Grenoble. Les inspecteurs du travail en lutte contre la répression syndicale
Par Antonin Grandfond
/

Un rassemblement s’était déjà tenu le 27 mai dernier devant le commissariat de police de Grenoble tandis que Pierre et Benoit, deux inspecteurs du travail militants syndicaux de Sud Travail Affaires sociales et représentants du personnel à la F3SCT, étaient auditionnés par la police. Leur tort : ils se seraient rendus coupables de harcèlement vis-à-vis d’une supérieure hiérarchique, responsable d’unité de contrôle (RUC). Il s’agit d’une procédure bâillon et de représailles pour les syndicalistes puisque cette même responsable, avait elle-même fait l’objet d’un signalement pour harcèlement moral en décembre 2024. Ce signalement a depuis été enterré par la hiérarchie.
Procédure bâillon
Cette situation n’est pas un cas isolé et s’inscrit au contraire dans le contexte de conditions de travail très dégradées pour les inspecteurs du travail, pourtant eux-mêmes garants des conditions de travail des salariés du privé. L’intersyndicale CGT, SUD, CNT et FSU appelait donc au rassemblement ce 18 juin à Grenoble et Paris pour soutenir Benoit et Pierre, victimes de répression syndicale, mais aussi pour dénoncer la situation générale dégradée au ministère du Travail, de l’emploi et des solidarités, une F3SCT (formation spécialisée en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail) ministérielle se tenant ce jour.

Car un rapport a été remis au ministère le 18 décembre dernier par le cabinet indépendant APTEIS, qui confirme qu’il est devenu difficile de travailler dans ce ministère et que « l’organisation du travail des agents […] est génératrice de risques psychosociaux ». Cela n’est certainement pas gratuit mais plutôt cohérent avec la volonté politique plus ou moins avouée depuis plusieurs années d’empêcher l’inspection du travail d’assurer sa mission, à savoir faire respecter le droit du travail. Baisse de 10% des effectifs depuis 10 ans (1800 inspecteurs pour 21 millions de salariés), restriction des prérogatives et mise sous tutelle des DDETS par les préfectures, les actes ne manquent pas pour neutraliser l’inspection du travail.
Un Premier ministre en soutien à la violation de la loi
Et violer le Code du travail ne semble plus relever de l’infraction selon le gouvernement. Le 1er mai en a été une édifiante illustration cette année. Alors que les inspecteurs du travail de l’Isère s’étaient déjà réunis le 27 avril devant la DDETS pour dénoncer l’obstruction de leur hiérarchie à leur action pour faire respecter la législation sur le 1er mai, le Premier ministre Lecornu s’était permis d’assurer de son soutien par téléphone un boulanger du nord-Isère. Celui-ci venait de contrevenir au Code du travail et d’être contrôlé par un inspecteur suite à l’ouverture illégale de son commerce.
Plus d’une centaine de personnes étaient présentes ce jeudi, avec des participants venus de nombreux départements en soutien de Benoit et Pierre et pour refuser le sort qui est fait aux inspecteurs, à l’institution et ses missions. Les interventions se sont succédées, notamment pour rappeler que le cas de la DDETS de l’Isère s’inscrit dans un contexte d’intimidation et de répression de l’action syndicale de plus en plus systématiques. Ainsi, Nicolas Benoit, secrétaire de l’UD CGT, établit le lien avec le cas du groupe SEB, implanté à Vienne, qui, en plus de sanctionner une représentante syndicale qui a mis en évidence l’exposition et la pollution aux PFAS, attaque la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet et le sénateur communiste Fabien Gay pour avoir dénoncé cette répression syndicale.

Mais concernant l’inspection du travail, l’enjeu prend une importance toute particulière. Lorsque les inspecteurs du travail ne peuvent plus accomplir leur mission, ce sont les droits de l’ensemble des salariés qui sont menacés. C’était le thème de l’intervention de David Majewski, de la CGT STMicroeletronics à Crolles, qui rappelait combien l’appui de l’inspection du travail avait été indispensable à leurs combats menés face à une direction obtuse.
La détermination des agents du ministère du travail est forte, et malgré les obstacles dressés par le gouvernement et leur hiérarchie, il est certain que cette lutte va se poursuivre.


