Grenoble. Les inspecteurs du travail en lutte contre la répression syndicale

Par Antonin Grandfond

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Une centaine de personnes se sont rassemblées ce jeudi 18 juin devant les locaux de la Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités.
Les syndicats du ministère du travail avaient de nouveau donné rendez­-­vous devant la DDETS de l’Isère ce jeudi 18juin, pour soutenir Pierre Boutonnet et Benoit Verrier, deux inspecteurs du travail victimes de procédures judiciaires bâillon initiées par leur hiérarchie. Cet appel faisait suite à plusieurs actions menées ces dernières semaines face à la dégradation des conditions de travail, à la répression syndicale et à l’entrave à l’exercice de leurs missions par les agents au sein de l’inspection du travail.

Un ras­sem­ble­ment s’était déjà tenu le 27 mai der­nier devant le com­mis­sa­riat de police de Gre­noble tan­dis que Pierre et Benoit, deux ins­pec­teurs du tra­vail mili­tants syn­di­caux de Sud Tra­vail Affaires sociales et repré­sen­tants du per­son­nel à la F3SCT, étaient audi­tion­nés par la police. Leur tort : ils se seraient ren­dus cou­pables de har­cè­le­ment vis-à-vis d’une supé­rieure hié­rar­chique, res­pon­sable d’unité de contrôle (RUC). Il s’agit d’une pro­cé­dure bâillon et de repré­sailles pour les syn­di­ca­listes puisque cette même res­pon­sable, avait elle-même fait l’objet d’un signa­le­ment pour har­cè­le­ment moral en décembre 2024. Ce signa­le­ment a depuis été enter­ré par la hié­rar­chie.

Procédure bâillon

Cette situa­tion n’est pas un cas iso­lé et s’inscrit au contraire dans le contexte de condi­tions de tra­vail très dégra­dées pour les ins­pec­teurs du tra­vail, pour­tant eux-mêmes garants des condi­tions de tra­vail des sala­riés du pri­vé. L’intersyndicale CGT, SUD, CNT et FSU appe­lait donc au ras­sem­ble­ment ce 18 juin à Gre­noble et Paris pour sou­te­nir Benoit et Pierre, vic­times de répres­sion syn­di­cale, mais aus­si pour dénon­cer la situa­tion géné­rale dégra­dée au minis­tère du Tra­vail, de l’emploi et des soli­da­ri­tés, une F3SCT (for­ma­tion spé­cia­li­sée en matière de san­té, de sécu­ri­té et de condi­tions de tra­vail) minis­té­rielle se tenant ce jour.

Pierre Bou­ton­net témoignant de son audi­tion par des poli­ciers met­tant en cause le bien­fon­dé de son action syn­di­cale.

Car un rap­port a été remis au minis­tère le 18 décembre der­nier par le cabi­net indé­pen­dant APTEIS, qui confirme qu’il est deve­nu dif­fi­cile de tra­vailler dans ce minis­tère et que « l’organisation du tra­vail des agents […] est géné­ra­trice de risques psy­cho­so­ciaux ». Cela n’est cer­tai­ne­ment pas gra­tuit mais plu­tôt cohé­rent avec la volon­té poli­tique plus ou moins avouée depuis plu­sieurs années d’empêcher l’inspection du tra­vail d’assurer sa mis­sion, à savoir faire res­pec­ter le droit du tra­vail. Baisse de 10% des effec­tifs depuis 10 ans (1800 ins­pec­teurs pour 21 mil­lions de sala­riés), res­tric­tion des pré­ro­ga­tives et mise sous tutelle des DDETS par les pré­fec­tures, les actes ne manquent pas pour neu­tra­li­ser l’inspection du tra­vail.

Un Premier ministre en soutien à la violation de la loi

Et vio­ler le Code du tra­vail ne semble plus rele­ver de l’infraction selon le gou­ver­ne­ment. Le 1er mai en a été une édi­fiante illus­tra­tion cette année. Alors que les ins­pec­teurs du tra­vail de l’Isère s’étaient déjà réunis le 27 avril devant la DDETS pour dénon­cer l’obstruction de leur hié­rar­chie à leur action pour faire res­pec­ter la légis­la­tion sur le 1er mai, le Pre­mier ministre Lecor­nu s’était per­mis d’assurer de son sou­tien par télé­phone un bou­lan­ger du nord-Isère. Celui-ci venait de contre­ve­nir au Code du tra­vail et d’être contrô­lé par un ins­pec­teur suite à l’ouverture illé­gale de son com­merce.

Plus d’une cen­taine de per­sonnes étaient pré­sentes ce jeu­di, avec des par­ti­ci­pants venus de nom­breux dépar­te­ments en sou­tien de Benoit et Pierre et pour refu­ser le sort qui est fait aux ins­pec­teurs, à l’institution et ses mis­sions. Les inter­ven­tions se sont suc­cé­dées, notam­ment pour rap­pe­ler que le cas de la DDETS de l’Isère s’inscrit dans un contexte d’intimidation et de répres­sion de l’action syn­di­cale de plus en plus sys­té­ma­tiques. Ain­si, Nico­las Benoit, secré­taire de l’UD CGT, éta­blit le lien avec le cas du groupe SEB, implan­té à Vienne, qui, en plus de sanc­tion­ner une repré­sen­tante syn­di­cale qui a mis en évi­dence l’exposition et la pol­lu­tion aux PFAS, attaque la secré­taire géné­rale de la CGT Sophie Binet et le séna­teur com­mu­niste Fabien Gay pour avoir dénon­cé cette répres­sion syn­di­cale.

Nico­las Benoit, secré­taire de l’u­nion dépar­te­men­tale CGT, par­ti­ci­pait au ras­sem­ble­ment.

Mais concer­nant l’inspection du tra­vail, l’enjeu prend une impor­tance toute par­ti­cu­lière. Lorsque les ins­pec­teurs du tra­vail ne peuvent plus accom­plir leur mis­sion, ce sont les droits de l’ensemble des sala­riés qui sont mena­cés. C’était le thème de l’intervention de David Majews­ki, de la CGT STMi­croe­le­tro­nics à Crolles, qui rap­pe­lait com­bien l’appui de l’inspection du tra­vail avait été indis­pen­sable à leurs com­bats menés face à une direc­tion obtuse.

La déter­mi­na­tion des agents du minis­tère du tra­vail est forte, et mal­gré les obs­tacles dres­sés par le gou­ver­ne­ment et leur hié­rar­chie, il est cer­tain que cette lutte va se pour­suivre.

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