. Les agents sont invi­tés à se réunir en assem­blée géné­rale dans les pro­chains jours et à pro­lon­ger leur mou­ve­ment de grève recon­duc­tible. Ceci, en ayant en ligne de mire la « jonc­tion avec la jour­née de grève du 29 sep­tembre » dans la fonc­tion publique.

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